Depuis 2024, les services de télévision et de vidéo à la demande concernés doivent investir au moins 4% de leur chiffre d’affaires réalisé en Suisse dans la création cinématographique helvétique. Deux ans plus tard, le mouvement s’amplifie : 19,9 millions de francs ont été comptabilisés en 2025, soit 25% de plus qu’un an auparavant.
Ces premiers résultats étaient au cœur d’une table ronde organisée dans le cadre du Locarno Film Festival. Matthias Bürcher, chef du service Exploitation et diversité de l’offre à l’Office fédéral de la culture (OFC), y présentait les chiffres. Magdalena Welter, productrice et copropriétaire de Lomotion, revenait sur le cas concret de la série documentaire «The Belonging», qu’elle a produite. Laurent Steiert, co-chef de la section Cinéma de l’OFC, assurait la modération.
Les 22 entreprises assujetties ont réalisé 817 millions de francs de chiffre d’affaires déterminant en 2025. Les fameux 4% représentent donc 32,7 millions de francs. Mais tout ne doit pas être investi la même année : pour la période ouverte en 2024, les entreprises ont jusqu’à fin 2027. À cette échéance, les montants qui n’auront pas été investis devront être versés à l’OFC sous forme de taxe de remplacement.
Pas que des tournages
Reste à regarder comment se répartissent ces 19,9 millions. Douze millions ont été consacrés à la production ou à l’acquisition d’œuvres : 4,2 millions à l’acquisition de projets, 3,7 millions à des coproductions, 2,1 millions à des films de commande et 2 millions à des licences sur des films déjà existants. À côté, les chaînes de télévision ont comptabilisé 6,6 millions de francs de promotion de films en nature. S’ajoutent 800'000 francs pour des festivals et 500'000 francs versés aux sociétés de gestion collective pour les droits d’auteur.
Les 19,9 millions ne se transforment donc pas tous en nouveaux tournages. Du côté des œuvres, les séries arrivent en tête en 2025 : 7,4 millions de francs, contre 4,6 millions pour les longs métrages. La fiction domine, avec 8,8 millions. Et, petite surprise, la Suisse romande devance la Suisse alémanique : 6,3 millions contre 5,7 millions.
Matthias Bürcher se garde toutefois d’y voir une tendance durable. À ce stade, un seul gros projet peut chambouler les statistiques d’une année à l’autre. Avec une série de plusieurs millions, les proportions basculent vite. Il faudra encore quelques années pour y voir plus clair.
Les plateformes gardent la main
Car la « Lex Netflix » ne fonctionne pas comme une aide publique classique. L’OFC ne sélectionne pas les œuvres. Matthias Bürcher l’a expliqué à Locarno : les services de streaming et de télévision décident eux-mêmes comment investir, directement avec les sociétés de production. La Confédération fixe le montant à investir et contrôle ensuite les dépenses, mais ne dicte pas quel film ou quelle série doit en profiter.
Cette liberté est assumée. Selon Matthias Bürcher, faire entrer de nouveaux acteurs avec leurs propres lignes éditoriales et confronter les producteurs suisses à leur demande de contenus faisait partie de la logique de la loi.
Une autre question se pose alors : quels projets se cachent précisément derrière les millions annoncés ? L’OFC les connaît. Matthias Bürcher a expliqué que les entreprises lui transmettent notamment certificats d’origine, plans de financement et preuves de paiement. En revanche, ces informations ne sont pas publiées projet par projet. Matthias Bürcher les décrit comme des données commerciales dont la communication revient aux entreprises concernées.
Le public connaît donc les grandes masses, les formats et les régions linguistiques. Pas forcément quel investisseur se trouve derrière chaque film ou chaque série. Ce qui complique encore la lecture des effets concrets de cette nouvelle source de financement.
Le bilan reste provisoire. Certains projets déjà engagés ne pèseront dans les statistiques qu’au fil des versements. L’OFC estime qu’avec les projets en cours, le volume annuel d’investissement devrait atteindre le niveau attendu à partir de 2027.