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Editorial

Un équilibre délicat

Le système fonctionne. Malgré les controverses, les avis divisés, les opinions tranchées, la discussion soutenue entre la branche cinématographique suisse et les instances politiques a bel et bien lieu, construisant un système d'encouragement du cinéma en constante évolution, forcément imparfait, mais qui fonctionne. Si de près, on a parfois l’impression que chacun tente de faire pencher la balance économique de son côté - ou en tout cas, de l’empêcher de tourner en sa défaveur -, lorsqu’on prend un peu de recul, on constate à travers les statistiques que les efforts de chacun tendent à mener le système vers un équilibre entre les différents protagonistes et les différentes régions linguistiques. Dans les subventions de l’Office fédéral de la culture, même si des frustrations peuvent parfois surgir, globalement, il n'y a pas de grande inégalité. Pourtant, notre invité dans ce numéro le souligne, l'édifice est fragile, et si toutes les étapes ne sont pas correctement soutenues - du traitement à la postproduction - le résultat est affaibli. Alors que le public, lui, est toujours à séduire. Bien que les chiffres soient souvent décevants, un état de fait sur lequel nous devrons revenir, les efforts vont dans le bon sens. Avec l’obligation pour une partie des films suisses de proposer une audiodescription, le cinéma devient plus inclusif, en cherchant du côté de la littérature, il tisse des liens entre les diffé- rentes formes d’expression. Il n'y a pas de solutions miracle, pas de baguette magique, rien que des tentatives et l'envie de faire, je le sens dans tous les échanges. Particulièrement sur les sujets que nous traitons dans ce numéro, les débats sont importants, et animés. Les groupes d’intérêt, les associations, la classe politique, chacun a des besoins et des buts spécifiques, qu’il s’agit de faire coïncider. Mais que ce soit autour de la composition et du fonctionnement des commissions, de l’évolution d’un système existant comme le Succès Cinéma, ou de la création ex-nihilo d’un nouvel outil, ces discussions sont aussi le signe de la santé de la branche cinématographique suisse. Nous avons essayé de donner la parole largement, pour prendre le pouls de ces négociations, celles qui ont déjà eu lieu et celles qui se dessinent pour les mois à venir. Une question reste ouverte: quel équilibre cherche-t-on à atteindre entre l’aide sélective, dont les critères prennent en compte la qualité artistique, et l’aide automatique, basée sur des conditions d'accès avant tout économiques ? La première enrichit une cinématographie diverse, porteuse de multiples voix, et fait office de tremplin pour la relève, alors que la seconde récompense la vigueur économique et la pertinence commerciale des oeuvres. Deux vocations qui ne sont pas irréconciliables, mais dont la symétrie reste fragile. A travers cette tension s'exprime la spécificité du cinéma, toujours à cheval entre art et industrie. Il s’agit pour l’ensemble de la branche de continuer à réfléchir, en gardant le public en tête, aux films que l’on veut faire.

Pascaline Sordet

Numéro actuel  (PDF)

Sommaire n°486