Comment l’idée d’organiser un festival consacré à l’animation au Tessin vous est-elle venue?
Après une dizaine d’années comme réalisateur à la RSI, où on faisait déjà de l’animation dans les années 70 et 80, je suis allé vivre en Asie, où j’ai fondé un petit studio et commencé à réaliser des courts métrages. Lorsque je vivais là-bas, j’ai commencé à m’interroger sur ce qui se faisait au Tessin, et j’ai réalisé que dans le domaine de l’animation il manquait une vraie structure, à même de mettre en relation les différents professionnels.
En 2019, le festival Fantoche de Baden a consacré une section à l’histoire de l’animation en Suisse italienne: enfin une occasion de nous rencontrer, mais aussi de prendre conscience à quel point nous avions été éloignés les uns des autres. Par la suite, nous avons organisé des soirées pour nous connaître et cela a été le début des Lugano Animation Days, qui en sont à leur sixième édition.
Votre festival a-t-il maintenu ce lien avec la scène nationale?
Sans aucun doute. Dès le début, nous avons invité des professionnels et des écoles de toute la Suisse à participer à des masterclasses et à d’autres activités. Mais l’exemple le plus évident, c’est KineticLAD, une section dans laquelle nous faisons intervenir chaque année huit artistes de la scène nationale à qui nous donnons carte blanche pour réaliser une œuvre d’animation. C’est notre événement d’ouverture, une sorte de vernissage, avec les œuvres exposées verticalement sur les écrans. L’exposition est ensuite ouverte pendant quelques mois au Studio Foce de Lugano, qui nous accueille – une forme concrète et active de collaboration. Le Groupement Suisse du Film d’Animation a, lui également, toujours soutenu nos initiatives.
L’un des axes du festival a toujours été l’attention portée aux professionnels. Comment cela se traduit-il concrètement?
Nous avons toujours ambitionné d’être plus qu’un simple meeting professionnel et de permettre des échanges authentiques entre les participants. Cela se perçoit aussi dans nos masterclasses, où nous essayons d’éviter les « cours magistraux » et privilégions les moments d’ouverture et de conversation. Cette volonté se reflète jusque dans la conception de l’espace : au Studio Foce, les invités sont installés au centre et entourés d’éléments par lesquels ils présentent leur travail, en interagissant directement avec les participants.
Cette année, la masterclass sera consacrée au son, un aspect fondamental et pourtant souvent négligé. Nous avons invité Thomas Gassman, directeur de Noisy neighbours basé à Zurich, un des principaux studios suisses dans ce domaine. L’idée n’est pas que les gens regardent des vidéos et rentrent chez eux. Il faut que les artistes interviennent dans les projections, les discussions et même dans des moments de détente, comme les concerts du samedi soir.
Votre engagement pour l’animation ne se limite pas aux journées de festival. De quoi vous occupez-vous par ailleurs?
Les Lugano Animation Days sont portés par quatre personnes: Alessia Passoni, Omar El Araby, Bruno Machado et moi-même. En fait, nos activités s’étendent sur toute l’année, car nous organisons des soirées estivales et printanières et faisons découvrir l’animation dans les écoles. Depuis un an, nous collaborons avec l’École supérieure spécialisée d’arts appliqués (Scuola specializzata superiore d'arte applicata, SSSAA), également dans le but de «prolonger» la semaine de festival. Peu importe la forme, l’essentiel pour nous est de faire découvrir l’animation. C’est aussi pour cela que tout le festival est gratuit. Et tant que nos finances le permettront, il le restera.
En visionnant des centaines de courts métrages pour chaque édition, quelles tendances avez-vous observées dans l’animation internationale ces dernières années?
L’essor du stop motion est impressionnant. Alors que l’intelligence artificielle est sur toutes les lèvres, nous recevons du monde entier des œuvres réalisées avec cette technique, et souvent d’un très haut niveau. Je dirais même que cette tendance a pris de l’ampleur. Serait-ce une forme de réaction à l’intelligence artificielle ?
