Pour plus de diversité dans le cinéma
Image tirée de la série «Futur Drei» © Jünglinge Film Berlin

Pour plus de diversité dans le cinéma

Teresa Vena 18 septembre 2024

La Haute école des arts de Berne a organisé un séminaire en ligne pour parler de ce qu'est un casting socialement représentatif dans le cinéma.

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En complément de sa formation en art dramatique, le département théâtre de la Haute école des arts invitait à une discussion avec la scénariste et productrice allemande Raquel Kishori Dukpa. Copropriétaire de la société de production berlinoise Jünglinge Film, Dukpa donne des orientations importantes à ses projets de films et de séries lorsqu'il s'agit d'un casting varié devant et derrière la caméra.

« Futur Drei » (également connu sous le titre international “No Hard Feelings”) a été présenté à la Berlinale en 2020. Le film raconte l'histoire de l'émancipation du protagoniste, un jeune homme homosexuel d'origine iranienne. Lorsqu'il entre en contact avec des personnes ayant fui l'Iran pour l'Allemagne par le biais de l'imposition d'heures de travail social, il est contraint pour la première fois de retracer sa propre histoire familiale. Au centre du drame se trouve un trio de personnages autour duquel se déroule l'intrigue et des thèmes comme la patrie, l'intégration, la migration et la coexistence de différentes cultures.

Raquel Kishori Dukpa © Hochschule de Künste Bern
Raquel Kishori Dukpa © Hochschule der Künste Bern

Effet Scully

«Ce que les personnages disent et vivent provient de notre propre expérience», explique Dukpa. Selon elle, il était important pour elle et les coauteur·trice·s de restituer ces expériences, telles qu'elles ne sont pas souvent montrées au cinéma dans les pays germanophones, au plus près de la réalité. Pour Dukpa, il est clair que les personnages que l'on voit devant la caméra ont une grande influence sur le public. Dans le cas de « Futur Drei », il était en ce sens particulièrement important d'écrire des rôles qui édifient les gens, qui s'identifient à eux.

Elle parle en outre de l'effet Scully. Dans la série télévisée «X-Files», Gillian Anderson interprète le rôle de Dana Scully, agent du FBI et médecin légiste. Des études prouveraient qu'avec Scully comme modèle, les femmes oseraient davantage se consacrer à des disciplines scientifiques. Dukpa est donc consciente qu'elle porte une grande responsabilité lorsqu'elle choisit le casting de ses projets de films.

Le fardeau de la représentation

Dukpa a également participé à la série «Druck», une réédition d'un format d'origine norvégienne «Skam». La série, produite par la chaîne publique allemande ZDF, a d'abord été publiée en 2018 et en est aujourd'hui à sa huitième saison. Elle raconte l'histoire d'un groupe d'adolescent·e·s qui tentent de maîtriser leur quotidien autour des premiers amours, de l'éveil sexuel et tout simplement du passage à l'âge adulte. «50 pour cent des acteurs et actrices ont la peau noire», rapporte Dukpa. Elle était responsable de la distribution. C'est ainsi qu'elle a proposé les deux actrices qui devaient jouer un couple lesbien. Comme l'une était de peau foncée et l'autre d'origine asiatique, la production a eu des doutes. Deux adolescentes non blanches raconteraient-elles une histoire suffisamment universelle ?

Finalement, c'est Dukpa qui s'est imposée. Elle attire l'attention sur le fait que cette réduction à l'ethnie est le grand problème lors de l'attribution des rôles. Elle cite à ce sujet un traité de l'autrice et sociologue américaine Nancy Wang Yuen, qui parle du «fardeau de la représentation». Au cours de la discussion en ligne avec Dukpa, il est apparu clairement que certain·e·s acteur·trice·s qui ont partagé leur expérience au sein du groupe ressentaient la même chose. L'une d'entre elles était la Suissesse Pema Dolkar Shitsetsang, elle-même diplômée de la Haute école des arts de Berne. «Le fait que j'ai pu jouer une policière suisse dans 'Peripherie' a été une grande exception», explique-t-elle. Sinon, il est difficile pour l'actrice d'origine tibétaine de s'imposer pour des rôles au-delà de ses caractéristiques ethniques, même après presque vingt ans de carrière.

D'ailleurs, une représentation diversifiée de différents groupes sociaux et ethniques devant la caméra va de pair avec la représentation derrière la caméra, ajoute Dukpa. Les premiers succès ont déjà été enregistrés, notamment lorsque des personnes comme Mia Spengler (qui a d'ailleurs présenté un premier long métrage remarquable avec «Back for Good») se sont vu confier la réalisation de «Tatort» par la chaîne publique (elle est responsable de l'épisode «Schattenleben»).

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