Schweizer Hoffnungen beim Europäischen Filmpreis
Unter den Nominierten für den Europäischen Filmpreis befinden sich auch Kandidaten aus der Schweiz.
12. November 2014
Que peut-on attendre de la «Promotion de l'investissement dans la cinématographie en Suisse» (PiCS)? Discussion entre Michael Steiger, producteur chez C-Films, et Kaspar Kasics, président de l’Association suisse des scénaristes et réalisateurs de films.
Pour quelles raisons un programme d’encouragament lié au lieu de tournage est-il nécessaire?
Michael Steiger (MS):Cette nouvelle mesure d’encouragement permettra d’améliorer la capacité concurrentielle de la Confédération au sein du contexte européen. Plusieurs pays voisins disposent d’une telle forme de soutien. La Suisse investit moins dans la production que l’Allemagne ou l’Autriche, par exemple. Ce nouveau programme d’encouragement aidera à combler un grand déficit.
Kaspar Kasics (KK):Il est très important que nous restions en phase avec l’Europe, or nos budgets ne sont tout simplement plus à la hauteur. Nous produisons constamment des films sous-financés – nous en avons même fait un art. En tant que promoteurs, nous accueillons donc très favorablement le fait qu’il y aura bientôt plus d’argent à disposition pour nos entreprises et techniciens. En Allemagne, la phase de postproduction d'un film documentaire doté d’un budget moyen coûte environ un tiers de moins qu’en Suisse. Il est donc logique que l’on se demande si l'on peut par exemple se permettre une postproduction suisse. Il faut pallier cela.
De quel pays européen le modèle suisse s’est-il inspiré et pourquoi ?
MS: Il s’est inspiré de l’Allemagne, où fut fondé il y a huit ans le Fonds Fédéral Allemand pour le Cinéma (DFFF). A l’époque, l’industrie cinématographique allemande était en crise. Le Ministère de la culture, avec en tête l’instigateur du Fonds, Bernd Neumann, se mit alors à chercher une solution afin de renforcer durablement l’économie culturelle. Ils imagina un modèle similaire à celui que nous prévoyons désormais à notre tour . Grâce au DFFF, le cinéma allemand a connu une reprise très importante. On sait aussi que chaque euro investi dans un tel fonds revient à l’Etat au quintuple sous forme de revenus supplémentaires imposables, de TVA, etc. La culture est ainsi soutenue sans alourdir le budget de l’Etat.
Selon le Message culture, l’OFC financera au maximum 20% des coûts de production en Suisse. Qu’est-ce que cela signifie exactement?
MS: Ce principe des 20% est un automatisme. Un projet doté d’un budget de 800'000 francs peut être soutenu dans le meilleur des cas à hauteur de 160'000 francs. Pour cela, il faut pouvoir justifier le fait que l’argent a été dépensé comme convenu. Ce pourcentage pourrait encore être revu à la hausse, nous en discutons au sein du groupe de travail. Les modalités précises seront élaborées avec le concours de représentants de la branche et d’experts internationaux.
KK: 20% est une base raisonnable. Avec des sommes plus importantes, on courrait le risque de se trouver sous pression pour favoriser des films à thématique suisse.
MS: L’aide liée au lieu de tournage nous permettra de redevenir concurrentiels. Si une maison de postproduction allemande présente un avantage de prix de 30%, grâce au PiCS une entreprise suisse sera envisageable, même s’il reste encore une différence de 10%. Le producteur suisse privilégiera néanmoins généralement une entreprise locale, ne serait-ce qu’en raison de l’économie faite sur les frais de déplacement.
Quels sont les types de production concernés par cette mesure de soutien? Les films destinés au grand écran et les longs métrages ?
MS:Un critère important est le seuil d’admission d’un projet. Un nouvel instrument d’encouragement engendre des frais administratifs, il existe donc une équation coûts/bénéfices. Dans le cas d’un court métrage avec un budget de 20'000 francs et donc un soutien lié au site de 2'000 francs, la charge administrative serait approximativement équivalente au montant de la subvention, ce qui n’aurait pas beaucoup de sens. Tous ces critères sont actuellement en cours d’élaboration au sein du groupe de travail.
KK:Les courts métrages sont un exemple extrême, je suis d’accord. Mais qu’en est-il des documentaires, dont le budget moyen se situe autour de 650'000 francs? Ils sont souvent tournés à l’étranger. Si sur l’ensemble du budget 200'000 francs sont dépensés en Suisse, un soutien de l’ordre de 20% reviendrait à 40'000 francs. Où faut-il donc fixer la limite inférieure? Le seuil d’admission devrait être différent pour les documentaires et les fictions.