Une autre tendance concerne le ton et les contenus. Nous visionnons des centaines de courts métrages et nous remarquons que les histoires sont de plus en plus mélancoliques, tristes. C’est plutôt touchant de recevoir un nombre croissant d’œuvres qui disent la perte des repères, aussi bien individuels que collectifs.
Compte tenu du succès du stop motion, envisagez-vous de lui consacrer une place spécifique dans la programmation?
Nous avons déjà de nombreuses œuvres en stop motion dans toutes les sections. Cela dit, nous n’excluons pas d’y consacrer un espace particulier. L’aspect analogique de l’animation nous fascine de plus en plus. Nous avons commencé à nous procurer quelques appareils et souhaitons développer ce projet. Depuis quelques années, nous invitons d’ailleurs Basil Vogt, un artiste zurichois qui conçoit et construit des machines optiques analogiques et interactives pour les musées et les écoles, inspirées de celles qui sont à l’origine même de ce langage. Cette année, il sera présent au festival avec un praxinoscope, spécialement créé pour les LAD.
Quelle est votre opinion sur l’intelligence artificielle et comment cela influe-t-elle sur la sélection des œuvres?
L’année dernière, nous avons organisé, en collaboration avec le studio Centro Generativo de Lugano, un débat sur l’interaction entre l’animation et l’IA, lors duquel nous avons abordé les opportunités et les défis professionnels, juridiques et éthiques. Cela a été très intéressant, mais pour la sélection du festival, notre position est claire: nous n’acceptons pas d’animations avec des contenus réalisés avec l’IA, même partiellement.
Nous ne sommes pas opposés à l’IA en tant que telle. Mais selon nous, la valeur de l’animation réside dans une forme de savoir-faire artisanal et le temps qui y est consacré à une œuvre. Même lorsque l’on travaille sur ordinateur, une base artistique est fondamentale. Réaliser une animation prend du temps – qui lui seul permet de réfléchir à l’histoire, aux mouvements, aux expressions et aux gestes. C’est un processus qui lie l’expérience de l’artiste à sa création. Notre crainte, c’est que l’IA relègue cette dimension au second plan. En ce qui nous concerne, nous nous intéressons d’abord à une animation qui met en valeur les idées et l’expression humaines. Certaines résistances à l’IA ont certes une part d’hystérie. Mais il ne reste pas moins vrai que, jusqu’à aujourd’hui, les œuvres générées artificiellement se ressemblent souvent trop.
Quels sont les points forts de l’animation en Suisse et, au contraire, les aspects sur lesquels il reste du travail à accomplir?
Nous avons des écoles, des compétences, des outils, des opportunités, et, bien sûr, des pôles d’excellence, comme le studio Hélium Films de Claude Barras et Élie Chapuis à Lausanne. Chaque année, les écoles forment de nombreuses personnes et de nombreux projets voient le jour, surtout en Suisse romande et dans la région de Zurich, alors qu’en Suisse italienne, le soutien au développement des projets est plus frileux.
Un aspect sur lequel je pense qu’il y a encore une marge de progression concerne les histoires. Les compétences techniques sont excellentes, mais il manque parfois de la profondeur dans la manière d’aborder un thème, de raconter une expérience personnelle et de la rendre universelle. C’est un problème qui concerne l’ensemble du domaine audiovisuel. Un autre défi consiste à créer davantage d’opportunités professionnelles, afin que celles et ceux qui suivent une formation puissent continuer à travailler dans le secteur et contribuer à son développement. Les compétences et les exemples d’excellence ne manquent pas.
Versione originale italiana
L’animazione, prima di tutto un incontro
I Lugano Animation Days sono uno spazio in cui conoscersi, condividere esperienze e costruire legami attraverso l'animazione. Ne abbiamo parlato con Ivan Nurchis, regista e cofondatore del festival, in programma a Lugano dal 10 al 15 novembre.
