Vous avez écrit le scénario à trois. Ce travail de groupe représentait-il un grand défi?
Le travail de groupe est indispensable pour une série. Il s'agit de trois heures de fiction, donc comme trois longs métrages d'une heure et demie, divisés en six épisodes. C'était un travail très exigeant, si l'on considère que l'idée était de faire une série avec de nombreux personnages. Il fallait mélanger de nombreuses intrigues dramatiques. Je pense qu'on est toujours plus intelligent quand plusieurs cerveaux réfléchissent ensemble. Le travail d'équipe a été formidable. Travailler avec des scénaristes permet de se remettre en question. Cela permet de trier rapidement les idées. C'est très créatif de travailler à plusieurs.
Ce n'est pas la première série que vous réalisez. Qu'est-ce qui vous plaît particulièrement dans ce format par rapport à la fiction?
J'ai l'impression que, depuis quelques années, les séries ne sont plus simplement des productions formatées en studio. Des cinéastes de renom s'y investissent de plus en plus. Jane Campion, par exemple, a réalisé « Top of the Lake », que j'ai beaucoup apprécié. Je ne serais pas surpris que Quentin Tarantino se lance également dans une série. Les frères Coen ont déjà franchi le pas, tout comme Scorsese. Les grands cinéastes de notre époque sont attirés par le format des séries, car il leur permet d'explorer plus en profondeur les personnages et les univers qu'ils créent. Aujourd'hui, l'offre est vaste, allant des séries de studios, souvent très formatées comme celles de super-héros, aux œuvres plus personnelles et audacieuses des auteurs et autrices indépendant·e·s.
Comment s'est passée la collaboration avec la télévision, la RTS, qui a produit la série?
C'est une dynamique pour l'instant un peu compliquée. D'un côté, en tant qu'auteur, je souhaite raconter quelque chose d'unique, et de l'autre, la télévision veut que le produit soit accessible au plus large public possible lors de sa diffusion. Il faut jongler entre leurs attentes, leur public cible, et nos propres aspirations. La SSR est une interlocutrice importante et précieuse, mais je rêve qu'à l'avenir, la télévision ne soit pas la seule à produire des séries en Suisse. J'espère voir émerger d'autres plateformes, d'autres interlocuteur·trice·s, et de nouvelles sources de financement.
Avez-vous un exemple qui illustre la nécessité de faire des compromis?
Un exemple très simple est le premier épisode, dans lequel il n'est jamais vraiment expliqué où nous nous trouvons et à quelle époque se déroule l'action. Nous voulions créer des images ambiguës et brouiller les pistes avec les couleurs que nous avons choisies. Est-ce l'hiver (du futur) ? On le comprend au fur et à mesure. Lors des discussions avec la télévision, on a toutefois souhaité que les prémisses de l'histoire soient expliquées dès le début avec un grand panneau clair. Je pense au contraire qu'on peut demander au public de faire un petit effort, qu'on peut leur faire confiance.
Avant sa diffusion linéaire début 2025, la série est disponible en exclusivité en ligne sur Play Suisse.