Travailler avec des enfants acteur·trice·s
Tourner avec des enfants implique bien plus que le simple respect d’un cadre légal : chaque cinéaste doit trouver sa propre approche. D’une expérience à l’autre, de nombreux points communs émergent.
Teresa Vena 19 septembre 2025
Il y a plus de trente ans, Daniel Bernhardt quittait la Suisse pour se lancer dans une carrière qu’il n’aurait pas pu mener chez lui. Aujourd’hui, le Bernois s’est imposé aux États-Unis comme acteur et entraîneur en arts martiaux.
« Je veux que tu tiennes le rôle principal dans mon film », lui a lancé le réalisateur canadien Steven Kostanski. Daniel Bernhardt devait incarner un barbare confronté à une série de monstres dans un univers indéfinissable. « Deathstalker » a été présenté en première au Locarno Film Festival, et l’acteur a fait spécialement le déplacement depuis Los Angeles pour l’événement.
Inutile d’auditionner : le producteur le connaissait déjà. Daniel Bernhardt s’impose naturellement en guerrier musclé maniant l’épée, prompt à décapiter et taillader ses adversaires à l’écran. Fier de décrocher ce rôle principal, il a compris dès les premières pages du scénario qu’il s’agissait du type de films dont « le public raffole » – ceux-là mêmes qui ont forgé sa carrière.
À 20 ans, Daniel Bernhardt quitte la Suisse pour Paris, où il débute comme mannequin. Huit ans plus tard, il part pour New York puis Los Angeles, décidé à percer dans le cinéma. D’abord entraîneur en arts martiaux pour les acteur•trice•s, il décroche progressivement des rôles à l’écran. Son meilleur atout ? Ses muscles. C’est ce physique qui lui vaut, au début des années 1990, de collaborer avec Jean-Claude Van Damme dans un spot publicitaire pour Versace – un tournant décisif dans sa carrière. « Aujourd’hui, dit-il en riant, ma filmographie dépasse la centaine de titres. »
Il a travaillé aux côtés de Sylvester Stallone et d’Arnold Schwarzenegger. « Arnold est très gentil et généreux », confie-t-il. Depuis l’adolescence, Bruce Lee reste une de ses grandes inspirations. « J’ai d’abord joué au football avant de me tourner vers les arts martiaux », se souvient-il. Le cinéma entre très tôt dans sa vie : il travaille dans l’ancien cinéma Splendid à Berne, où il peut voir de nombreux films. Parmi ses favoris figure « Casablanca », qu’il revoit au moins une fois par an. Mais il a surtout une passion pour les grandes fresques spectaculaires comme « Gladiator », « Braveheart » ou « Heat », soit le genre de films dans lesquels il évolue lui-même : « J’adore cet univers, c’est là que je suis chez moi. »
Daniel Bernhardt ne se considère pas comme une célébrité. Il ne cache pas son plaisir lorsqu’on admire ses fréquentations hollywoodiennes, mais reste modeste et reconnaissant. Sa fierté transparaît néanmoins lorsqu’il évoque la discipline et la persévérance nécessaires à sa carrière. « Je m’entraîne tous les jours, mais pas du matin au soir comme on pourrait l’imaginer – une heure et demie suffit », précise-t-il. Pour « Deathstalker », il a dû prendre cinq kilos et renforcer sa musculature, ce qui l’a conduit à manger deux repas supplémentaires par jour.
Pendant plusieurs années, il a entraîné Bob Odenkirk, star des séries « Breaking Bad » et « Better Call Saul », pour le préparer à « Nobody » et « Nobody 2 », récemment sorti en salle. Odenkirk n’avait jamais pratiqué d’arts martiaux auparavant. Daniel Bernhardt l’a emmené faire du vélo et de la randonnée, lui a enseigné la boxe et le kick-boxing, tout pour faire de lui une véritable machine de combat à l’écran. Il joue lui-même dans le film, aux côtés de Sharon Stone.
Ses années passées aux États-Unis se reflètent dans sa manière de parler et dans son attitude chaleureuse. Il n’en reste pas moins attaché à la Suisse. Il a tenté sa chance dans le cinéma helvétique il y a une dizaine d’années, mais il n’a décroché qu’une apparition dans un épisode de série télé. Pour l’instant, il demeure donc aux États-Unis. Les spéculations politiques ne le préoccupent pas.
Son ambition le pousse à aller de l’avant, à rester actif et à créer ses propres opportunités. Daniel Bernhardt peut déjà se targuer d’avoir réalisé son premier court métrage. Il prend au sérieux les personnages qu’il incarne, mais pas lui-même. Pour le reste, il préfère s’en remettre aux réalisateurs et réalisatrices. « Je ne suis qu’une pièce de leur puzzle », confie-t-il en toute modestie.