Di Chiara Fanetti
Come è nata l'idea di organizzare un festival dedicato all'animazione in Ticino?
Dopo una decina d'anni come regista alla RSI, dove già negli anni Settanta e Ottanta si lavorava sull'animazione, mi sono trasferito in Asia, dove ho aperto un piccolo studio e cominciato a realizzare cortometraggi. Da lontano mi sono chiesto che cosa stesse succedendo nell'animazione della Svizzera italiana e ho capito che mancava una realtà capace di mettere in contatto i professionisti del settore.
Nel 2019 il Fantoche ha dedicato una sezione alla storia dell'animazione della Svizzera italiana. È stata l'occasione per incontrarci, ma anche per renderci conto di quanto fossimo isolati gli uni dagli altri. Abbiamo cominciato a organizzare serate per conoscerci e da quegli incontri è nato il Lugano Animation Days, che oggi è alla sua sesta edizione.
Lugano Animation Days ha mantenuto questo legame con la scena nazionale?
Certo. Fin dall'inizio abbiamo invitato professionisti e scuole svizzere a partecipare a masterclass e altre attività, ma l’esempio più significativo è KineticLAD, una sezione con cui ogni anno coinvolgiamo otto artisti da tutta la Svizzera, chiedendo loro di realizzare un'opera d’animazione libera, senza imposizioni o vincoli, appositamente per il Festival. È il nostro evento d’apertura, sul modello di un vernissage, con le opere esposte verticalmente sugli schermi. La mostra resta poi visitabile per alcuni mesi allo Studio Foce di Lugano, che ci ospita. È un modo concreto per collaborare e creare relazioni. Anche la GSFA, l'associazione svizzera del film d’animazione, è sempre stata pronta a sostenere queste iniziative.
Uno degli aspetti centrali dei Lugano Animation Days è l'attenzione agli addetti ai lavori. Come si traduce concretamente?
Cerchiamo di creare situazioni che vadano oltre l’incontro professionale: vogliamo favorire uno scambio autentico tra i partecipanti. Lo stesso vale per le masterclass. Non vogliamo lezioni frontali in cui un ospite si limita a raccontare il proprio percorso, ma momenti di apertura e conversazione. Anche lo spazio è organizzato in questo senso: allo Studio Foce gli ospiti si trovano al centro, circondati da elementi attraverso cui presentano il proprio lavoro, e interagiscono direttamente con i partecipanti, senza limitarsi a un monologo.
Quest'anno la masterclass sarà destinata al suono nell'animazione, un aspetto fondamentale spesso trascurato. Abbiamo invitato Thomas Gassman, responsabile di Noisy neighbours, uno dei principali studi svizzeri specializzati in questo ambito, con sede a Zurigo. Non vogliamo che il Festival sia un contenitore in cui la gente guarda dei video e poi torna a casa. Cerchiamo di coinvolgere gli artisti nelle proiezioni, nelle discussioni e anche in momenti di leggerezza, come i concerti del sabato sera.
Il vostro impegno non si limita ai giorni del festival. Quali attività svolgete durante l'anno?
Il Lugano Animation Days è portato avanti da quattro persone: Alessia Passoni, Omar El Araby, Bruno Machado ed io. Lavoriamo tutto l'anno, organizzando serate estive e primaverili e portando l'animazione nelle scuole che ci chiedono di curare giornate ad essa dedicate. Da un anno stiamo sviluppando una collaborazione con la Scuola specializzata superiore d'arte applicata (SSSAA), con l'obiettivo di costruire un rapporto che vada oltre la settimana del Festival. Per noi è importante far conoscere l’animazione e aprire le porte a tutti. Per questo l’intero festival è gratuito. Finché le risorse finanziarie lo permetteranno, vogliamo mantenere questa impostazione.
