Créer un réseau d’investisseurs
Image tirée de « Sew Torn » de Freddy Macdonald. © Orisono

Créer un réseau d’investisseurs

Teresa Vena 26 septembre 2024

Certains films ne voient le jour que grâce à un financement privé, souvent en raison de leur non-conformité aux critères du soutien public. Cette indépendance financière peut s'avérer une force créative.

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Freddy Macdonald est un jeune cinéaste américain d’origine suisse dont le premier long métrage, le thriller « Sew Torn », a été présenté sur la Piazza Grande à Locarno cet été. Le film se déroule en Suisse, où il a également été tourné.

L’un des partenaires du film est la société de production suisse Orisono, basée à Lucerne. L’entreprise, fondée en 2020, avait déjà de l’expérience avec un projet similaire, réalisé à travers sa société sœur 89 Productions : « Color of Heaven », du réalisateur espagnol Joan-Marc Zapata, aussi tourné en Suisse. Les films ont tous deux été produits sans aucun soutien financier de la part de l’Encouragement au cinéma. Étant donné que les États-Unis un des pays partenaires ne figure pas sur la liste des pays de coproduction officiels de l’Office fédéral de la culture, un tel projet n’est donc pas éligible pour une contribution PICS, même si, comme c’est le cas de « Sew Torn », il est entièrement réalisé en Suisse, jusqu’à la postproduction. Seul le montage du film, réalisé par le cinéaste, avait eu lieu aux États-Unis.

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Timothy Ross, producteur et fondateur d'Orisono © Orisono

Indépendance et risque

Pour mener le projet à bien malgré les circonstances, la production a donc misé sur le financement privé, comme elle l’avait déjà fait pour « Color of Heaven ». Ce modèle fait intervenir une diversité de sources financières : préventes de droits, reports d’honoraires, sponsors (placement de produits) et investissements. Les investisseurs y jouent un rôle essentiel. « Notre réseau s’élargit avec chaque projet », explique Timothy Ross, producteur et fondateur d’Orisono. « Sew Torn » a attiré entre 20 et 25 personnes désireuses d’investir, des particuliers aussi bien que des entreprises, suisses mais aussi étranger·ère·s, généralement issu·e·s de la classe moyenne supérieure.

Dans ce modèle de financement, il est nécessaire de partir du principe de la rentabilité du projet, puisqu’il faut que les investissements soient, justement, rentables. « En cas d’échec, les investisseurs perdent de l’argent, et la société de production perd en crédibilité pour de futurs projets financés par des fonds privés », explique Timothy Ross. En dépit des risques encourus, ce mode de financement a l’avantage d’affranchir le projet des contraintes et des directives des organismes de financement public. « On peut réaliser un projet dans un délai plus court. Les demandes auprès des organismes de soutien prennent beaucoup de temps. » Il est toutefois plus difficile d’exploiter un film à l’international quand il a été produit sans deniers publics. Mieux concilier aide publique et investissement privé serait donc souhaitable à long terme. Des discussions sont déjà en cours avec l’OFC sur la manière dont les investissements en provenance des États-Unis et d’autres pays partenaires de coproduction non officiels pourraient par exemple venir compléter la pratique d’encouragement existante.

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