Plateformes dédiées à l’art vidéo
Vidéo installation « Solo Szenen » (1997-1998), de Dieter Roth, au Kunstmuseum de Soleure, 2026. © Dieter Roth Estate / Hauser & Wirth

Plateformes dédiées à l’art vidéo

Teresa Vena 24 juillet 2026

En Suisse, le genre bénéficie d’une remarquable visibilité. Au-delà des musées, plusieurs festivals se sont spécialisés dans sa diffusion.

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En Suisse, les arts médiatiques restent confrontés à plusieurs défis en matière de financement et d’archivage, notamment parce qu’ils se situent à la croisée des arts visuels et du cinéma (CB 552). En revanche, les plateformes de diffusion adaptées ne manquent pas.

Par arts médiatiques, nous entendons ici une forme d’art visuel qui recourt à des moyens cinématographiques – ou l’inverse. Alors que la vidéo désignait à l’origine un support technique précis, le terme d’« art vidéo » continue de s’imposer comme synonyme aussi bien du cinéma expérimental que des arts médiatiques. Si la technologie vidéo a marqué durablement une certaine esthétique, elle a surtout encouragé l’expérimentation cinématographique, parce que plus abordable et donc plus facilement accessible.

Espaces d’art

Ainsi, les deux expositions visibles jusqu’à la mi-mai au Kunsthaus d’Argovie et au Kunstmuseum de Soleure ont été présentées comme un panorama de l’art vidéo suisse, alors même qu’elles mêlaient supports numériques et analogiques. Sous le titre « Mehr Licht. Video in der Kunst », les deux institutions ont puisé dans leurs remarquables collections pour retracer l’histoire de l’art vidéo des années 1960 à aujourd’hui. Les expositions mettaient en évidence les fortes interactions esthétiques et techniques entre l’art vidéo et le cinéma.

La diversité de l’art vidéo se reflétait également dans les modes de présentation : installations dans l’espace avec projections grand format, diffusion sur moniteurs de télévision ou écrans plats, ou encore sculptures multimédias de plus grande ampleur. Rendre justice à chaque œuvre sur le plan technique, respecter et restituer sa forme d’expression d’origine exige un travail considérable. C’est précisément cette expertise que possède Videocompany, à Zofingue, qui a joué un rôle déterminant dans la réalisation des expositions.

Les artistes ont conscience des défis techniques que pose la présentation de l’art vidéo par rapport aux films « classiques ». La plupart produisent donc aussi une version de leur travail qui peut être montrée avec un dispositif de projection cinématographique standard. C’est le cas par exemple de Rosa Barba, actuelle lauréate du Zurich Art Prize, dont le travail est présenté en ce moment au Haus Konstruktiv, à Zurich.

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Installation vidéo « The Underways » (2025), d'Emmanuelle Antille, au Kunstmuseum Soleure, 2026. © Emmanuelle Antille
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Installation vidéo « Bruits de surface » (1995), de Silvie Defraoui, au Kunstmuseum Soleure, 2026. © Kunstmuseum Solothurn
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Installation vidéo « Das Zimmer » (1996/2026), de Pipilotti Rist, au Kunstmuseum Soleure, 2026. © Kunstmuseum Solothurn/Sebastian Verdon
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Installation vidéo « Fugue » (2002), de Véronique Goël, au Kunstmuseum de Soleure, 2026. © Véronique Goël
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Installation vidéo « Solo Szenen » (1997-1998), de Dieter Roth, au Kunstmuseum Soleure, 2026. © Dieter Roth Estate/Hauser & Wirth
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Installation vidéo « Adressen möglicher Orte » (2009/2026) d'Yves Netzhammer, au Kunstmuseum Soleure, 2026. © Yves Netzhammer
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Rosa Barba, Vue exposition au Museum Haus Konstruktiv, 2026 © Rosa Barba / 2026, ProLitteris, Zurich. Photo: Stefan Altenburger

Festivals de cinéma

En Suisse, plusieurs festivals se sont spécialisés dans le cinéma expérimental et l’art vidéo. C’est le cas de Videoex, fondé à Zurich en 1998 par Patrick Huber. « La qualité des travaux réalisés en Suisse n’a cessé d’augmenter au fil des années, explique-t-il. Cela tient aussi au fait que le cinéma expérimental est désormais pris au sérieux dans les écoles et n’est plus considéré comme une pratique marginale. » Selon lui, l’art vidéo est de toute façon transversal, tout comme le public du festival, qui s’intéresse aussi bien au cinéma qu’aux arts visuels, au théâtre ou à la littérature. « Le défi consiste à toucher tous ces milieux », poursuit Patrick Huber, qui peut compter sur une collaboratrice permanente, Bettina Stehli, ainsi que sur plusieurs collaborateur·trice·s engagé·e·s ponctuellement. Le rayonnement de Videoex est en croissance constante, comme en témoignent les quelque 1900 œuvres soumises à la compétition, dont plusieurs centaines sont suisses.

Le commissaire Bruno Z’Graggen, de Video Window, collabore avec le festival depuis sept ans. Cette année, il y a présenté des œuvres de Nicole Bachmann et Johanna Kotlaris, qu’il avait découvertes dans un contexte muséal sous forme d’installations. Il connaît aussi bien les exigences de diffusion propres à ce contexte que celles du cinéma. Fidèle à l’esprit de Videoex, il recherche, pour un public de festival, des œuvres filmiques certes expérimentales, mais qui suivent un fil conducteur et possèdent un début et une fin. « La dimension discursive joue un rôle central dans la présentation des œuvres, explique-t-il. Par la discussion, je cherche à instaurer un échange entre les artistes et le public. »

L’architecte et commissaire Stefano Rabolli Pansera, fondateur du St. Moritz Art Film Festival, dont la cinquième édition se tiendra du 20 au 23 août, se reconnaît lui aussi dans ce rôle. Chaque édition s’articule autour d’une thématique différente. Le programme est élaboré avec un comité international de commissaires renouvelé chaque fois, et les projections sont accompagnées de discussions. Comme Patrick Huber et Bruno Z’Graggen, Stefano Rabolli Pansera considère la rencontre entre arts visuels et cinéma comme allant de soi. Il juge lui aussi le paysage suisse de l’art vidéo particulièrement riche et salue notamment l’engagement de nombreuses fondations dans ce domaine.

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