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Tous les Suisses ne sont pas blancs

Mariama Balde
21 juillet 2017

Si l’on parle régulièrement des inégalités de genre au cinéma, la présence des minorités visibles et invisibles n’est que rarement évoquée et aucun chiffre ne vient l’illustrer. Le cinéma national, plus particulièrement de fiction, est-il à l’image de la Suisse d’aujourd’hui ? Quatre professionnels racontent.

Alireza Bayram
Acteur, notamment dans la série américaine « Homeland » et le film « Tehran Taboo » d’Ali Soozandeh

« Je travaille comme acteur depuis dix ans. Je suis donc passé par le théâtre, les films d’étudiants, la publicité et les séries télévisées. Mon expérience en tant qu’acteur avec un héritage iranien est que souvent, lorsqu’on me dit qu’on n’a pas trouvé la bonne histoire pour moi, ça veut dire qu’on n’a pas trouvé un rôle de réfugié à me donner… Mais je suis Suisse, je suis un acteur suisse ! C’est difficile pour moi d’être embauché, car je pense qu’on réfléchit encore en termes de stéréotypes. Dans un film ou une série, pourquoi devrions-nous justifier qu’un avocat est noir, ou un policier, une femme ? Par exemple, je trouve que le film « Aloys » est parvenu à éviter cet écueil en montrant des minorités visibles, en assumant des accents, sans se justifier de leur présence. La diversité fait partie intégrante de notre culture suisse. Actuellement, je suis des cours de réalisation à Zurich, où j’aimerais davantage me pencher sur cette question des films et du casting. J’encourage mes camarades de classe à simplement regarder autour d’eux. Je travaille aussi en Allemagne, et les gens là-bas en sont conscients. Cette question est plus souterraine en Suisse. »

 

Shyaka Kagame
Réalisateur du documentaire « Bounty », sur le quotidien de jeunes suisses et noirs

« Avant de faire « Bounty », je ressentais comme un manque. Je ne peux pas parler spécifiquement du cinéma suisse, mais dans l’espace médiatique suisse, la question des noirs est souvent abordée autour des mêmes clichés. J’ai donc voulu donner une visibilité à une génération, la mienne, noire, qui a grandi entre deux cultures. La Suisse est particulière, car elle n’a pas de passé colonial et parce qu’elle est fondamentalement régionaliste… Mais des Français, des Belges, m’ont dit qu’ils se retrouvaient dans mon film. En faisant la tournée des salles, je constate que le public se rend compte de l’invisibilisation dont nous sommes victimes en tant que minorité visible ou que personnes ayant un autre héritage. J’ai senti une véritable ouverture autour de ces questions. C’est à nous de nous affirmer. Plus il y aura de créateurs issus de la diversité qui donneront leurs perspectives, plus nous créerons de vocations et du changement dans la façon que l’on a de nous représenter. Malheureusement, je pense que nous sommes encore peu nombreux à suivre des voies artistiques, car il s’agit de chemins moins balisés. Ma sœur, qui est comédienne, est la seule « noire » de sa promotion par exemple ! »

 

Mariângela Galvão Tresch
Directrice de production et de casting, formée entre la Suisse et Cuba

« Je crois que la question de la diversité à l’écran s’articule avec le matériel de base des films, à savoir leurs scénarios. En tant que directrice de casting, je ne cherche pas la diversité simplement pour la chercher. Par exemple dans le cadre du dernier casting que j’ai fait, pour une série qui se situe dans le quartier des banques de Genève, j’ai pris en compte que la plupart des cadres ne sont pas issus des minorités visibles… Notre but n’est pas de créer une réalité qui n’existe pas ! Il s’agit avant tout de garder une certaine cohérence avec l’histoire que le réalisateur veut raconter, et de la qualité des comédiens. Mais je constate qu’il y a moins d’acteurs issus de la diversité, et que si on va au-delà du réseau professionnel, les processus de recherche en termes de casting sont plus longs. Il faut aussi dire que dans un pays où la télévision joue un rôle crucial dans le soutien au cinéma national, les films doivent plaire au plus grand nombre, et les films suisses, souvent coproduits, ne permettent pas aux productions helvétiques de se positionner de façon souveraine, notamment en termes de casting. » 

 

Werner Schweizer
Réalisateur, auteur et producteur chez Dschoint Ventschr

« En 1994, Samir, Karin Koch et moi-même, avons redéfini les objectifs de Dschoint Ventschr qui, depuis, a pour but de produire des films formellement innovants, engagés et en lien avec la diversité culturelle de notre pays. Samir, en tant que Suisse et Irakien, a toujours été un interlocuteur et un point de référence pour des auteurs aux racines multiples. Fort de cette vision multiculturelle, Dschoint Ventschr a su s’exporter à l’échelle internationale, comme avec le film « Das Fraulein » d’Andrea Staka, ou plus récemment « Iraqi Odissey » réalisé par Samir. Je comprends que l’on bâtisse sur le succès, sur ce qui marche auprès du public et de l’audience suisse. La diversité culturelle est importante pour une démocratie vivante. Elle est une nécessité, pas un luxe. Espérons qu’un succès avec un ressort « cross-culturel » trouve de la reconnaissance dans le futur et encourage ceux qui financent les films à aller dans ce sens. »


▶  Texte original: français

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