En avril, l'horreur s'installe dans la petite ville de Brugg, et ce pour la sixième fois cette année. Après l'annulation du NIFFF à Neuchâtel en raison de la pandémie de coronavirus, Michel Frutig a profité de cette inactivité forcée pour concrétiser l'idée d'un festival dédié au film d'horreur. Le Brugggore a pris de l'ampleur ces dernières années. Michel Frutig, directeur créatif de la société de production Maybaum Film, qui se distingue depuis vingt ans par ses films de commande, a trouvé des alliés. Aujourd’hui encore, tous travaillent bénévolement à l’organisation et à la réalisation du festival.
«Il est difficile de convaincre des sponsors et des mécènes de s’intéresser au cinéma d’horreur et de genre, explique Michel Frutig. Il y a encore des réticences.» Cela signifie que le festival fonctionne avec un soutien financier officiel de 30'000 francs par an. «Nous récoltons à peu près la même somme grâce à la vente des billets.» Cette somme permet de financer l’exploitation des trois salles, les cinémas Odeon et Excelsior ainsi que le lieu de manifestation Salzhaus, ainsi que la location des films. «Nous assumons le reste par nos propres moyens.»
Un public fidèle
On cherche en vain un sentiment de désillusion face à cette situation. Au contraire, l’enthousiasme avec lequel Michel Frutig parle de son festival est extrêmement sympathique et contagieux. Cela se remarque non seulement chez ses collègues sur place, mais aussi auprès du public. «Nous avons un public fidèle qui se distingue par sa passion pour le genre.» Les visiteurs et visiteuses du festival viennent principalement de la région, mais aussi d’ailleurs, et certaines personnes font même le déplacement depuis l’Allemagne.
Ce qu’ils apprécient particulièrement au Brugggore, c’est l’accent mis sur le film d’horreur, alors que le NIFFF, par exemple, s’est ouvert au fil des ans de plus en plus à d’autres orientations du cinéma de genre, comme le thriller, le film fantastique ou encore la comédie absurde. Le programme du festival et sa devise «Fantastic Horror and Beyond» montrent d’ailleurs à quel point l’horreur peut être variée. Le «gore», c’est-à-dire le «sanglant», est le critère fédérateur. Mais la richesse des idées qui défilent à l’écran (drag queens combattant des zombies; des mille-pattes géants; des fantômes nymphomanes qui s’en prennent à des étudiants en art; des pilules amaigrissantes aux effets secondaires sanglants; des colonies de champignons meurtriers) et, surtout, l’exigence artistique à laquelle se consacrent bon nombre de ces films témoignent de cette diversité.
Le festival attire ainsi un public qui apprécie ce type de programmation. Celle-ci est élaborée par une équipe d’organisation mixte, au sein de laquelle les préférences et les besoins personnels sont pris en compte. «Il est important pour nous de présenter également de nombreux films qui font preuve d’une certaine gravité», explique Frutig. Il souligne ainsi que les films de genre, et notamment les films d’horreur, traitent bel et bien de thèmes socialement pertinents. Le programme de cette année comportait par exemple une petite section consacrée à des films qui abordent les idéaux de beauté courants.
Le fait que l'on prenne ce genre au sérieux se traduit également par le respect mutuel entre le festival et le public. Depuis quelques années, le festival indique dans son programme les principaux avertissements concernant les différents films. «Chacun réagit différemment aux thèmes abordés et peut être touché de manière différente par certains motifs», explique Michel Frutig. Cette approche a été développée notamment grâce aux retours des spectateurs et spectatrices. Elle inclut également le concept de pleine conscience, qui bannit «l’horreur exclusivement à l’écran» ; tout comportement inapproprié entre spectateurs est fermement rejeté, comme le rappelle une mention à l’écran. Bien sûr, on peut et on doit rire, on a aussi le droit de sursauter de peur, mais sinon, la règle est «pas de conversation, pas de téléphone pendant la projection». Il y aura encore le temps pour cela après la séance. C’est ce à quoi invite Brugg, une ville dotée d’«une âme créative», comme le dit Michel Frutig.