Si certains festivals se consacrent exclusivement au jeune public, d’autres choisissent de l’intégrer à leur programmation, à travers des initiatives plus ou moins développées.
Une diversité de mesures est essentielle pour accompagner et fidéliser le public de demain.
Depuis 2005, le festival Black Movie de Genève propose un programme ambitieux à destination du jeune public en parallèle de sa programmation pour les adultes. Ce « Petit Black Movie » suit la même ligne que ses autres sections : montrer des œuvres issues de régions sous-représentées dans les circuits de distribution et sensibiliser à des formes de narration souvent inconnues chez les plus jeunes. « Évidemment, pour cet âge, il y a beaucoup d’animation. Nous essayons d’éveiller la curiosité des enfants à d’autres formes, comme l’animation numérique ou japonaise », explique Victor Teta, programmateur du Petit Black Movie.
Il ne s’agit pas de hiérarchiser les formats pour enfants, mais bien d’habituer le jeune public à une diversité dans le cinéma. Un travail qui peut commencer dès le plus jeune âge et qui se poursuit à l’adolescence. Selon Victor Teta, proposer un « sas pour les enfants, entre les écrans à la maison et la salle de cinéma », permet au jeune public d’expérimenter des émotions variées – voire désagréables, comme la peur – dans un cadre sécurisant.
Le festival touche un très large public, en offrant des outils pédagogiques et des suggestions d’activités en lien avec les films pour les crèches et classes participantes du canton de Genève. L’encadrement des séances restant à la charge des enseignant·e·s.
Rencontrer les métiers du cinéma
Des actions de médiation sont également organisées dans le cadre du festival. Les ateliers pratiques sont au cœur de ces initiatives et permettent aux enfants de découvrir les métiers du cinéma avec des professionnel·le·s. Ces ateliers sont pensés pour être vécus en famille et sans inscription, afin de permettre au plus grand nombre d’y avoir accès. « L’année dernière, nous avions proposé un atelier de bruitage de cinéma à une cinquantaine d’enfants, raconte Victor Teta. Je me souviens de ce moment où la bruiteuse avait demandé à tout le monde de faire le son de la pluie. Le résultat était bluffant ! »
Aux Journées de Soleure, le lien avec le public scolaire revient à Sanja Möll. Avec le comité de programmation, elle sélectionne les films destinés aux séances familiales du festival. Elle collabore ensuite avec le corps enseignant pour organiser des projections dans des écoles de la région, à différents niveaux. Elle accompagne enfin des ateliers d’initiation aux techniques d’animation pour les enfants et adolescent·e·s de 9 à 15 ans.
Ceux-ci seront animés pour la sixième fois par Kaspar Flückiger : « Dans le cinéma d’animation, tout est possible, explique-t-il. Même avec très peu de moyens, on peut inventer des histoires folles et pleines de fantaisie. » Ses observations sur les projets des élèves sont révélatrices : « Ils et elles reviennent souvent à des récits très classiques, avec des bandits et des héros. Le bien et le mal restent des thèmes récurrents. Mais ils et elles aiment aussi créer des scénarios inspirés de leur vie. »
“Le bien et le mal restent des thèmes récurrents. Mais ils et elles aiment aussi créer des scénarios inspirés de leur vie.” Kaspar Flückiger
C’est aussi l’expérience du cinéaste Pablo Callisaya, qui anime régulièrement des ateliers pour les jeunes. Aux dernières Journées cinématographiques de Zoug, il a montré comment réaliser des films en prises de vues réelles à moindre coût, en limitant par exemple le nombre de plans ou en utilisant des lieux accessibles gratuitement. Selon lui, ces exercices pratiques offrent aux participant·e·s un premier contact concret avec le médium. « Et surtout, les enfants et les adolescent·e·s prennent la mesure du travail que représente la fabrication d’un film », ajoute Kaspar Flückiger.
Complément à l’enseignement scolaire
Les Journées cinématographiques de Zoug accordent une place importante à la relève. Leur engagement se poursuit toute l’année, notamment grâce au Jungfilmnetz, un réseau qui propose aux jeunes cinéphiles (jusqu’à 25 ans) un vaste espace d’échanges, des événements, du matériel et des offres d’emploi. Ce dispositif ouvre un accès ludique et peu contraignant au cinéma. Pour Pablo Callisaya, il comble un manque que l’enseignement obligatoire ne peut pas couvrir : « J’aurais rêvé de disposer de ces structures lorsque j’étais adolescent. »
Du côté du Festival Cinéma jeune public à Lausanne, de courtes formations à la médiation culturelle sont offertes dans les milieux parascolaires. En mettant à disposition du matériel et en proposant aux éducateur·trice·s des ateliers à la fois pratiques, axés sur la réalisation de films d’animation, et théoriques sur l’approche pédagogique propre au cinéma, le festival entend « autonomiser les structures », comme l’explique Cécilia Bovet, codirectrice de la manifestation.
Le festival collabore avec d’autres structures comme Cinéculture ou e-media, afin de concevoir du matériel pédagogique pour les écoles et les projections scolaires. Ces échanges permettent de lier directement les dossiers d’accompagnement des films aux objectifs de formation du Plan d’études romand et de faciliter le travail des enseignant·e·s.
Une éducation à l’image
Cécilia Bovet regrette toutefois que les projections en classe soient plus souvent des supports à l’enseignement d’autres matières que de véritables sensibilisations au langage cinématographique : « Nous essayons toujours de privilégier une éducation à l’image plutôt qu’une éducation par l’image. » Durant le festival, cet objectif se traduit par une focalisation sur la participation du jeune public. La parole est donnée aux enfants, adolescent·e·s et même jeunes adultes autant que possible, y compris dans la programmation : « Un comité de sélection de jeunes entre 18 et 25 ans peut participer au programme », ajoute Delphine Jeanneret, codirectrice du Festival Cinéma jeune public.
Le festival peut par ailleurs compter sur une grande équipe de professionnel·le·s du cinéma et de médiateur·trice·s formé·e·s pour assurer les différents ateliers. Si en Suisse il n’existe pas de formation à proprement parler pour cette activité, Cécilia Bovet rappelle que « le cinéma est un très bon levier pour la médiation et offre un terrain privilégié pour l’accompagnement pédagogique auprès du jeune public ».