#cine à Lugano
Présente partout en Suisse, #cine est une association qui propose des projections cinématographiques aux jeunes de 14 à 20 ans. Organisées par d’autres jeunes, ces séances sont accessibles à prix réduit. Celles de Lugano sont les seules au Tessin et les seules en langue italienne. Alan Koprivec, un réalisateur de 28 ans, en est le coordinateur depuis 2024.
Quel est votre rôle au sein de #cine ?
Je coordonne un groupe de douze adolescents qui organise des projections mensuelles entre septembre et juin, toujours doublées d’une activité. Nous nous réunissons chaque semaine pour travailler ensemble. Ce qui compte, c’est d’être en contact régulier – même si c’est juste leur écrire pour savoir comment ils vont ou proposer une idée. Nos membres proviennent de Lugano, de la région de Locarno et du Mendrisiotto.
Participent-ils activement ?
Pour la plupart, oui. L’important pour moi est de leur demander ce qu’ils veulent faire : prendre des photos de la soirée, filmer, créer des illustrations pour les réseaux sociaux, choisir le prochain film ou proposer une activité ? Nous échangeons beaucoup, mais il n’y a aucune obligation. Ils pourraient aussi se contenter de venir aux projections, mais personne n’en reste là.
Pourquoi ?
Nos activités les responsabilisent : si l’événement est un succès, c’est leur mérite. Leur confiance en eux et un maximum d’autonomie sont en effet au cœur du projet. Bien sûr, il y a parfois des chevauchements avec leurs examens et d’autres engagements, mais c’est tout à fait normal à leur âge.
Comment sélectionnez-vous les films ?
Nous regardons ensemble les sorties et choisissons les titres les plus intéressants, même inhabituels, en privilégiant des projections déjà prévues dans les salles indépendantes. Cela nous évite aussi de devoir payer pour les droits. Nous espérons en outre pouvoir lancer de nouvelles collaborations, par exemple avec la Cinémathèque, afin de proposer également des classiques du cinéma.
Avec quelles autres organisations culturelles collaborez-vous ?
Le Festival du film des droits de l’homme de Lugano, les salles JFC cinema, la librairie Il Segnalibro, qui nous a aidés à réunir les ouvrages liés à « La zona d’interesse » (Jonathan Glazer, 2023). Nous avons mis sur pied des ateliers, des journées consacrées aux courts métrages d’auteurs locaux, accueilli des réalisateurs pour présenter leurs films, adhéré à « Let’s Doc ! » et participé à la journée du volontariat de la ville de Lugano. Il est important pour nous d’être à l’écoute de la région.
Vos membres ont-ils déjà un lien avec le cinéma, au-delà de l’association ?
Certains viennent avec une passion pour l’audiovisuel, mais elle n’est pas toujours liée au cinéma : ils font des vidéos et expérimentent. D’autres se laissent entraîner par des amis et finissent par rester. Puis il y a un troisième type de membres, qui participent activement parce qu’ils aiment créer des illustrations, concevoir un DJ set, des t-shirts, etc.
Le jeune public se rend-il encore au cinéma ?
Les jeunes ont envie d’aller au cinéma, de vivre l’expérience collective, d’être devant le grand écran. Mais avec 20 francs d’argent de poche par semaine, ils ne peuvent simplement pas se le permettre. Je pense que le tarif réduit pour certaines classes d’âge devrait être la règle. Chez nous, les membres actifs ne paient pas d’entrée, et les non-membres âgés de 14 à 20 ans ne paient que 10 francs.
Pensez-vous qu’au cinéma, l’approche participative contribue à susciter des vocations ?
Sans aucun doute, ils repartent avec une expérience positive, des amitiés en dehors du contexte scolaire, le sentiment d’avoir accompli quelque chose ensemble. Ce qui manque dans les écoles, c’est l’expérience directe des arts, la possibilité de mettre les mains dans le cambouis. #cine ne changera certainement pas leur vie... Mais dans dix ans, il y en a qui réaliseront peut-être un court métrage ou qui seront graphistes... L’association est reconnue d’utilité publique et nous délivrons un certificat de participation ; ce dont ils sont très fiers. L’essentiel est de les tenir éloignés des formalités et de la bureaucratie : ils doivent pouvoir profiter du film et sentir qu’ils participent à quelque chose.
Quelle image du cinéma l’école et les événements plus officiels véhiculent-ils d’après vous ?
On pense souvent que le cinéma doit nous apprendre quelque chose et on oublie que c’est aussi un art. On a tendance à sous-estimer l’intelligence des jeunes, y compris leur intelligence émotionnelle : ils peuvent apprécier des films très forts, alors que d’autres qui traitent de sujets importants peuvent leur paraître ennuyeux. Il faudrait davantage de réalisateurs ou de critiques qui sélectionnent les films pour jeunes en évaluant plus consciemment leur forme, leur rythme et leur complexité. Car le problème est que certains tournent le dos au septième après une « mauvaise » expérience en salle. L’art ne devrait pas être une tâche, une obligation, et nous devrions accepter que le cinéma ne doive pas toujours plaire.
Dans ce cas, comment pourrait-on concevoir une « éducation » artistique ?
En ne leur disant pas « c’est important », mais « cela pourrait te plaire », sans porter de jugements sur les goûts, qui sont personnels par définition. Je suis pour le cinéma en salle, mais il faut que les jeunes commencent par regarder ce qu’ils aiment et par les canaux qu’ils préfèrent. C’est à nous ensuite de les écouter, de leur montrer autre chose, de leur expliquer pourquoi il est plus beau d’aller au cinéma ou pourquoi un film en version originale est plus intéressant. Il doit y avoir de la liberté et une absence de jugement.
