Liés par un passé commun
Image tirée de «De Oost», de Jim Taihuttu, qui traite de la guerre d’indépendance en Indonésie. © New Amsterdam

Liés par un passé commun

Teresa Vena 20. März 2025

Les Pays-Bas ont récemment conclu un accord de coproduction avec l’Indonésie. Des liens étroits unissent ces deux pays, même s’ils ne sont pas toujours exempts de tensions. Le cinéma ouvre la voie à de nouvelles opportunités d’échange.

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Les films produits dans le cadre d’un accord de coproduction bénéficient d’un accès aux organismes de financement des pays partenaires, de la production à la distribution. La conclusion de ce type d’accord est souvent un processus long et complexe. Plusieurs facteurs clés entrent en jeu pour établir un tel partenariat : des similarités institutionnelles, d’une part, et d’autre part, des liens culturels et sociopolitiques. Les Pays-Bas, dans ce contexte, réexaminent leur passé colonial et cherchent désormais à assumer une responsabilité culturelle à cet égard.

Après avoir conclu un accord avec l’Afrique du Sud en 2015, les Pays-Bas en ont signé un nouveau avec l’Indonésie en décembre dernier. Le pays poursuit également plusieurs projets de coopération culturelle dans le domaine du cinéma avec le Suriname – à travers un documentaire et la mise en place d’infrastructures. Par ailleurs, des programmes visant à promouvoir les voix artistiques dans les Antilles néerlandaises (dont l’appel à courts métrages « Studio Caribe ») émergent.

Toutes ces initiatives sont supervisées par Ilse Ronteltap, responsable du département international du Nederlands Filmfonds, l’institut national du cinéma néerlandais. « Il a fallu trois ans pour conclure l’accord avec l’Afrique du Sud, et ce n’était que le début », se souvient-elle. Après la signature, il s’agissait de mettre en place les mesures communes nécessaires à faire fructifier une future collaboration. En fait partie le programme Thuthuka, qui, depuis son lancement en 2021, a donné naissance à quatorze projets en développement et un en cours de production. « Brace Yourself », premier long métrage de la réalisatrice sud-africaine Thati Pele, sort bientôt. « Nous voulons soutenir des projets qui touchent un large public dans les deux pays », explique Ilse Ronteltap. L’objectif est de produire des œuvres qui impliquent des acteur·trice·s des deux pays partenaires, tant sur le plan créatif qu’au niveau de la production.

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Filmstill aus « Carissa » von Jason Jacobs und Devon Delmar. © Biennale die Venezia 2024
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Filmstill aus « De Oost » von Jim Taihuttu. © New Amsterdam
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Filmstill aus « Carissa » von Jason Jacobs und Devon Delmar. © Biennale die Venezia 2024

Atteindre un public large

La collaboration avec l’Indonésie vise elle aussi à développer des programmes de soutien adaptés. Comme il n’existe dans ce pays aucun financement public pour le cinéma, il s’agit avant tout de créer des réseaux internationaux au bénéfice des sociétés de production. Car ce sont les producteur·trice·s qui sont à l’origine de ces démarches pour établir des accords de coproduction officiels, souligne Ilse Ronteltap : « Ce sont elles et eux qui souhaitent raconter des histoires qui ont un lien avec leur pays. »

Ces objectifs s’alignent parfaitement avec ceux du producteur Sander Verdonk, de New Amsterdam, qui a produit en 2021 « De Oost », un film du réalisateur néerlandais d’origine indonésienne Jim Taihuttu. Le drame, tourné en Indonésie, aborde la guerre d’indépendance indonésienne. Le film a rencontré un grand succès auprès du public des Pays-Bas, notamment via la plateforme d’Amazon, et a remporté plusieurs prix. En Indonésie, il est tellement apprécié qu’il est projeté un peu partout le jour de l’indépendance. Sander Verdonk travaille actuellement sur l’adaptation du roman « Pulang », de l’autrice indonésienne Leila Chudori, ainsi que sur la série « Hemelrijk », une nouvelle collaboration avec Jim Taihuttu. « Nous devons créer une plantation de thé près de Bandung pour les besoins de la série », dit-il. « La main-d’œuvre est bon marché et très efficace. » Sauf que les dispositions exigent que le financement soit majoritairement investi dans des collaborateur·trice·s néerlandais·e·s, car les fonds proviennent des Pays-Bas, et que des instruments officiels, comme une aide liée au site, font défaut. En conséquence, les collaborateur·trice·s autochtones ne peuvent être engagé·e·s que pour des fonctions subalternes. « L’industrie cinématographique indonésienne est en plein essor, et le potentiel est immense. Ici, la part de marché des films locaux atteint 60 ou 70 %, contre 17 % aux Pays-Bas », s’enthousiasme le producteur. Sander Verdonk voit également un avantage à long terme dans l’affinité que les deux cultures ont pour les films de genre.

Plusieurs exemples montrent que ces coproductions trouvent leur public : « Sweet Dreams », d’Ena Sendijarević (Indonésie), et « Buladó », d’Eché Janga (Curaçao), ont été sélectionnés comme candidats néerlandais pour l’Oscar du meilleur film international. Tous deux ont été présentés au principal festival du film néerlandais à Utrecht, où ils ont remporté plusieurs prix. « Carissa », de Jason Jacobs et Devon Delmar (Afrique du Sud), a été présenté en première mondiale à la Mostra de Venise. À travers ces initiatives, les Pays-Bas donnent une voix, tant devant que derrière la caméra, à des personnes issues d’horizons divers, et contribuent activement à véhiculer des produits audiovisuels qui abordent des récits complexes.

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