Les réflexions de l’actrice tessinoise Christina Andrea Rosamilia sont traversées d’introspection et d’observation. Des propos attentifs et sincères sur sa profession et le monde du cinéma, pour nous évoquer également ses expériences professionnelles notamment en Grande-Bretagne, en Espagne et aux États-Unis. En parallèle à son travail pour la télévision et le cinéma, Christina Andrea Rosamilia a également poursuivi des études de traductrice et d’interprète. « Pour moi, le cinéma n’a pas été un coup de foudre, mais plutôt une sorte de fil rouge qui s’est imposé au fur et à mesure. J’ai toujours dû faire d’autres activités et d’autres études. Mon parcours est ponctué d’interruptions pas forcément volontaires, mais nécessaires. »
Un mélange de chance et de folie
Au Tessin, vivre uniquement du travail d’actrice est difficile sinon impossible. Mais Christina a pu se rendre en Italie, où elle en a fait son métier. « J’ai commencé à jouer sérieusement grâce à la réalisatrice Irene Dionisio, qui m’a donné l’occasion d’interpréter le personnage de Sandra dans « Le ultime cose ». À partir de là, cela n’a plus été un rêve, mais j’ai décidé d’en faire une sorte d’une urgence. » Ce film (coproduit par la RSI et Amka), sorti en 2016 et sélectionné pour la Settimana Internazionale della Critica de Venise, se déroule dans un mont-de-piété turinois, où se croisent les chemins de trois personnes, dont Sandra, une femme transgenre qui doit affronter un nouveau chapitre de sa vie. Un début prometteur pour Christina, puisque cela lui ouvre la voie d’autres rôles ; tant au cinéma qu’à la télévision. Dix ans – et de nombreuses productions – après, que penser de cette profession ? « Au début, sur le plateau, personne ne se connaîssait. Alors qu’à la fin du tournage, on est devenus une petite famille. La pression peut être usante, surtout si on doit rejouer une scène plusieurs fois, et qu’on a des rôles dramatiques. Il faut entretenir une émotion spécifique, la nourrir tout en évitant qu’elle se consume trop vite. Une bonne actrice reste dans son rôle, ne se laisse pas distraire, mais elle communique avec l’extérieur, sans éteindre le feu qu’elle entretient. » Si Christina a suivi des cours auprès de l’Actors Studio de New York, elle a appris le métier avant tout en travaillant. « Je suis partiellement autodidacte. Il y a un mélange de chance et de folie dans ma biographie ».
Global et local
Un autre rôle auquel elle doit une certaine notoriété est celui de Belfiore dans « Bang Bang Baby » de Andrea Di Stefano, une série produite par Amazon qui se déroule dans la Milan des années 80. Pour elle, c’est la production qui lui a donné une visibilité internationale – aussi, comme elle le reconnaît, grâce au canal. « Ces plateformes ont élargi notre horizon culturel. Avant on ne regardait presque que des films américains ou italiens, maintenant on trouve des titres du monde entier. Plus de langues, plus de cultures, plus de choix : les frontières ont disparu. » Le seul problème de ces plateformes, débattu depuis longtemps, est qu’elles ne versent par de redevances aux acteurs – une différence de taille par rapport aux contrats des chaînes de télévision, qui paient les acteurs en fonction du nombre de rediffusions.
Après une série de films produits loin du Tessin – dont « Il principe della follia », avec Andrea Roncato, un film tourné dans les Marches, écrit et dirigé par Dario D’Ambrosi, le fondateur du Teatro Patologico di Roma – Rosamilia est de retour cette année dans sa région, puisqu’elle joue dans le film « Un gran casino » du réalisateur autrichien Daniel Hoesl, qui se déroule à Campione d’Italia, une enclave devenue célèbre pour sa maison de jeu (la plus grande d’Europe) conçue par l’architecte Mario Botta... Mais en 2018 elle fait faillite, affectant l’ensemble du tissu économique de cette petite commune lacustre.
