À la suite du Festival du film de Locarno, un article du cinéaste suisse Samir a été publié dans le Neue Zürcher Zeitung, critiquant l'orientation et certaines mesures prises par la section Cinéma de l'Office fédéral de la culture. Il a suscité une série de réactions dans d'autres médias, ainsi qu'une première prise de position générale de l'Office fédéral de la culture. Nous offrons ici au duo de direction Nadine Adler Spiegel et Laurent Steiert l'occasion d'aborder plus en détail certains aspects.
Trop de fonds sont consacrés à la bureaucratie, à la superstructure administrative de l'Office fédéral, et trop peu à la production cinématographique concrète. Comment répondez-vous à cette critique ?
Le crédit cinématographique subventionne à 100 % des projets de cinéastes et d'organisations culturelles cinématographiques. Les crédits cinématographiques s'élèvent à un total de 57 millions de francs par an. Sur ce montant, 27 millions de francs sont directement consacrés à la production (promotion sélective, Succès Cinéma, FISS).
Les 30 millions de francs restants financent des tâches liées à la culture cinématographique qui n'en sont pas moins essentielles pour la branche suisse du cinéma (montants arrondis)
- 10 millions de francs pour la conservation du patrimoine cinématographique (Cinémathèque suisse)
- 8,5 millions de francs pour la promotion de la culture cinématographique (festivals de cinéma suisses, promotion du cinéma en Suisse et à l'étranger, médiation cinématographique)
- 6 millions de francs pour la coopération internationale (fonds de soutien au cinéma Eurimages, mesures nationales de remplacement MEDIA, promotion des exportations)
- Près de 4 millions de francs pour le soutien aux exploitants de salles de cinéma et aux distributeurs de films
- 2 millions de francs pour la formation initiale et continue dans les métiers du cinéma
Il apparaît donc clairement que ces moyens financiers garantissent la diversité, la visibilité et la pérennité du cinéma suisse, depuis la conservation du passé jusqu'à la formation de la prochaine génération, en passant par la promotion du présent.
Une autre critique porte sur la complication du processus de candidature. Dès le début, il faut fournir des informations sur la composition diversifiée des équipes et les processus de production précis, alors que les détails ne sont connus qu'au cours du processus de production. Que répondez-vous à ceux qui affirment que cette exigence n'est pas compatible avec la pratique ?
Les procédures sont restées largement inchangées depuis de nombreuses années. Une telle pratique n'a rien d'inhabituel : d'autres institutions de promotion en Suisse et à l'étranger exigent des informations similaires. L'OFC demande des informations sur la composition de l'équipe et les processus de production afin de pouvoir examiner les demandes de manière minutieuse et transparente. Lors du dépôt de la demande, il doit par exemple être clair qu'il s'agit d'un projet de film suisse ou d'une coproduction internationale reconnue et que l'équipe du film comprend un nombre suffisant de Suisses. Le budget doit également montrer que les conditions salariales et les conditions en matière d'assurance sociale en vigueur dans la branche peuvent être respectées.
Il est évident que des ajustements peuvent être nécessaires au cours du processus de production, tant au niveau du financement que de la structure. Dans de tels cas, nous recherchons des solutions et échangeons avec les sociétés de production concernées et les autres organismes de promotion du cinéma.
Nous sommes également conscient·e·s que la procédure de demande, qui prend beaucoup de temps, doit être aussi efficace que possible pour les cinéastes. C'est pourquoi, compte tenu de la forte augmentation du nombre de demandes ces dernières années, l'OFC s'efforce en permanence d'optimiser et de simplifier les processus électroniques afin de rendre les procédures de dépôt encore plus conviviales à l'avenir. Par exemple, avec l'introduction de nouvelles subventions électroniques qui remplaceront la plateforme de soutien actuelle.
À plusieurs reprises, il a été question d'améliorer la mise en réseau entre les organismes de soutien. Une possibilité serait de reconnaître les décisions de soutien prises par d'autres organismes. Cela permettrait d'alléger la bureaucratie. Une telle procédure est-elle envisagée ? Ou quels sont les projets dans ce sens ?