MS:Oui, il devrait être sensiblement plus bas pour les documentaires. Les fictions coûtent en moyenne entre 1,8 et 2 millions de francs. Il y aura également un montant maximal, fixé probablement à 600'000 francs. Il faudra par ailleurs que l’argent à disposition suffise pour tous les ayants droit, puisqu’un fonds qui serait épuisé après neuf mois n’aurait pas de sens. C'est aussi en fonction de cela que s’établira naturellement un seuil minimum.
KK:Une difficulté tient au fait que les critères de base de l’encouragement à la culture, notamment ceux de la qualité et de la diversité, ne doivent pas passer au second plan. Or on pourrait imaginer que plus on dépensera en Suisse, plus facilement on obtiendra cette subvention, en fonction de l’importance du budget et de la part des dépenses effectuées en Suisse. Ce qui ne serait pas très intelligent, car cela pourrait inciter un gonflement des budgets. Nous avons besoin d’un système qui tienne compte d’une certaine diversité afin que les fonds prévus ne bénéficient pas uniquement aux plus grosses productions.
Qu’en est-il des films à petit budget, comme ceux défendus par le Swiss Fiction Movement, notamment en ce qui concerne les salaires ?
MS: En Suisse, nous sommes déjà plutôt «low-budget». Selon la Zürcher Filmstiftung, les budgets moyens des films seraient en baisse depuis 10 ans. Cette pression sur les coûts est directement reportée sur les professionnels du secteur. Par exemple, actuellement, une charge certaine pèse sur le dos des acteurs, ce que je trouve injuste. Alors que le coût de la vie est en constante augmentation, les professionnels du cinéma doivent s’accommoder de moyens de plus en plus restreints. Ce n’est pas une évolution dans le bon sens. Je suis donc résolument contre l’idée de rendre le programme d’encouragement lié au lieu de tournage accessible aux productions à petit budget.
KK:Les films à petit budget ne passent de toute façon pas le seuil d’admission, et n’ont donc pas besoin d’un régime particulier.
Des coproductions minoritaires peuvent-elles aussi profiter du PiCS ?
MS:Oui, mais seulement par le biais du producteur suisse.
KK:Ce qui peut être intéressant, parce que cela veut dire que plus d’argent devra être dépensé en Suisse.
MS:L’encouragement lié au lieu de tournage permettra au producteur suisse de renforcer sa position. Mais les coproductions minoritaires doivent elles aussi passer le critère du seuil minimal.
D’une manière générale, l’aide liée lieu de tournage est-elle une forme de promotion économique ?
MS:Non, il ne s’agit pas de promotion économique au sens strict du terme, comme par exemple dans le cas de la production de fromage. Il s’agit de soutenir la place culturelle suisse, de garder les personnes compétentes en Suisse, sans qu’elles soient contraintes de partir travailler en Allemagne ou de changer de métier. Si les professionnels de la culture génèrent leur argent en Suisse, ils devraient également pouvoir en bénéficier.
KK:Je vois les choses un peu différemment. Nous avons affaire à un changement de paradigme peu remarqué dans la promotion culturelle. Dans le cas de l'encouragement lié au lieu de tournage, ce sont les critères économiques et non culturels qui sont décisifs. Or pour nous,de l’ARF/FDS, il est essentiel d’éviter que l’aide au cinéma ne soit toujours plus liée à des critères économiques. Depuis une vingtaine d’années, on peut observer une tendance à remplacer l’aide sélective par une série d’automatismes. A tel point que l’on craint de voir la promotion culturelle se transformer en promotion des producteurs, ou, dans le pire des cas, en une pure promotion économique. Alors que la créativité dont il est finalement question fonctionne selon des critères tout autres. Nous devons donc être très conscients de ce que nous sommes en train de faire. C’est pourquoi, en plus de l’aide liée au lieu de tournage, il faut encore davantage soutenir la production, et cela sur la base de critères artistiques sélectifs. Faute de quoi la promotion culturelle sera vidée de sa substance.
MS:Je ne suis pas du tout d’accord avec toi. Globalement parlant, l’industrie cinématographique fait partie du domaine de la culture, il s’agit donc de promotion culturelle. En Suisse, aucun film ne verrait le jour sans le soutien de la télévision, de la Confédération ou de la Zürcher Filmstiftung. Dans ce pays, l’industrie n’est pas en mesure d’assurer seule le financement des films. Il n’est pas non plus possible de produire des films sur la base de l’encouragement lié au lieu de tournage, puisqu’il s’agit d’une subvention supplémentaire. L’automatisme dans le cas de cette aide ne sort pas du cadre de la culture, c’est toujours une décision culturelle qui détermine si un projet sera réalisé ou non. L’aide automatique liée au lieu de tournage n’a aucune influence là-dessus. Elle ne détermine que le lieu où sera dépensé l’argent, dans le sens où cela vaudra désormais la peine de le dépenser en Suisse. Du reste la Fondation romande pour le cinéma fonctionne aussi sur la base d’un automatisme: si un projet bénéficie du soutien sélectif de la Confédération, la Fondation le soutient automatiquement également.
