Travailler avec des enfants acteur·trice·s
Tourner avec des enfants implique bien plus que le simple respect d’un cadre légal : chaque cinéaste doit trouver sa propre approche. D’une expérience à l’autre, de nombreux points communs émergent.
Max Hubacher était l’invité de Campari cette année sur la Croisette, où il a pu goûter l’atmosphère glamour du festival – sans pour autant prendre des allures de star.
On peine à croire que c’est la première fois qu’il est à Cannes : Max Hubacher se fond sans aucun mal dans la foule de ses illustres homologues européen·ne·s, dont l’acteur Daniel Brühl ou le réalisateur Ruben Östlund, en train de dîner sur la terrasse de l’hôtel Mondrian, une adresse en vue de la Croisette. C’est là que nous nous retrouvons pour notre entretien.
Sa présence au festival n’est pas liée à la présentation d’une œuvre. « Peut-être l’année prochaine », dit-il en souriant d’un air malicieux. En ajoutant d’emblée qu’il n’a pas le droit de parler du projet en question. Il en dévoile tout de même autant : « Le film se passe en anglais, mais j’y joue un Suisse allemand qui parle en français avec un accent. » Ce doit être libérateur, pour une fois, puisque sur le plan linguistique, il est généralement tenu de mettre de côté sa « suissitude ». Du moins quand il tourne en Allemagne. Deux productions télévisées seront diffusées dans les prochains mois : « Sterben für Beginner » et « Der Schimmelreiter », d’après une nouvelle de Theodor Storm.
“Ce qui me passionne, c’est de découvrir chaque fois quelque chose de nouveau. Je préfère presque interpréter les personnages très éloignés de moi, même si je trouve toujours un lien personnel avec chaque rôle.”Max Hubacher
La filmographie de Max Hubacher s’allonge au fil des ans, et avec elle son expérience dans différents genres et formats. En 2023, il joue dans la série « Sissi ». Un travail qui s’étend sur une longue période, contrairement au tournage d’un film. Et parsemé d’interruptions, qu’il faut savoir apprécier. Lui-même préfère terminer d’un coup. Mais il arrive que les pauses tombent à pic, comme pour son voyage à Cannes. Dans une série, on façonne un rôle sur la durée. « C’est particulièrement passionnant de jouer un personnage qui irrite, pour lequel il ne s’agit pas de développer de l’empathie. »
Outre « Sissi », il a également joué dans la série « Frieden », et « Jakobs Ross » est sorti en début d’année. Il avait percé grâce à son rôle principal dans « Der Verdingbub » (2011). « Ce que j’aime avec les personnages historiques, c’est que je peux me glisser dans un costume qui me confère automatiquement un habitus donné. Dans “ Jakobs Ross ”, j’étais toujours pieds nus. Les chaussures que l’on porte déterminent notre démarche, lourde ou légère. J’avais aussi de fausses dents et les cheveux coupés en mulet, avec une longue mèche derrière. »
Il suffit de jeter un coup d’œil sur son répertoire pour se rendre compte de sa polyvalence, depuis le punk en puissance dans « Lasst die Alten sterben » (2017) au médecin autrichien dans « Monte Verità » (2021), en passant par l’antihéros de « Der Hauptmann » (2017) et le sportif de haut niveau devenu assassin dans « Der Läufer » (2018). « Ce qui me passionne, c’est de découvrir chaque fois quelque chose de nouveau, dit-il. Je préfère presque interpréter les personnages très éloignés de moi, même si je trouve toujours un lien personnel avec chaque rôle. »
Il navigue non seulement entre différents personnages, mais aussi entre les langues et ses lieux de résidence. Max Hubacher partage sa vie entre Berne et Berlin. Tourner en Suisse, c’est comme « rentrer à la maison ». Mais jouer en suisse allemand n’a rien d’aisé : il s’agit d’interpréter l’écrit de manière spontanée, de parler comme les choses vous viennent. Les répliques ne doivent pas donner l’impression d’avoir été traduites depuis l’allemand standard. Même si le scénario est en suisse allemand, il faut se l’approprier en y apportant des adaptations individuelles ici et là. « Quand je travaille sur un projet suisse, je prévois toujours plus de temps pour cela. » Des expert·e·s en dialecte sont aussi là pour conseiller.
Lors de ces « matchs à domicile, précise-t-il, les gens avec lesquels je travaille, depuis la technique au costume en passant par le maquillage, ont été des compagnons de route depuis mes débuts. On a plein de souvenirs en commun. » Lorsqu’il se remémore ses premiers pas dans le métier, Max évoque son désir d’échapper à un quotidien scolaire et professionnel trop bien réglé. En septième année, il avait donc participé à une audition pour une pièce de théâtre à Zurich – et avait été pris. C’est ainsi qu’a commencé sa carrière d’acteur, motivé par le soutien de sa grand-mère. « J’ai simplement eu la chance inouïe d’être toujours au bon endroit au bon moment. »
« Jakobs Ross » est présenté à Locarno dans la section Panorama Suisse.