Bruno Ganz
«Der Himmel über Berlin», Wim Wenders, 1987. © Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés

Bruno Ganz

Anna Dafne Alessi 29 octobre 2024

Un voyage du paradis à l’enfer et retour.

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À travers les pièces et les films dans lesquels il a joué, les personnages qu’il a interprétés, Bruno Ganz nous offre un panorama européen de la créativité théâtrale et cinématographique depuis le milieu des années 1960. L’acteur ne s’est jamais cantonné à une seule ville, à un seul théâtre ni n’est resté fidèle qu’à un·e seul·e metteur·euse en scène. Toujours en mouvement, ce fils d’un ouvrier d’usine suisse et d’une immigrée italienne a conservé l’esprit critique, résistant et indépendant qui l’a poussé à quitter tôt Zurich et la Suisse.

Né en 1941 à Seebach, un quartier de Zurich, et élevé dans un environnement bilingue, Bruno Ganz a vécu de près les difficultés d’adaptation rencontrées par sa mère au sein de sa propre famille. C’est peut-être cette expérience de la différence qui a nourri en lui le désir d’un monde plus vaste. Dans les années 1950, au Schauspielhaus de Zurich, il côtoie des figures majeures de la scène allemande, telles que Therese Giehse, émigrée en Suisse en 1933. C’est là qu’il découvre un univers contrastant avec l’étroitesse qu’il ressent dans le sien.

Sans diplôme d’études secondaires, il s’immerge en 1962 dans le paysage théâtral de l’Allemagne de l’Ouest, d’abord à Göttingen, puis à Brême. À partir de 1970, il est à Berlin-Ouest, où, avec Peter Stein et sa troupe, il donne à la Schaubühne am Halleschen Ufer un rôle central dans le théâtre politisé de 68.

À partir de 1975, Bruno Ganz explore de nouveaux horizons devant les caméras de réalisateur·trice·s renommé·e·s du nouveau cinéma européen. Au total, il participe à plus de 130 films, dont la plupart sont des productions allemandes, près d’un quart des productions suisses et quelques films hollywoodiens.

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«Pane e tulipani», Silvio Soldini, 2000. © Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés
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© Collection Cinémathèque suisse. Tous droits réservés

Sa voix douce et pénétrante trouve une expression poétique dans le cinéma, notamment dans « Les ailes du désir » (1987) de Wim Wenders. La transformation de l’ange contemplatif en flâneur mortel au cœur de la métropole divisée demeure inoubliable. Aux côtés de Theo Angelopoulos, il laisse sa marque dans l’histoire du cinéma grec avec « L’éternité et un jour » (1998).

Pour « La chute » (Oliver Hirschbiegel, 2004), Bruno Ganz plonge dans les documents historiques pour se préparer à incarner Hitler. Il recherche en eux quelque chose de non haïssable, une humanité sans laquelle il lui semble impossible de construire ce personnage. Il en résulte une interprétation précise, à la fois sérieuse, comique et répugnante.

Le voyage de Bruno Ganz dans le vaste monde a porté ses fruits. Avec le temps, son expression a gagné en profondeur. Il a savouré les langues et exploré le multilinguisme à l’écran. Son courage et sa profonde humanité ont convaincu bien plus que ses compagnons de route.

Après le succès public de « Pane e tulipani » (Silvio Soldini, 2000), où il incarne Fernando Girasole, un homme qui réussira à sortir de son propre enfer grâce à sa rencontre avec une femme au foyer, Rosalba, des admiratrices lui écrivent. Dans l’essai cinématographique sensuel que lui consacre Laetitia Masson en 2015, il est même décrit comme « le partenaire parfait ». Ainsi, les anciennes rumeurs de la presse à sensation selon lesquelles Bruno Ganz aurait été en couple avec Romy Schneider au début des années 1970 pendant douze mois et aurait failli devenir le partenaire de Julia Roberts dans « Pretty Woman » (Gary Marshall, 1990) ne surprennent pas. En 2010, il a été récompensé pour l’ensemble de sa carrière par l’European Film Academy.

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