Le 28 janvier 2015, Ursula Häberlin et Nicole Schroeder ont présenté à Soleure les résultats de l’enquête réalisée par l’ARF/FDS, Cinésuisse et FOCAL sur l’égalité des chances dans l’aide sélective au cinéma. Sous la houlette de Marcy Goldberg, historienne du cinéma et experte des médias, ces résultats ont ensuite été discutés par Matthias Aebischer, conseiller national et président de Cinésuisse, Gabriel Baur, réalisatrice, membre du comité de l’ARF/FDS et déléguée suisse à la FERA, la Fédération européenne des réalisateurs de l’audiovisuel, Susa Katz, responsable de l’encouragement du cinéma à la section du cinéma de l’OFC, Patrizia Pesko, responsable de l’aide sélective à Cinéforom, Rachel Schmid, script editor et project advisor, déléguée à Eurimages, ambassadrice EWA, Sven Wälti, responsable des coproductions à la SSR, et Daniel Waser, secrétaire général de la Fondation zurichoise pour le cinéma. « La question du genre : faits et chiffres dans l’encouragement suisse du cinéma » a été la réunion organisée par la branche la mieux fréquentée de l’édition 2015 des Journées de Soleure.
L’étude se réfère à l’encouragement du cinéma entre 2012 et 2014. L’OFC, la SSR (Pacte de l’audiovisuel), la Fondation zurichoise pour le cinéma, le Pour-cent culturel Migros (encouragement du film documentaire), Cinéforom, l’encouragement du cinéma bernois et saint-gallois y ont contribué en fournissant des données que Matthias Bürcher a dépouillées et exploitées statistiquement.
Aucune égalité des chances
L’étude portant sur l’aide sélective durant les années 2012 à 2014 montre une nette inégalité des chances. Les projets d’auteures et de productrices ont été – surtout au stade de la réalisation – moins souvent soutenus et soutenus avec nettement moins de moyens que les projets masculins. Comme ces résultats concordent pour toutes les institutions d’encouragement, il s’agit d’un préjudice généralisé, qui se cumule et rend d’autant plus difficile la réalisation d’une œuvre pour les réalisatrices de films.
Voici les principaux points de l’étude (d’autres informations peuvent y être trouvées, voir le lien) :
1. Les réalisatrices (proportion estimée à 34%) et les productrices (proportion estimée à 42%) ont touché proportionnellement moins d’aides que les réalisateurs et les producteurs : dans les années 2013 et 2014, les projets masculins 55,3 millions de francs, les projets féminins 14,8 millions, soit 40 millions de moins environ.
2. La part des femmes dans l’encouragement du cinéma n’a cessé de diminué, du nombre de projets déposés (31%) au niveau des aides reçues (22%) en passant par les projets acceptés (28%).
3. La part des femmes a décru en passant du développement à la réalisation : les projets féminins ont reçu 35% de réponses positives pour l’écriture du traitement et du scénario, mais seulement 24% de réponses positives pour la réalisation.
4. Le taux de soutien varie en fonction du genre et a été particulièrement marqué à l’OFC : entre 2012 et 2014, les 33% de projets de documentaires portés par des femmes ont reçu 26% de réponses positives. Alors que, si l’on considère le film de fiction, les 32% de projets féminins ont reçu seulement 19% de réponses positives – et ce malgré le pourcentage élevé de femmes dans les commissions d’experts.
5. La sous-représentation des femmes dans la réalisation de films a des conséquences sur les redevances de droits d’auteur, comme le montrent les chiffres de SUISSIMAGE : les 30% de membres féminins de SUISSIMAGE reçoivent seulement 23% des redevances versées dans les catégories scénario et réalisation. Les hommes en reçoivent au total 77%, et les hommes de plus de 50 ans en reçoivent une part de 47% (alors que les femmes de plus de 50 ans en reçoivent 13%).
Un relevé continu des données est nécessaire
L’étude montre que les améliorations à apporter au système sont importantes si l’on entend parvenir à l’égalité des chances. Toutefois, avant cela, ce qui fait défaut, c’est la saisie et l’exploitation continues et globales des données par les institutions d’encouragement, en fonction du genre et pour tous les formats. Le président de Cinésuisse Matthias Aebischer a d’ores et déjà déposé au Parlement fédéral une intervention dans ce sens.
Prochainement : « Women in the Industry : Spotlight on Success Stories », le 10 août à Locarno
A l’invitation de FOCAL et des Industry Days du Festival du film de Locarno aura lieu le 10 août 2015 le panel « Women in the Industry: Spotlight on Success Stories ». Anna Serner, CEO du Swedish Film Fund, Diana Elbaum, productrice de la société Entre Chien et Loup (Belgique), et Bettina Oberli, réalisatrice et scénariste (Suisse), parleront de ce que peut être un bon encouragement des femmes cinéastes, aussi bien sur le plan institutionnel, à l’exemple de la Suède, que personnel, en lien avec leurs propres expériences. Les membres de la branche sont cordialement invités à y participer. La manifestation est ouverte à tous et toutes. Pour plus d’informations et pour s’y inscrire d’ici au 7 août :www.focal.ch/women_in_the_industry.
Ursula Häberlin, secrétaire générale de l’ARF/FDS et Nicole Schroeder, Head of Department Technique Métier Cinéma à FOCAL
Téléchargement de l’étude :www.arf-fds.ch/wp-content/uploads/2015/01/gender-diversity.pdf
Podcast de la présentation :www.dexmusic.ch/download/sft2015/2015-01-28-gender.mp3
Podcast du débat et des interventions des participants:www.dexmusic.ch/download/sft2015/2015-01-28-gender-podium.mp3