« Je me suis sentie très à l’aise : le réalisateur a un point de vue particulier, et le film, à la fois esthétique et géométrique, a été sélectionné au Film Festival de Rotterdam. Pouvoir enfin jouer chez moi a été touchant et important, aussi parce que j’ai interprété un personnage qui ne ressemblent en rien aux précédents : je joue un ange. »
Abattre les stéréotypes
Le parcours de Christina Andrea Rosamilia – et elle est loin d’être la seule – témoigne d’une limite du cinéma italophone. La variété des rôles proposés aux acteurs et actrices est restreinte : « Au Tessin et en Italie, tu ne peux pas te transformer. Les acteurs américains, eux, peuvent le faire : ils prennent du poids, se teignent les cheveux, se maquillent... alors que chez nous, on veut quelqu’un qui ressemble déjà au personnage. C’est une vraie limite et je trouve dommage ».
On peut aussi se demander pourquoi, même aujourd’hui, on propose toujours les mêmes rôles à une personne transgenre : danseuse, criminelle, prostituée. Cela nourrit un récit qui ne reflète pas la réalité. Combien de stéréotypes persistent dans une industrie qui se veut progressiste ? L’actrice répond avec élégance, mais fermement : « C’est un problème de représentation, et de la façon dont ces personnes sont perçues, en particulier dans les médias : ou comme des victimes ou comme des bourreaux. Il reste beaucoup à faire, dans toute la société. Les directeurs de casting devraient vraiment se montrer plus clairvoyants et sensibles, même si c’est bien sûr souvent le réalisateur qui a le dernier mot. À une audition, on m’a même dit que j’étais trop féminine pour jouer une femme transgenre. Le réalisateur voulait quelque chose de plus “grotesque”. Voilà où on en est arrivés. Donc oui, malgré la récente prise de conscience générale, il y encore un problème de représentation des personnes de la communauté LGBTQ+. Chacun est différent, un monde à part entière, mais on ne m’a jamais proposé le rôle d’une mère ou d’un autre personnage féminin. »
La liberté de l’écriture
À l’avenir, Christina aimerait jouer dans un film policier (« j’ai un goût marqué pour la justice, j’adore les règles »), de fantasy ou d’horreur (« un personnage méchant, pour explorer mon côté obscur »). Mais actuellement, elle est plongée dans l’écriture. « J’ai toujours écrit, j’ai tenu mon premier journal à onze ans. J’ai tout gardé et il y a quelques années, j’ai relu ces pages : cela a été comme si on m’avait donné un coup dans le ventre. Au Tessin, j’ai été la première à faire mon « coming out », même si c’est une expression que je n’aime pas trop, car elle te colle une étiquette, et je déteste des étiquettes. L’écriture a toujours été mon exutoire, un moyen de purification. C’est peut-être l’acte le plus intime avec moi-même. Quand j’écris, j’arrive à me déconnecter entièrement et à laisser affluer mes pensées, de la tête aux mains et au papier. L’écriture est devenue une part centrale de ma vie. »
L’année prochaine, elle publie son premier roman, dont l’intrigue se déroule entre autres au Tessin. « C’est un récit queer, mais tout en douceur, un roman de formation très cinématographique. D’ailleurs, il y a déjà l'idée d’en tirer un film.
Tout se passe dans une décharge, un lieu symbolique dans lequel tout – les souvenirs, les rêves – se transforme et perd son nom pour devenir autre chose. À travers ce que les gens jettent, le protagoniste découvre le monde qui s’ouvre au-delà des montagnes, dans cet été au cours duquel on grandit et devient adolescent. C’est un projet auquel je travaille depuis longtemps, j’en suis très fière. Le fruit d’un travail de longue haleine, exclusivement à moi. Ce sera une bonne occasion de révéler mon univers intérieur. »
Y aura-t-il encore de la place pour le cinéma ? « Actuellement, je me limite aux rôles qui m’intéressent. Je suis ouverte aux nouvelles propositions. J’aimerais me laisser surprendre et j’espère que j’aurai d’autres collaborations stimulantes, d’une certaine importance, avec des personnages et des récits qui me passionnent. Mais en attendant, je me concentre sur la rédaction de mon deuxième roman. »
Testo originale italiano
Incontro con Christina Andrea Rosamilia
Tra recitazione e scrittura, l’attrice ticinese si racconta dopo aver girato due nuovi film e a un passo dalla pubblicazione del suo primo romanzo.