Visionando centinaia di cortometraggi per ogni edizione, quali tendenze o cambiamenti avete osservato nell'animazione internazionale negli ultimi anni?
È impressionante l’aumento della stop motion. Mentre oggi tutti parlano di intelligenza artificiale, da tutto il mondo ci arrivano lavori realizzati con questa tecnica, spesso di altissimo livello, e in questi sei anni la tendenza si è consolidata. È interessante pensare che possa essere anche una reazione all'intelligenza artificiale.
Un’altra tendenza, sempre più evidente, riguarda il tono e i contenuti. Guardiamo centinaia di cortometraggi e notiamo che le storie sono sempre più malinconiche, tristi. È una sensazione molto forte: ricorre spesso il tema dello smarrimento, personale e collettivo, e molte opere raccontano la perdita di punti di riferimento dell'individuo e della società.
A proposito della stop motion, visto il suo crescente successo, state pensando di dedicarle uno spazio specifico nel programma?
In tutte le sezioni ci sono già molti lavori in stop motion, ma stiamo valutando la possibilità di creare uno spazio dedicato. Ci affascina sempre di più l'aspetto analogico dell’animazione. Abbiamo cominciato a procurarci alcune apparecchiature e vogliamo sviluppare questo progetto. Da alcuni anni invitiamo Basil Vogt, un artista zurighese che progetta e costruisce macchine ottiche analogiche e interattive per musei e scuole, ispirate a quelle che sono all'origine stessa di questo linguaggio. Quest’anno sarà presente al festival con un prassinoscopio, realizzato da lui appositamente per i LAD.
Qual è la vostra posizione sull'intelligenza artificiale e come incide sulla selezione delle opere?
L'anno scorso abbiamo organizzato, in collaborazione con lo studio luganese Centro Generativo, un dibattito sull’interazione tra animazione e IA, affrontando le opportunità e le sfide professionali, legali ed etiche. È stato molto interessante, ma per la selezione del Festival la nostra posizione è chiara: non accettiamo animazioni che includano contenuti realizzati con l’IA, nemmeno in minima parte.
Non siamo contrari all'IA in quanto tale, ma crediamo che la forza dell'animazione risieda nell’artigianalità e nel tempo consacrato alla creazione. Anche quando si lavora al computer, è fondamentale una base artistica. Realizzare un'animazione richiede tempo, e quel tempo permette di riflettere non soltanto sulla storia, ma anche sui movimenti, sulle espressioni e su ogni singolo gesto. È un processo che lega profondamente l’esperienza dell’artista a ciò che sta creando. Temiamo che l'IA possa mettere in secondo piano questa dimensione artigianale, mentre a noi interessa un'animazione che valorizzi le idee e l'espressione umana, non la facilità di produzione. Crediamo comunque che sul tema ci sia un po’ d'isteria e che, per ora, i lavori generati artificialmente risultino spesso troppo simili tra loro.
Quali sono oggi i punti di forza dell’animazione svizzera e gli aspetti su cui si potrebbe lavorare ulteriormente?
In Svizzera ci sono scuole, competenze, strumenti e opportunità, oltre a realtà d’eccellenza, come lo studio Hélium Films di Claude Barras e Élie Chapuis, a Losanna. Ogni anno le scuole formano molte persone e vengono sviluppati numerosi progetti, soprattutto nella Svizzera francese e nella regione di Zurigo, mentre nella Svizzera italiana il sostegno allo sviluppo dei progetti è più limitato.
Un aspetto su cui credo ci sia ancora margine di crescita riguarda le storie. Le capacità tecniche sono ottime, ma a volte manca la profondità nel modo di affrontare un tema, di raccontare un'esperienza personale e di renderla universale. È una questione che riguarda il settore audiovisivo nel suo insieme. Un’altra sfida è creare più opportunità professionali, affinché chi si forma possa continuare a lavorare nell'animazione artistica e contribuire allo sviluppo del settore. Le competenze e le eccellenze da cui partire non mancano.