Pour une politique d’attractivité ambitieuse
Matthias Michel défend un mécanisme national d’incitation à la production cinématographique.
Christian Sommer, Représentant DACH de la Motion Picture Association (MPA) 4 juin 2026
La Suisse est en train de repenser sa place dans l’industrie audiovisuelle mondiale. Pour Christian Sommer, représentant DACH de la Motion Picture Association, l’enjeu est désormais de faire converger politique culturelle et compétitivité économique.
Lentement mais sûrement, l’industrie du cinéma suisse évolue. Un constat plutôt encourageant s’impose : en Suisse, on prend de plus en plus conscience que vitalité culturelle, opportunités économiques et coopération internationale sont indissociables. Vu de l’étranger, les efforts engagés pour faire de la Suisse une véritable destination de tournage apparaissent particulièrement prometteurs.
Le cinéma est désormais perçu non seulement comme une force culturelle, mais aussi comme un moteur de croissance économique. Et c’est précisément cette articulation qui est cruciale. Les films et séries relèvent de la culture, bien sûr, mais ils s’inscrivent aussi dans une industrie créative mondiale, génératrice d’emplois, d’investissements et d’innovation. Il ne s’agit donc pas de choisir entre deux logiques, mais de les penser ensemble. Opposer culture et économie reviendrait à passer à côté de l’essentiel.
De l’extérieur, la Suisse dispose déjà de nombreux atouts qui en font un lieu de production attractif. La diversité des décors est extraordinaire : paysages alpins, villes historiques, architecture moderne – et souvent à seulement quelques kilomètres les uns des autres. La richesse du récit suisse se nourrit de cette diversité – langues, paysages et perspectives. À cela s’ajoute une solide réputation de qualité et de professionnalisme. Combinée à la stabilité politique, à des institutions fiables et à des professionnel·le·s bien formé·e·s, la Suisse bénéficie déjà d’un environnement largement reconnu à l’échelle internationale malgré un niveau de coûts relativement élevé. Dans un secteur où la fiabilité de la production et la confiance sont primordiales, ce sont là des avantages significatifs.
Malheureusement, l’obligation d’investissement imposée aux services de streaming en Suisse a suscité des réactions négatives. Ces obligations financières font grimper les coûts de production, ce qui risque de compromettre l’attractivité du pays pour les productions internationales, tout en affaiblissant la compétitivité locale.
Par ailleurs, la définition très restrictive de ce qu’est une « œuvre suisse » risque d’aller à l’encontre des objectifs culturels poursuivis. Si l’intention est de promouvoir des récits et une identité suisse, une définition aussi étroite limite leur visibilité et entrave leur capacité à toucher des publics au-delà des frontières. Des critères trop stricts risquent d’enfermer ces œuvres dans un marché domestique restreint, au détriment de leur rayonnement.
Élargir les critères définissant ce qui constitue une œuvre suisse renforcerait la politique culturelle en reconnaissant les projets impliquant des talents suisses tout en permettant la collaboration internationale. Cela va dans le sens de l’objectif de l’obligation, qui est de garantir que les histoires suisses gagnent en visibilité et une résonance au-delà des frontières nationales.
Les conditions économiques et réglementaires jouent ici un rôle important : un climat favorable aux investissements, assorti de mesures incitatives plutôt que d’exigences réglementaires fragmentées, est essentiel. Il est important que les dispositifs économiques couvrent l’ensemble du secteur audiovisuel, qu’il s’agisse du cinéma en salle ou des formats destinés aux plateformes.
Quiconque connaît la Suisse sait également que le changement s’y opère rarement du jour au lendemain. Les processus peuvent sembler plus lents que sur d’autres marchés. Mais lorsque des décisions sont prises, elles bénéficient généralement d’un large soutien et s’inscrivent dans la durabilité à long terme. C’est précisément cette stabilité qui fait la force du pays aux yeux des acteurs internationaux.
À cet égard, la Switzerland Film Commission, en tant qu’acteur clé de cette évolution vers une approche plus équilibrée entre enjeux culturels et économiques, mérite d’être saluée. Si le dialogue entre décideurs culturels et économiques se poursuit dans le même esprit, la Suisse a toutes les cartes en main pour consolider sa place comme pôle cinématographique à la fois compétitif et créatif.