« Je veux être un modèle pour les jeunes femmes »
Reta Guetg © Christos Tzikas

« Je veux être un modèle pour les jeunes femmes »

Sarah Stutte 19 septembre 2025

Reta Guetg, 42 ans, est la nouvelle vice-directrice et actionnaire du Zurich Film Festival. Portrait d’une femme qui préfère créer plutôt que briller ; et qui fait preuve de caractère.

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Elle ne s’est jamais avancée sous les feux des projecteurs. Reta Guetg a toujours préféré l’ombre des coulisses. Là où l’on tire les ficelles, où l’on fédère les équipes et où l’on conçoit des programmes avec une vision. Mais la voici désormais en pleine lumière en tant que nouvelle vice-directrice du Zurich Film Festival (ZFF). « J’ai dû apprendre à être plus présente », confie-t-elle. Une déclaration qui en dit long sur son parcours et son style managérial.

Elle a grandi à Berne, et le cinéma a très tôt occupé une place importante dans sa vie. Sa première expérience cinématographique, l’humoriste Loriot, l’a marquée. « L’humour n’était pas vraiment à la portée des enfants », se souvient-elle. Plus tard, sa mère a rapporté un magnétoscope à la maison, pour lui montrer « E.T. ». « Cela aussi s’est gravé dans ma mémoire. » Au gymnase, elle a compris que le cinéma était la forme d’art qui réunissait tout ce qui la fascinait : le langage visuel, l’art du récit, la musique et les questions de société.

Étudier les sciences du cinéma, du journalisme et de la linguistique allait de soi. Pas tant pour la critique ou la théorie que pour son désir de lancer des débats. Très tôt, elle s’est engagée dans la création du festival de courts métrages Shnit à Berne. « Je me suis retrouvée là-dedans un peu par hasard – c’est typique de mon parcours », dit-elle. La curiosité, l’intuition et l’ouverture d’esprit ont souvent guidé ses choix.

Au ZFF, elle a marqué de son empreinte les contenus en tant que coresponsable de la programmation et cheffe du programme Industrie, de manière discrète mais influente. « Beaucoup de choses se passent en coulisses », explique Reta Guetg. En étroite collaboration avec des décideurs d’Hollywood, elle invite depuis des années des personnalités de renom aux conférences dédiées à l’industrie, le Zurich Summit. Avec cette nouvelle fonction, elle est désormais encore plus visible. « Je n’aime pas me faire remarquer, confie-t-elle. Mais j’ai compris que la visibilité fait partie du jeu lorsqu’on veut participer aux décisions. »

Ce nouveau rôle n’est pas seulement une étape dans sa carrière, mais aussi un symbole. « Les fonctions de direction peuvent s’exercer de bien des manières, dit-elle. Je suis comme je suis et c’est exactement ça qui doit être possible. » Une jeune stagiaire lui a dit un jour : « Quand je serai plus âgée, j’aimerais être comme toi. » Des mots qui ont touché Reta Guetg et lui ont fait prendre conscience qu’être un modèle implique aussi une responsabilité. D’autant plus aujourd’hui, en tant qu’actionnaire du ZFF et entrepreneuse.

“Beaucoup de décisions sont prises par des hommes. Cela influence aussi ce qui finit par être montré à l’écran.”
Reta Guetg

En tant que femme dans l’industrie du cinéma, elle a appris à écouter attentivement, et à prendre plus souvent la parole. « Souvent, ce sont des choses subtiles. Une suggestion n’est prise au sérieux que lorsqu’un homme la répète. » Aujourd’hui, elle ose davantage remettre en cause ce genre de préjugés, même si cela demande des efforts.

La diversité est un thème central pour elle, tant sur les écrans que derrière les écrans. Elle apprécie la liberté de curation du ZFF, où les grands noms côtoient des voix inconnues. « Le cinéma doit être le reflet des réalités les plus diverses. » Pour elle, le fait que les femmes soient désormais majoritaires dans la programmation du festival est un pas important vers de nouvelles perspectives et de nouvelles façons de raconter des histoires.

Elle s’engage également en dehors du ZFF, par exemple au sein du réseau SWAN, qui milite pour l’égalité dans le secteur audiovisuel. Reta Guetg voit certes des progrès, notamment chez les jeunes cinéastes, mais dans les grosses productions ou les postes prestigieux, le secteur reste dominé par les hommes. « Beaucoup de décisions sont prises par des hommes. Cela influence aussi ce qui finit par être montré à l’écran », avoue-t-elle.

Reta Guetg prend au sérieux son rôle de modèle pour la nouvelle génération – même si elle ne s’est jamais consciemment imaginée dans ce rôle. C’est peut-être justement ce qui la rend efficace : elle montre qu’il n’est pas nécessaire de faire du bruit pour faire bouger les choses.

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