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Barbara Miller, un cinéma plaidoyer

Kathrin Halter
16 juin 2017

Barbara Miller vient tout juste de terminer le tournage, à Nairobi, de son dernier film documentaire pour le cinéma. «The Female Touch», titre de travail, raconte l’histoire de cinq femmes de cinq cultures différentes, qui malgré des conditions souvent défavorables, parfois ouvertement misogynes, luttent pour une sexualité émancipée : une Somalienne de Londres, une Juive ultraorthodoxe, une artiste japonaise, une ancienne nonne et une jeune Indienne. Cette dernière anime un site web en hindi d’information sur la sexualité, le premier de son genre en Inde.

On se souvient tout de suite de «Forbidden Voices» (2012), son tout premier documentaire, dans lequel la réalisatrice zurichoise dressait le portrait de trois blogueuses courageuses, qui cherchaient à contourner la propagande de régimes totalitaires (en Chine, en Iran et à Cuba), se mettant ainsi en danger et s’exposant à de nombreuses menaces. De femmes fortes, de non-droit et de justice, du combat contre celui-là et en faveur de celle-ci, il s’agit toujours de cela lorsque Barbara Miller parle de ses motivations.

Du droit au documentaire

C’est déjà ce qui avait motivé sa décision d’étudier le droit. Barbara Miller, qui a grandi en Appenzell et plus tard à Kilchberg et Zurich, commence par des études de sciences du cinéma, de psychologie et de philosophie. Mais elle voudra mener à bout quelque chose de «palpable», pour pouvoir apporter sa part à l’amélioration des rapports entre les individus. 

Après ses études, dès 1998, Barbara Miller travaille comme juriste et assistante de production chez Condor Films. Elle devient par la suite, durant une année, la première employée de C-Films, une nouvelle boîte sise à Glattfelden où s’élaborera « Lüthi & Blanc », le feuilleton à succès de la SRF. Elle qui aurait dû devenir directrice de production et productrice, veut désormais tourner elle-même des films.

Elle aura l’occasion d’apprendre le métier sur le tournage de « War Photographer » de Christian Frei, sur lequel elle passe deux ans comme assistante de montage et de réalisation. Avant cela, elle avait été la conseillère juridique de Frei et avait su négocier un accord avec le pugnace avocat new-yorkais du protagoniste, le photographe James Nachtwey.

Après un travail supplémentaire d’assistance auprès de Frei, cette fois pour le documentaire «Bollywood im Alpenrausch», Barbara Miller se met à son compte. Ce seront en tout douze films documentaires, tous portant sur des sujets sociopolitiques, qui verront le jour entre 2002 et 2017, parmi eux «Vollfett – Abnehmen um jeden Preis», «Häusliche Gewalt – Wenn die Familie zur Hölle wird» ou encore «Schattenkind» (sur l’enfance de l’écrivain Philipp Gurt). En parallèle, Miller travaille comme assistante sociale auprès de toxicodépendants, de prostituées et aussi de sans-abri.

Faire des films permet aujourd’hui, selon elle, de « relever les inégalités et de faire bouger les choses ». Avec « Forbidden Voices », elle est en mesure de traiter de sujets globaux et de traverser ces frontières au sein desquelles elle s’est en dernier lieu, comme réalisatrice de télévision, sentie à l’étroit (chaque participation à la série de reportages de la télévision alémanique DOK impose une référence à la Suisse).

Le défi de l’égalité

Elle s’est souvent trouvée à l’étranger ces derniers temps : une année durant, elle a accompagné «Forbidden Voices» sur près de 70 festivals ; depuis 2013, elle tourne chaque année un film traitant de projets d’aide en Inde, au Kosovo ou au Brésil. À cela se sont ajoutées les préparations pour «The Female Touch». De plus, Miller a fondé, en compagnie de Philip Delaquis du Kollektiv für audiovisuelle Werke (collectif pour les œuvres audiovisuelles), la société productrice de «Forbidden Voices», la boîte de prod Mons Veneris Films – aussi parce qu’il est quasi impossible de vivre de son seul salaire de réalisatrice.

C’est le genre de questions auquel Barbara Miller sera confrontée, elle qui prendra en septembre la présidence de l’Association des réalisateurs ARF/FDS, à la suite de Kaspar Kasics. Une discussion concernant la stratégie future est prématurée, toutefois, quelles ont été ses attentes de réalisatrice vis-à-vis de l’association ?  Les professionnels du cinéma sont, selon elle, souvent des combattants solitaires. Le travail fourni par une association bien établie est déjà important afin de briser ce sentiment d’isolement. L’important sera toutefois de garantir en tout premier lieu la continuité – même si ça sonne moins sexy.

Et quelle est donc sa position sur les questions de genre, qui sont la priorité du moment de ARF/FDS ? « Non, mais ce n’est pas possible ! » a été sa réaction à la lecture de l’étude sur les subventions accordées aux femmes. Jamais elle ne se serait attendue à un tel niveau d’inégalité ; et c’est justement la preuve que le fait que ce soit une femme ou un homme qui tourne un film joue bien un rôle : « Nous sommes discriminées et n’en étions pas conscientes !»

Qu’une femme accède, après seize années, à nouveau à la tête de l’association est donc bien plus que de la politique-symbole. Pas n’importe quelle femme, toutefois.

 

▶  Texte original: allemand

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