« On représente deux générations du cinéma suisse »
Quand a-t-il été décidé que vous seriez présenté·e·s comme potentiel·le·s successeur·e·s de Christian Frei ?
Séverine Cornamusaz (SC)C’est le comité qui fait une recommandation à ses membres, qui voteront lors de notre assemblée générale, le 7 août à Locarno. Historiquement, je n’étais pas dans le comité mais simple membre de l’Académie, depuis que mon film « Cœur animal » a remporté deux Quartz, en 2010. Samir est là depuis le début. Il est l’un des fondateurs·trices.
Samir (S) Nous avons vite conclu que nous souhaitions maintenant une femme à la présidence. Du fait de mon expérience, et comme il y aura des changements dans la branche, notamment découlant de la nouvelle loi sur le cinéma, on m’a demandé si la présidence m’intéressait. Mais je n’avais aucune envie d’occuper cette fonction seul. Premièrement parce que je trouve important de représenter au mieux les quatre cultures du pays, deuxièmement parce que l’égalité des genres est primordiale. Disons enfin que je représente aussi une autre forme de diversité, ayant migré en Suisse dans les années 1960.
SC:Nos différences sont un atout. Nous n’avons pas le même âge, ce qui nous permet également de représenter deux générations au sein de la branche. Notre binôme est stimulant, on peut dire qu’il crée une troisième compétence. Je crois qu’on m’a présentée à cette coprésidence car « Cœur animal » est un long métrage qui a marqué les esprits. On en parle encore aujourd’hui avec beaucoup d’affection.
Quels sont les défis actuels de l’Académie du cinéma suisse ?
S:Renforcer les ponts entre les quatre cultures d’abord, transmettre au mieux cet outil à la nouvelle génération ensuite. Il y a trop peu de jeunes actifs dans les associations, et l’Académie ne fait pas exception. Faire partie du réseau est essentiel, et les jeunes professionnel·le·s doivent comprendre que c’est à elleux de repenser cet endroit, Dieu ne le fera pas à leur place (rires).
SC:En fait, c’est compliqué d’être membre de l’Académie sans nomination, ceci explique aussi cela. Pour moi, c’est l’un des gros défis, d’amener une meilleure représentation des femmes et de la nouvelle génération, qui sort des écoles notamment. Le Tessin n’est pas non plus assez mis en lumière.
Comment définiriez-vous votre rôle, alors que l’association doit rester apolitique ?
SC:Notre ambition est de mettre en valeur et en lumière les films suisses, tout en représentant nos collègues auprès de diverses instances. L’Académie est un lieu d’échanges, dédié à la pensée artistique. Il faut savoir en profiter dans ce sens, et nous aimerions renforcer cela. En Suisse, il y a déjà assez de groupes de pression, avec des intérêts politiques. Cependant, nous devons aussi garder le lien entre les membres, le comité et l’OFC.
S:Finalement, c’est ce dernier qui donne les prix, même si le choix des lauréats revient à l’Académie. Il faut bien souligner que nous fonctionnons avec un budget restreint, constitué uniquement des cotisations de nos membres, contrairement à la majeure partie des académies européennes..
SC:C’est aussi un lieu de grande démocratie, qu’il faut absolument préserver. Certaines personnes qui occupent des fonctions publiques peuvent s’y exprimer librement et voter anonymement pour un film. C’est un luxe énorme.
Les catégories du Prix du cinéma suisse reflètent-elles assez la réalité du paysage audiovisuel ?
S:C’est une discussion qui revient toute l’année. D’autres pays décernent par exemple aussi un Prix de la mise en scène, etc. Tout cela doit être décidé avec l’OFC, qui donne l’argent aux lauréat·e·s, ainsi que toutes les associations fondatrices et nos membres.
SC:On comprend bien que certain·e·s chef·fe·s de poste soient déçu·e·s. De nombreux métiers essentiels ne sont pas représentés. C’est pour cela que le Prix spécial de l’Académie a été intégré, permettant de récompenser une personne appartenant à une catégorie qui n’existe pas.
Que représente le Film Academies Network of Europe, dont l’Académie suisse est aussi membre ?
SC:Tous les mois, chaque pays membre de la FAN évoque les derniers sujets brûlants. Dernièrement, c’est évidemment l’Ukraine qui a été vivement discutée. Celle-ci a demandé à toutes les académies d’Europe de boycotter tous les films en provenance de la Russie. La Suisse a refusé la demande, contrairement par exemple à l’Académie européenne.