Testo originale italiano
Il cinema a modo loro
In Ticino nuove proposte stanno avvicinando i giovani al cinema. Iniziative pensate da loro e per loro: forme spontanee di aggregazione attraverso l’audiovisivo, con pochi obblighi, molto ascolto, libertà e partecipazione.
#cine Lugano
C’è in tutta la Svizzera, ma quella di Lugano è l’unica in Ticino e l’unica in lingua italiana. #cine è un’associazione che propone proiezioni cinematografiche a giovani tra i 14 e i 20 anni, pensate da loro coetanei e a un prezzo accessibile. Dal 2024 il coordinatore di #cine Lugano è Alan Koprivec, regista di 28 anni.
In cosa consiste il suo ruolo?
Coordino un gruppo di 12 ragazze e ragazzi nell’organizzazione di proiezioni mensili - da settembre a giugno - accompagnate da un’attività. Ci riuniamo ogni settimana per lavorare insieme e per mantenere un contatto regolare. La costanza è importante: anche solo scrivere nella chat per sapere come stanno o proporre un’idea. I membri sono di Lugano, del locarnese e del mendrisiotto.
La partecipazione è attiva per loro?
Per la maggior parte sì. È fondamentale per me chiedere cosa vogliono fare: le foto della serata? Il video? Le grafiche per i social? Proporre il prossimo film o un’attività? C’è molto ascolto ma sono liberi di partecipare come vogliono, possono anche solo venire a vedere il film, ma nessuno si limita a questo.
Come mai?
Si sentono responsabilizzati: se l’evento riesce, è merito loro. È la chiave del progetto: dargli fiducia e lasciargli autonomia. Certo, a volte ci si scontra con la loro età, con gli esami e altri impegni, ma è normale.
Come selezionate i film?
Consultiamo insieme le uscite e scegliamo i titoli più interessanti, anche inusuali, associandoci a proiezioni già previste dalle sale indipendenti. Questo ci permette anche di evitare i costi dei diritti. Speriamo di poter inaugurare nuove collaborazioni, ad esempio con la Cinémathèque, per portare anche film d’epoca.
Collaborate con realtà legate alla cultura o al cinema?
Sì. Il Film Festival Diritti Umani di Lugano, le sale JFC, la libreria Il Segnalibro, che ci ha affiancati selezionando dei volumi legati a «La zona d’interesse» (Jonathan Glazer, 2023). Abbiamo organizzato workshop, giornate dedicate a corti di autori e autrici locali, ospitato registi a presentare i propri film, aderito a Let's Doc! e partecipato alla giornata del volontariato della Città di Lugano. Per noi è importante restare in ascolto del territorio.
I ragazzi hanno già un legame con il cinema, al di là dell’associazione?
Alcuni hanno già una passione per l’audiovisivo, ma non è sempre collegata al cinema: fanno video e sperimentano. Altri vengono coinvolti da amici e poi decidono di restare. Poi c’è un terzo tipo di membro, che viene più per partecipare attivamente: fare le grafiche, un dj set, creare le magliette.
Il pubblico giovane quanto frequenta le sale?
I ragazzi hanno voglia di andare in sala, vivere l’esperienza collettiva, stare davanti al grande schermo, ma con 20 franchi di paghetta a settimana non possono permetterselo. Penso che la tariffa facilitata legata all’età dovrebbe essere un obbligo. Da noi i membri attivi entrano gratuitamente, il pubblico tra i 14 e 20 anni paga solo 10 franchi.
Avvicinarsi al cinema in modo partecipativo può far nascere una passione?
Sicuramente portano a casa un’esperienza positiva, amicizie che vanno oltre la scuola, il fatto di aver costruito qualcosa insieme. Ciò che manca nelle scuole è l’esperienza diretta con le arti, toccarle con mano. Forse #cine non gli cambierà la vita ma magari tra 10 anni qualcuno di loro farà un cortometraggio, o sarà grafico, chissà. L’associazione è riconosciuta di pubblica utilità e rilasciamo un certificato di partecipazione; questo, insieme a ciò che creano per il progetto, li rende molto fieri. L’importante è escluderli dagli aspetti formali e burocratici: devono godersi il film e sentirsi parte di qualcosa.
Le scuole o gli eventi più istituzionali come presentano il cinema?
Spesso c’è la presunzione che il cinema debba insegnare qualcosa e ci si dimentica che è anche un’arte. A volta si sottovaluta l’intelligenza dei ragazzi, anche quella emotiva: possono apprezzare film molto forti, mentre altri che trattano temi importanti possono risultare noiosi. Servirebbero più registi o critici a curare la selezione dei titoli per i giovani, per valutarne forma, ritmo, complessità. Qualcuno potrebbe allontanarsi dal cinema solo perché è stato portato a vedere il film sbagliato. L’arte non dovrebbe essere un compito, un obbligo, e dovremmo accettare che il cinema può anche non piacere.
E quindi, come si potrebbe ‘educare’ all’arte?
Non dicendo «questo è importante» ma «questo potrebbe piacerti», senza giudicare il gusto personale, bollandolo come giusto o sbagliato. Io sostengo il cinema in sala, ma è importante che prima i ragazzi guardino quello che gli piace con il mezzo che preferiscono. Sta a noi poi ascoltarli, mostrargli altro, spiegargli perché è più bello andare in sala o è più interessante un film in lingua originale. Deve esserci libertà e assenza di giudizio.