C’è introspezione e osservazione nelle riflessioni dell’attrice ticinese Christina Andrea Rosamilia. Pensieri attenti e onesti, che riguardano anche la sua professione, il mondo del cinema e le occasioni di lavoro, elaborati in anni vissuti all’estero (Gran Bretagna, Spagna e Stati Uniti, soprattutto) e trascorsi non solo a recitare per cinema e televisione ma anche a studiare come traduttrice e interprete. «Il cinema per me non è stato un colpo di fulmine ma più una sorta di filo rosso da seguire, man mano. Ho sempre dovuto fare altri lavori e altri studi, è stato un percorso a interruzioni, non volute ma necessarie».
Un misto di fortuna e di follia
Difficile vivere di sola recitazione nella Svizzera italiana, ma la carriera di Rosamilia è andata ben oltre i confini regionali ed è in Italia che il tutto è diventato un lavoro. «Ho cominciato a recitare seriamente grazie alla regista Irene Dionisio, che mi ha dato la possibilità d’interpretare il personaggio di Sandra ne «Le ultime cose». Da quel momento non è più stato un sogno ma ho deciso di trasformarlo in un’urgenza». Il film, co-prodotto anche da RSI e Amka, distribuito nel 2016 e selezionato alla Settimana Internazionale della Critica di Venezia, è ambientato in un banco dei pegni di Torino dove s’incrociano le storie di tre persone. Tra loro c’è anche Sandra, una ragazza transgender alle prese con un nuovo inizio. Un esordio importante per Christina, che la conduce ad ottenere altre parti, sia per la tv che per il cinema. A dieci anni da questa prima esperienza, e dopo tante altre produzioni, cosa pensare di questa professione? «Sul set si comincia come sconosciuti ma alla fine delle riprese si diventa una piccola famiglia. Le tempistiche possono essere feroci e quando devi ripetere una scena ti distruggi più volte, in particolare se, come nel mio caso, s’interpretano soprattutto ruoli drammatici. Devi mantenere una specifica emozione, nutrirla ma non farla bruciare troppo in fretta. La forza di una brava attrice è saper stare nella parte, non farsi distrarre ma allo stesso tempo comunicare con l’esterno, senza perdere quel fuoco che sta curando». Christina Andrea Rosamilia ha seguito dei corsi all’Actors Studio di New York ma ha imparato il mestiere soprattutto lavorando: «sono un po’ un’autodidatta. C’è un misto di fortuna e di follia nella mia storia».
Globale e locale
Un altro ruolo che le ha portato notorietà è quello di Belfiore, nella serie «Bang Bang Baby» di Andrea Di Stefano, ambientata nella Milano anni ’80, prodotta da Amazon. Nel parlarne, emerge come le abbia dato visibilità internazionale e l’attrice mette in luce come, anche da spettatrice, questi canali di distribuzione abbiano permesso l’accesso a contenuti che altrimenti non sarebbero stati facilmente fruibili su scala globale: «hanno creato un orizzonte culturale più ampio. Prima vedevamo praticamente solo film USA o italiani, ora si trovano titoli da tutto il mondo. Più lingue, più culture, più possibilità: hanno abbattuto dei confini». Unica pecca, le piattaforme non riconoscono le royalties agli attori, una questione che si dibatte da tempo e che rappresenta una grande differenza con i contratti stipulati dai canali televisivi, che ad ogni emissione riconoscono un compenso al cast.
Dopo varie produzioni realizzate lontano (tra le ultime c’è «Il principe della follia» con Andrea Roncato, girato nelle Marche, scritto e diretto da Dario D’Ambrosi, fondatore del Teatro Patologico di Roma), quest’anno Rosamilia è tornata a recitare nella sua terra, grazie al film del regista austriaco Daniel Hoesl, «Un gran casino», ambientato nell’enclave di Campione d’Italia, sul lago di Lugano, diventata famosa per la casa da gioco - la più grande d’Europa, progettata dall’architetto Mario Botta - finita in bancarotta. Un fallimento che ha trascinato con sé tutto il tessuto economico del piccolo comune.
