Anton Máni Svansson: «C’est toujours une question d’équilibre»
Anton Máni Svansson. © Lilja Jóns

Anton Máni Svansson: «C’est toujours une question d’équilibre»

Adrien Kuenzy 26 mai 2025

Présent à Cannes Première avec «The Love That Remains», le producteur islandais évoque son attachement au cinéma d’auteur, les défis structurels de l’industrie islandaise et la nécessité d’un meilleur soutien aux jeunes talents.

copy linkshare facebookshare linkedinshare instagram

Qu’est-ce qui vous a attiré dans vos films les plus récents, et quels types d’histoires aimez-vous raconter?

Mon entrée dans cette industrie a été motivée par une profonde admiration pour les cinéastes d’auteur, et mon objectif principal a toujours été de les accompagner pour concrétiser leur vision. Aujourd’hui encore, je suis attiré par les auteur·trice·s qui ont ce petit quelque chose qui les distingue dans un monde du cinéma très compétitif. Pour moi, cela passe par un mélange de nombreux éléments. Je dois aussi ressentir une connexion humaine avec la personne, aussi forte que celle que j’ai avec l’histoire qu’elle veut raconter.

Comment les coproductions internationales ont-elles influencé votre travail, sur le plan créatif ou structurel?

Ces coproductions ne sont pas seulement utiles, elles sont essentielles dans mon travail, puisque je produis des films pour le cinéma islandais. Les ressources nationales sont tout simplement insuffisantes pour répondre à nos ambitions. J’ai donc coproduit presque tous mes films — courts et longs — depuis 2011. Sur le plan créatif, ces collaborations ont profondément enrichi notre approche. Il y a toujours un échange précieux de perspectives culturelles et d’expériences professionnelles entre les producteur·trice·s et les membres des équipes de différents pays.

Quels sont aujourd’hui les avantages et les difficultés de produire en Islande?

Le principal défi est clairement le manque de moyens financiers, en particulier en ce qui concerne notre fonds national et notre système de crédit d’impôt. L’Islande n’a qu’un seul fonds cinéma, qui a subi plusieurs coupes budgétaires et qui est aujourd’hui bien en dessous des besoins de notre industrie. Le secteur a beaucoup grandi, notre vivier de talents aussi, mais les financements n’ont pas suivi. Ce déséquilibre risque de nous faire perdre beaucoup de jeunes talents prometteurs. Le fonds est dans une situation inédite : il a déjà attribué presque tous les soutiens pour l’année en cours, et la majorité des subventions importantes pour l’année suivante.

En parallèle, le système de crédit d’impôt ne soutient pas suffisamment les productions locales, car la plupart ont des budgets trop bas pour bénéficier du taux maximal de 35%. Résultat : elles reçoivent seulement 25%, et le montant octroyé par le fonds est ensuite déduit de leur budget de crédit d’impôt.

À l’inverse, l’un de nos avantages majeurs vient de notre petite taille: nous formons une communauté soudée, qui favorise l’entraide. Le succès semble plus atteignable, on peut s’identifier plus facilement aux modèles autour de nous. Et pour un si petit pays, l’Islande a connu un succès international remarquable. Nos films sont sélectionnés à Cannes depuis sept ans de suite. Ce n’est pas un hasard, mais le résultat de décennies de développement, avec un intérêt international croissant pour notre cinéma — ce qui profite à toute l’industrie.

Comment voyez-vous l’évolution de l’industrie islandaise dans les prochaines années?

Nous avons un dialogue constructif en cours avec le ministère de la Culture, ce qui me permet d’être optimiste. Je pense que nous allons réussir à créer un environnement plus sain et plus stable pour notre industrie. Cela passerait par un budget annuel du fonds mieux aligné avec la croissance du secteur, l’augmentation des coûts de production et des salaires. L’idéal serait de conclure un accord sur quatre ans avec le ministère, pour offrir plus de visibilité à long terme et permettre une croissance progressive. Nous travaillons aussi à améliorer le système de crédit d’impôt, et je suis optimiste quant à la possibilité de l’adapter dès cette année, afin de préserver notre compétitivité tout en soutenant mieux les productions locales. Cela permettrait un meilleur équilibre entre les films islandais et les projets de services étrangers.

J’ai vraiment hâte de voir ce que l’avenir nous réserve. Si le gouvernement reconnaît pleinement notre potentiel et s’engage à soutenir notre trajectoire, je pense qu’on verra apparaître une gamme plus variée de projets islandais, dans des genres différents, capables de séduire à la fois notre marché local et les grandes compétitions internationales.

Quel type de soutien supplémentaire serait utile pour renforcer l’écosystème islandais, en particulier pour les nouveaux venus?

J’aimerais voir un soutien dédié aux longs-métrages à petit budget, ce qui créerait plus d’espace pour les cinéastes débutant·e·s. Il serait aussi utile de lancer un programme pour courts-métrages à petit budget, destiné aux nouveaux talents et aux projets très expérimentaux, avec une approche moins bureaucratique que les dispositifs actuels.

Y a-t-il un projet ou un moment de votre carrière qui reflète le mieux votre vision personnelle?

C’est toujours le projet le plus récent et le moment présent. J’aime là où j’en suis, et là où je vais. Et en ce moment, je suis très heureux de pouvoir partager notre nouveau film sélectionné à Cannes, «The Love That Remains», avec le monde.

À lire également