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Editorial

De quoi « No Billag » est-il le nom ?

Moins d’État, plus de liberté. La phrase est martelée, répétée, scandée comme une vérité logique par une partie de la droite de l’échiquier politique. Elle se traduit ces dernières semaines, et pour encore quelques mois, par une variante contemporaine : supprimer la redevance augmente les libertés individuelles, puisque chacun·e aura la liberté de ne payer que ce qu’il ou elle consomme.

En profondeur, sous toutes les couches de faux débats et de rhétorique populiste, c’est de cela qu’il sera question le 4 mars au moment du vote sur l’initiative « No Billag ». Les initiant·e·s ont beau répéter jusqu’à la nausée que leur initiative n’est pas anti-SSR, ce sont bien les détrac- teur·trice·s du concept même de service public qui sorti- ront gagnant·e·s si la redevance disparaît. Nous ne votons pas sur une taxe, contrairement à l’intitulé du texte, mais sur la privatisation de notre droit à l’information.

Or attaquer le service public n’a rien d’original. Tous les groupes se réclamant d’une idéologie néolibérale crient d’une même voix : il faut défaire l’État, déréguler, laisser le marché prendre sa pleine place, c’est la seule solution pour préserver les libertés individuelles, puisque le service public est un racket organisé. Sous le prétexte de restaurer la liberté, ces groupes cherchent à défaire les institutions. Ressort alors cette analogie usée : ce combat,

c’est celui de David contre Goliath. Ce même argument mobilise le petit blanc pauvre au moment de se choisir un président et lui fait élire un milliardaire qui s’attaque à son assurance-maladie.

Comme on ne peut pas prendre les initiant·e·s de « No Billag » pour des anarchistes (qui eux aussi demandent moins d’État pour plus de liberté), il faut voir que ce n’est pas moins d’État qu’ils demandent, mais plus de marché. Et c’est ce que nous devons nous demander main- tenant : à qui profite le crime ? Qui participera à la mise aux enchères des concessions ? Qui achètera le temps de cerveau disponible des citoyens ? Qui siphonnera le marché publicitaire ? Qui s’intéressera à produire une offre peu rentable financièrement, mais branchée directement dans le salon (ou la poche) des électeurs ?

La consolation vient de la lutte, et il faut juger de notre importance à l’aune de la violence des attaques. Il nous faut redire, dans les films, dans les émissions, dans les tribunes, que la liberté, ce n’est pas de payer ce que l’on consomme, au centime près, égoïstement, mais de maîtriser son destin et de faire société.

Pascaline Sordet

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