Un poisson télécommandé nage dans l’air, dans ce qui ressemble à s’y méprendre à un hommage à «Morning Sun» (1952), le célèbre tableau d’Edward Hopper. Assise sur un lit, Barbara Lehnhoff, alias Camilla Sparksss, regarde par la fenêtre du tableau. C’est elle qui a réalisé le clip, à quatre mains avec le directeur de la photographie Giacomo Jaeggli. Distingué par le Prix du jury Best Swiss Video Clip 2025 aux dernières Journées de Soleure, ce travail accompagne le morceau «Watch Me» et n’est que l’un des derniers d’une longue série d’œuvres visuelles réalisées par la musicienne et réalisatrice helvético-canadienne. C’est la première fois qu’une artiste tessinoise remporte ce prix et, dans le cas de Barbara Lehnhoff, cela est plus que mérité. Sa carrière débute il y a une vingtaine d’années par l’art vidéo et l’expérimentation, pour se transformer en un projet artistique complet, à 360 degrés, notamment grâce à sa rencontre avec le musicien Aris Bassetti – d’abord avec le groupe Peter Kernel, puis le label On The Camper Records et enfin le parcours solo : Camilla Sparksss, justement. Des entités qui coexistent et se développent toutes simultanément, pour former un parcours parmi les plus cohérents de Suisse. C’est un cas unique au Tessin en termes de professionnalisme et de longévité.
Tous les artistes suivis par le label On The Camper Records accordent la même attention à la dimension visuelle de leur musique et leur approche est très contemporaine. Sans jamais sacrifier l’art à la promotion, ils naviguent habilement dans les eaux agitées des réseaux sociaux. Pendant des années, les vidéos de Peter Kernel ont été de courtes histoires – parfois un peu surréelles, mais presque toujours ludiques – réalisées avec peu de moyens, beaucoup de créativité et de dextérité, sans oublier les amis de confiance : une vraie philosophie du «fait maison», favorisée par la familiarité du duo avec le graphisme. Les vidéos de Camilla Sparksss ont toujours dégagé une atmosphère un brin plus sophistiquée, mais sont nées dans ce même esprit. Car aujourd’hui, au vu de l’évolution dans le secteur du disque et de la nécessité pour les groupes de jouer davantage en live, le temps à consacrer aux vidéos doit être revu à la baisse si on veut satisfaire tous les besoins visuels des musiciens – qui, objectivement, ne peuvent plus se limiter à penser aux chansons.
Les formats ont évolué, même par rapport à ceux d’il y a quelques années: et ce n’est pas seulement une question de verticalité. Désormais, les contenus doivent être plus directs, pour attirer immédiatement l’attention du public et ne pas l’ennuyer – pas seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi sur YouTube et les plateformes de streaming – le tout sans sacrifier la dignité artistique.
Ce que nous aurions autrefois défini comme des clips vidéo est désormais constitué de «fragments d’idées, des vêtements que l’on met et enlève à une chanson». «Et pour un même morceau, tu réalises peut-être plus qu’un concept visuel. Ce sont des photographies avec quelques éléments en mouvement.» Ce sont les propos d’Aris Bassetti, guitariste et chanteur du duo Peter Kernel, cofondateur de On The Camper Records, producteur et également père du projet solo Mortòri, chanté en dialecte tessinois. La nécessité de présenter un contenu plus d’une fois suppose qu’on imagine plusieurs solutions visuelles pour un même single – avec l’objectif d’offrir un imaginaire reconnaissable sans en fournir une narration complète, mais en laissant au public le loisir de faire les liens.
Au Tessin, les formations musicales qui ont développé un concept visuel aussi complet sont plutôt rares. En cause sans doute le manque d’un soutien financier ciblé. À Lugano toutefois, on ne peut pas ne pas mentionner Giordano Rush, alias Tatum Rush, diplômé de la HEAD, qui, pour chacun de ses albums, a développé un univers visuel précis et soigné, un lieu, une architecture, un espace habité par des personnages récurrents dans un temps passé non défini.