Une meilleure coordination entre les organismes de financement est un objectif central à moyen et long terme de notre stratégie. Nous sommes déjà en pourparlers avec les institutions régionales de financement et la SSR afin d'harmoniser progressivement les procédures. Il ne s'agit pas seulement d'alléger la charge administrative, mais aussi de pouvoir utiliser les fonds limités de manière ciblée pour des projets prometteurs. Le nombre de demandes a considérablement augmenté partout ces dernières années, ce qui rend cette mesure inévitable.
L'une des recommandations de l'étude Goldmedia était également d'améliorer l'interaction entre les organismes de financement. Cette même étude fait également l'objet de critiques. Elle négligerait par exemple la Suisse non germanophone. L'Office fédéral ne tiendrait également compte que d'un très petit nombre de recommandations issues de ce rapport. Comment évaluez-vous réellement l'utilité de cette étude ?
Cette étude était nécessaire. La comparaison avec l'étranger a notamment montré que, en termes de pouvoir d'achat, la Suisse est à la traîne par rapport à des pays comparables tels que la Belgique, l'Autriche et le Danemark en ce qui concerne le montant total des aides au cinéma, et que l'une des principales raisons en est l'absence de promotion économique du site. L'OFC a repris de nombreuses recommandations de cette étude, telles que le renforcement de la coordination avec les organismes de promotion du cinéma en Suisse, l'élaboration d'une politique de promotion économique en collaboration avec les cantons et d'autres services administratifs de la Confédération, ainsi que de nombreuses adaptations ponctuelles qui entreront en vigueur dans le cadre des concepts de promotion du cinéma à partir de l'année prochaine.
La faible visibilité du cinéma suisse sur le territoire national a été identifiée comme un autre axe de développement et figure déjà dans le message culture 2025-2028 en cours d'élaboration.
Cette étude vous a en tout cas convaincu de vouloir promouvoir davantage à l'avenir les œuvres qui promettent une plus grande portée, les films de genre et les films pour enfants. Dans le secteur, certaines voix considèrent cette intention comme une menace pour le cinéma d'auteur. À l'heure actuelle, les conditions cadres pour la production de ce genre d'œuvres n'existent pas, si l'on considère le budget ou l'expérience nécessaire. Comment comptez-vous changer cela conformément à votre intention et dans quelle mesure estimez-vous que les développements dans ces domaines sont réalistes ?
Notre objectif reste d'assurer la plus grande diversité possible dans la production cinématographique suisse avec les moyens disponibles, tout en reconnaissant que chaque œuvre doit trouver son propre public. La diversité du soutien est importante, car il existe des films qui attirent un large public dans les cinémas suisses et des films qui sont sélectionnés dans des festivals internationaux tels que Cannes, Venise et Berlin. Ne serait-ce que pour ces raisons, il faut une diversité qui puisse garantir la visibilité nationale et internationale de la création cinématographique suisse. Le soutien au cinéma devrait donc en tenir compte.
Les nouveaux concepts de promotion cinématographique 2026-2028 ont fait l'objet d'une consultation sectorielle cet été. Les décisions finales n'ont pas encore été prises et les orientations communiquées jusqu'à présent ne sont donc pas définitives. Nous présenterons les futurs paramètres lors des Journées cinématographiques de Soleure 2026.
La décision de confier à Swiss Films le mandat de la promotion nationale a suscité dès le début une opposition au sein de la branche. L'un des principaux arguments avancés est que le travail de promotion devrait être effectué par ceux qui le font déjà, par exemple les festivals en Suisse ou les distributeurs. Pourquoi avez-vous néanmoins insisté pour confier cette tâche à un organisme qui doit d'abord mettre en place les structures nécessaires ?