KK: Ça, c’est une autre histoire. Si la Fondation romande emboîte le pas de la Confédération, c’est surtout pour éviter que quatre commissions ne décident du sort des films, ce qui fait sens. Une aide liée au site relève d’un autre mécanisme. Ce que je me demande en revanche, c’est s’il est judicieux d’augmenter ainsi la limite supérieure du soutien apporté par la Confédération, ce qui résultera du cumul de l’aide sélective et de l’aide liée au site.
En insistant ainsi sur la suissitude, ne court-on pas le risque de tomber dans le provincialisme? L’encouragement lié au lieu de tournage pourrait au final influencer le choix des sujets, les scénarios, les lieux de tournage ou le casting.
KK:Si les réalisateurs et producteurs se mettaient à tourner uniquement des films sur la Suisse dans le but de toucher davantage d’argent, nous aurions effectivement à faire à du provincialisme. Mais je ne peux pas imaginer une telle logique. Il est vrai qu’on trouve actuellement à l’affiche plusieurs films à thématique suisse, je pense au remake de «Heidi» ou à «Schellen-Ursli». Ceux-ci profiteraient bien sûr de la nouvelle aide liée au lieu de tournage. Mais existent aussi des films suisses très différents, des films romands par exemple, comme «La petite chambre» ou «L’enfant d’en haut», qui en bénéficieraient aussi.
MS: Je ne crains pas de voir apparaître un certain provincialisme. J’y vois au contraire une grande opportunité pour les coproductions. Les producteurs suisses gagneront en attractivité dans le contexte international, parce que grâce à l’aide liée au lieu de tournage, ils seront en mesure d’apporter une contribution financière de 20% supplémentaires. Cela permettra donc plutôt à la création cinématographique suisse de s’ouvrir sur le monde. «L’Enfance volée», «Train de nuit pour Lisbonne» ou «Der Koch» sont des projets qui n’ont vu le jour que grâce au concours de partenaires étrangers. Dans les projets comportant des budgets importants nous perdons toujours la majorité, parce que les moyens provenant de la Suisse sont très restreints en comparaison avec ceux de nos partenaires européens. L’encouragement lié au lieu de tournage permettra de faire un petit pas en avant.
KK: Une question: comment les dépenses faites en Suisse seront-elles contrôlées? Si toutes les dépenses doivent être vérifiées, des hôtels au transport en passant par le catering, c’est une énorme contrainte bureaucratique. La Confédération en a-t-elle la capacité?
MS:C’est vrai, cela représente une certaine charge administrative. Il faut d’une part effectuer un contrôle indépendant du décompte final. Il y aura aussi un contrôle préalable, lors de la soumission du budget. Nous avons aussi besoin des directives claires établissant des montants maximums, par exemple pour les frais d’hôtel ou les salaires des acteurs. On ne peut pas épuiser la subvention en engageant des stars. Il faut aussi garantir que les demandes soient traitées dans des délais raisonnables.
Quelles sont les étapes à venir ?
MS: Le prochain Message culture prévoit le nouveau modèle d’aide liée au lieu de tournage. L’année prochaine, le Conseil National et le Conseil des Etats devront adopter les nouveaux régimes d’encouragement, y compris les ajustements et les améliorations résultant de la procédure de consultation en cours. Ces nouvelles mesures seront valables dès 2016, mais l’aide liée au site ne sera mise en place que dans le courant de l’été 2016.
Quelles sont les chances de voir l’encouragement lié au lieu de tournage adopté par le Parlement ?
KK:Elles sont bonnes. Le Parlement est généralement plus disposé à octroyer des moyens supplémentaires pour des nouveaux instruments de soutien que pour des mesures existantes. Mais nous considérons la promotion comme un tout: nous disons oui à l’aide liée au lieu de tournage, mais il y a un retard à combler dans le cinéma suisse en général. Nous manquons d’argent pour la production, pour Succès Cinéma et pour les coproductions minoritaires. Nous devons convaincre les parlementaires que ce n’est qu’avec un tel projet d’ensemble que nous parviendrons à compenser un important désavantage vis-à-vis de l’Europe afin d’être à nouveau à jour.