Versione originale italiana
Frammenti d’idee in movimento
Premiato a Soletta il lavoro audiovisivo di Camilla Sparksss e della On The Camper Records.
Un pesce telecomandato si aggira, nuotando nell’aria, in quello che sembra a tutti gli effetti un tributo al celebre dipinto di Edward Hopper, «Morning Sun» (1952). A scrutare fuori dalla stessa finestra del quadro, seduta su un letto, c’è Barbara Lehnhoff, in arte Camilla Sparksss, ideatrice di questo videoclip musicale insieme al direttore della fotografia Giacomo Jaeggli. Questo lavoro, che accompagna il brano «Watch Me», è solo uno degli ultimi in una lunga serie di opere visive realizzate dalla musicista e regista svizzero-canadese, e ha ricevuto il premio della giuria alle Giornate Cinematografiche di Soletta 2024 nel concorso Best Swiss Video Clip. È la prima volte che un’artista ticinese si aggiudica questo riconoscimento e nel caso di Barbara Lehnhoff potremmo definirlo quasi doveroso. La sua carriera è iniziata una ventina di anni fa con la video arte e la sperimentazione per poi trasformarsi, anche grazie all’incontro con il musicista Aris Bassetti, in un progetto artistico completo, a tutto tondo, prima con il gruppo Peter Kernel, poi con l’etichetta discografica On The Camper Records e infine con l’aggiunta del percorso solista, Camilla Sparksss, appunto. Tutte entità che coesistono e si sviluppano contemporaneamente, in un contesto indipendente tra i più coerenti in Svizzera, un unicum in Ticino per professionalità e longevità.
Tutti gli artisti supportati da On The Camper hanno la stessa attenzione per l’aspetto visivo che riguarda la propria musica e il loro è un concetto molto contemporaneo, che non sacrifica l’arte per la promozione ma che ha capito come destreggiarsi nelle acque agitate dei social media. Per anni i video dei Peter Kernel sono stati brevi storie - a volte un po’ surreali, quasi sempre giocose - realizzati con pochi mezzi, tanta inventiva, manualità e amici fidati: filosofia Do It Yourself in piena regola, facilitata anche dalla dimestichezza del duo per la grafica. I video di Camilla Sparksss hanno sempre avuto un’atmosfera più sofisticata ma con lo stesso spirito. Con i mutamenti dell’industria discografica e la necessità per i gruppi di suonare maggiormente dal vivo, il tempo da dedicare ai video oggi va razionalizzato, al fine di soddisfare tutte le necessità visive dei musicisti, che oggettivamente non possono più pensare solo alle canzoni.
I formati sono cambiati, anche solo rispetto a qualche anno fa, e non si tratta solo della verticalità. Ora i contenuti devono essere pensati per avere un’immediatezza maggiore, per attirare subito e non annoiare chi li guarda, non solo sui social ma anche su YouTube e le piattaforme di streaming, il tutto senza perdere la propria dignità artistica.
Quelli che una volta avremmo definito in effetti ‘videoclip’ ora sono «frammenti di idee, sono come dei vestiti che metti e togli ad una canzone, e magari per lo stesso brano realizzi anche più di un concetto visivo. Sono delle fotografie con alcuni elementi in movimento», come li ha definiti Aris Bassetti, chitarra e voce dei Peter Kernel, cofondatore di On The Camper, produttore e ora attivo anche con il suo progetto solista Mortòri, cantato in dialetto ticinese. Anche la necessità di promuovere un contenuto diverse volte fa in modo che per lo stesso singolo si pensi a più soluzioni visive, allo scopo di costruire un immaginario riconoscibile, senza fornire una narrazione completa ma lasciando al pubblico la curiosità di riconoscere e unire i puntini.
Sono poche le formazioni musicali che in Ticino hanno sviluppato un concetto visivo così completo, forse anche perché non ci sono dei sostegni finanziari specifici. Da citare però a Lugano c’è sicuramente Giordano Rush, in arte Tatum Rush, diplomato alla HEAD, che per ogni suo album ha sviluppato un mondo visivo preciso e curato, un luogo, un’architettura, uno spazio abitato da personaggi ricorrenti in un tempo passato non definito.