La mise en œuvre de la promotion cinématographique en Suisse par Swiss Films a déjà été communiquée à la branche en 2023 et soumise à consultation dans le message sur la culture. Aucune réaction négative n'avait alors été formulée. La fondation Swiss Films a été chargée, en tant qu'agence de promotion nationale, de la mise en œuvre de la promotion en Suisse. Les mesures profitent en premier lieu aux acteurs qui souhaitent accroître la visibilité de notre production cinématographique grâce à des concepts innovants. Les festivals et les distributeurs continuent donc naturellement à jouer un rôle important.
Notre objectif principal est de renforcer la coopération entre tous les acteurs concernés dans le domaine de la promotion cinématographique. Les habitudes visuelles du public évoluent, tout comme le paysage médiatique : ce qui fonctionnait autrefois doit aujourd'hui être repensé.
Le mandat confié à Swiss Films vise donc en premier lieu à développer des partenariats promotionnels plus solides et durables pour l'ensemble du cinéma suisse, et pas seulement pour des projets individuels. L'ensemble de la branche peut en bénéficier.
Après la présentation de la phase pilote de la promotion intérieure, d'autres résistances se sont manifestées. Entre autres, on remet en question la pertinence des projets sélectionnés. La mesurabilité des résultats sera plus que difficile si l'on part de projets supposés déjà populaires auprès du public. L'OFC a-t-il supervisé ce processus de sélection des projets et l'a-t-il accompagné de directives ?
L'OFC accompagne étroitement le processus de promotion nationale. Il existe également un «comité consultatif» externe composé de représentant·e·s de la branche qui apporte ses conseils. La sélection des projets a été délibérément conçue de manière très hétérogène afin de mettre en évidence les différentes approches du cinéma suisse.
La présentation des projets à Locarno a montré de manière impressionnante à quel point la collaboration peut être fructueuse : les distributeur·trice·s et les producteur·trice·s ont présenté de manière très transparente les campagnes qu'ils mèneront conjointement avec Swiss Films et ont donné un aperçu intéressant, faisant preuve d'une ouverture d'esprit rarement vue jusqu'à présent sous cette forme.
C'est précisément dans cette voie que nous souhaitons poursuivre. Bien sûr, toute nouveauté demande du temps et de la patience. Les résultats seront soigneusement évalués afin de définir les prochaines étapes sur cette base.
Malgré des demandes répétées, Swiss Film refuse toutefois de communiquer la liste complète ou au moins un classement des projets qui ont postulé au projet pilote «Campaign Booster». Ces informations permettraient d'avoir une vue d'ensemble des besoins.
Les demandes qui ont été rejetées ne sont en principe pas communiquées publiquement. La vue d'ensemble d'une promotion résulte de la somme des projets soutenus. Les résultats de la promotion nationale seront donc évalués en détail.
Dans quelle mesure l'OFC soutiendra-t-il concrètement les efforts de promotion du site soutenus par des fonds provenant de l'économie ? Les explications à ce sujet étaient jusqu'à présent encore vagues et laissaient supposer que les efforts seraient laissés aux cantons et aux initiatives propres de la branche.
Des fonds supplémentaires provenant de l'économie sont indispensables. C'est ce qu'a également montré le panel qui s'est réuni à Locarno à l'invitation de la conseillère fédérale Elisabeth Baume-Schneider. L'OFC joue ici un rôle de coordination. Il mène actuellement des discussions avec le Secrétariat d'État à l'économie (SECO) et les cantons. La Switzerland Film Commission, créée l'année dernière, est également impliquée dans ce processus. Une orientation commune, également en concertation avec l'association faîtière Cinesuisse, sera adoptée en temps voulu.
Déclaration générale :
Même en cette période difficile et exigeante pour la culture, l'OFC entend s'engager en faveur d'un soutien au cinéma moderne et conforme aux normes internationales. Le cinéma suisse est vivant et doit rayonner dans toute sa diversité. Les fonds provenant de l'obligation d'investissement dans le cinéma suisse doivent également servir à renforcer la structure de l'industrie cinématographique suisse.