«Mi sono trovata molto bene: il regista ha una visione particolare e il film, molto estetico e geometrico, è stato selezionato all’International Film Festival di Rotterdam. Girare finalmente a casa mia è stato emozionante e significativo, anche perché ho interpretato un personaggio diverso dal solito: sono un angelo».
Stereotipi da abbattere
Il percorso di Christina Andrea Rosamilia - e non solo il suo - mostra un aspetto piuttosto limitato del cinema italofono. La varietà di ruoli proposti ad attori e attrici è ristretta: «In Ticino e in Italia non viene data la possibilità di cambiare. Gli attori americani si trasformano: ingrassano, si tingono i capelli, si truccano… invece qui si cerca qualcuno che assomigli già al o alla protagonista. È un limite e un peccato».
Viene anche da chiedersi soprattutto come sia possibile che ancora oggi ad una persona transgender vengano proposte sempre le stesse parti: ballerina, criminale, prostituta. Un atteggiamento che alimenta una narrazione che non rispecchia la realtà. Quanti stereotipi resistono in un’industria che si presenta come progressista? Alla nostra domanda, l’attrice risponde con eleganza ma fermezza: «è un problema di rappresentanza e rappresentazione, e di come queste persone vengono viste, soprattutto dai media; come vittime o carnefici. C’è ancora molto da fare, in tutta la società. Indubbiamente nel cinema i direttori del casting dovrebbero avere più lungimiranza, sensibilità e cultura, anche se l’ultima parola spetta al regista. A un provino mi sono addirittura sentita dire che ero troppo femminile per interpretare una donna transgender: il regista voleva qualcosa di più ‘grottesco’. Siamo arrivati a questo livello di cliché, quindi sì, malgrado la recente presa di coscienza generale, c’è ancora un problema di rappresentazione per le persone della comunità LGBTQ+. Ogni persona è diversa, ognuno di noi è un mondo, ma non ricevo mai i ruoli di una madre o di altri personaggi femminili».
La libertà della scrittura
In futuro a Christina piacerebbe recitare in un poliziesco («ho un grande senso civico e di giustizia, adoro le regole»), in un fantasy o in un horror («un personaggio cattivo, per esplorare la mia parte più oscura»), ma ora è immersa nella scrittura.
«Ho sempre scritto, ho tenuto il mio primo diario a 11 anni. Li ho conservati tutti e qualche anno fa li ho riletti: è stato un pugno nello stomaco. Io ho fatto un percorso, sono stata la prima in Ticino a fare ‘coming out’, anche se è una parola che non amo perché ti colloca in una categoria e io odio le etichette. Per me la scrittura è sempre stata una valvola di sfogo, di purificazione. È forse l’atto più intimo con me stessa. Quando scrivo riesco a disconnettermi e lasciar fluire i pensieri dalla testa alla mano alla carta. La scrittura è diventata una parte importante della mia vita».
L’anno prossimo sarà un anno chiave: pubblicherà il suo primo romanzo, una storia che coinvolge anche il territorio ticinese. «È un racconto queer ma velato, un romanzo di formazione molto cinematografico, tanto che esiste già l’idea di trarne un film.
Tutto accade in una discarica, un luogo molto simbolico dove ogni cosa - i ricordi, i sogni - si trasforma e si spoglia del proprio nome per diventare altro. Attraverso quello che la gente butta, il protagonista scopre il mondo che c’è oltre le montagne, in quell’estate dove si diventa grandi e si passa all’adolescenza. È un progetto che coltivo da anni, ne sono profondamente orgogliosa, è il frutto di un lungo lavoro, completamente mio. Sarà un’occasione per mostrare il mio universo interiore».
Per il cinema, ci sarà ancora spazio? «Ora valuto solo parti che m’interessano. Sono aperta a nuove proposte, voglio farmi sorprendere e auspico che arrivino collaborazioni stimolanti, di un certo spessore, con personaggi e storie che mi catturino. Intanto mi concentro sulla scrittura del secondo romanzo».