Entre colère et tendresse : le cinéma pour repenser le monde
Durant dix jours, le FIFDH met à l’honneur le pouvoir du cinéma pour transformer les récits dominants et imaginer de nouveaux futurs. Cette 23ᵉ édition, à travers 162 événements, rassemble plus de 260 personnalités et cinéastes mobilisé·es pour les droits humains.
« Les invité·es de cette édition nous encouragent à repenser le collectif, à placer le soin et la solidarité au cœur de nos relations, et à ne pas céder à la sidération face aux conflits meurtriers, au recul des libertés et au non-respect du droit international » déclarent Laila Alonso Huarte et Laura Longobardi, co-directrices éditoriales.
La montée des extrêms, une menace mondiale pour nos libertés
Des États-Unis à l’Europe, des partis radicalisés résonnent sur la scène mondiale, unis par une rhétorique commune qui menace nos libertés fondamentales. Pour explorer ce phénomène, plusieurs films accompagnés de Forums sont au programme, dont «The Last Republican» de Steve Pink, qui suit le politicien Adam Kinzinger, en première ligne pour dénoncer la responsabilité de Donald Trump dans l’attaque du Capitole en 2021. En Première européenne, ce film introduit le Forum "Où vont les États-Unis ?" dans lequel intervient l’écrivain Douglas Kennedy.
Ces bouleversements, amplifiés par les réseaux sociaux, trouvent un écho dans des discours haineux de plus en plus préoccupants. Deux discussions portent sur ce sujet, précédées de la projection des films «Hacking Hate» de Simon Klose et «Undercover: Exposing the Far Right» de Havana Marking. Deux enquêtes sur la face cachée de l’extrême droite en Europe : le premier s’intéresse à l’action très organisée et à grande échelle en ligne, le second plonge au cœur des sphères néo-fascistes britanniques, dévoilant les opinions sans filtre des figures les plus influentes.
Récits du Proche-Orient sous pression
Les conflits dévastateurs au Proche-Orient, qui redessinent les équilibres géopolitiques de la région, font l'objet d'une analyse transversale, avec la projection de «A State of Passion» de Carol Mansour et Muna Khalidi, en Première internationale. Le film documente le travail du Dr Ghassan Abu Sittah, chirurgien britanno-palestinien engagé sous les bombardements à Gaza, ainsi que son action de plaidoyer auprès des institutions et des médias. Il sera présent lors d’un Spotlight, aux côtés de la rapporteuse spéciale à l’OHCHR Francesca Albanese. En parallèle, les publics peuvent visionner «The Bibi Files» d'Alexis Bloom, présélectionné aux Oscars 2025, qui explore les dynamiques de corruption et les intérêts personnels du Premier ministre israélien Netanyahou à prolonger le conflit à Gaza.
Résilience et luttes de la société civile
Également marqué par une série de crises profondes, le Liban est au cœur du Forum La résilience des Libanais·es mise à l’épreuve avec notamment la présence de l’écrivain et photographe franco-libanais Sabyl Ghoussoub (Prix Goncourt des lycéens 2022). La discussion est précédée du documentaire «To Close Your Eyes and See Fire» (Nicola von Leffern et Jakob Carl Sauer).
Le Spotlight Soudan : la société civile ignorée d'une guerre oubliée en lien avec le film «Khartoum» – produit et réalisé par un collectif de cinéastes soudanais·ses et également sélectionné à la Berlinale – se focalise sur l’un des plus grands drames humanitaires contemporains, ignoré des médias et de la politique internationale.
La Suisse dans le viseur: quel avenir pour le droit humanitaire ?
Alors que la coopération internationale subit une pression croissante et des coupes budgétaires majeures, la Suisse se retrouve au cœur des discussions. Ces décisions politiques risquent d’avoir un impact durable sur les populations vulnérables, sur la Genève internationale et sur l'image d’un pays qui a longtemps défendu sa neutralité par son engagement humanitaire. Ces enjeux sont au centre de la discussion Remise en cause de l’UNRWA : mort du droit humanitaire ? Un échange avec, notamment, le Commissaire général de l'UNRWA Philippe Lazzarini et l’ancien ambassadeur de Suisse en Israël Jean-Daniel Ruch. Ce Forum est précédé du film «UNRWA, 75 ans d'une histoire provisoire» de Lyana Saleh et Nicolas Wadimoff, présenté en Première mondiale.
Luttes féministes en première ligne
Face au recul des droits des femmes et des minorités de genre à travers le monde, le FIFDH met à l’honneur les récits de celles et ceux qui revendiquent et se battent pour leurs droits. Dans la Compétition Fiction, trois longs métrages, présentés en Première suisse, révèlent des histoires venues des quatre coins du monde. «Manas» (Grand Prix Giornate Autori Venezia) de Marianna Brennand nous emmène en Amazonie, «Sugar Island» de Johanné Gómez Terrero, en République dominicaine, et «Norah» (mention spéciale Un Certain Regard Cannes 2024) de Tawik Alzaidi, en Arabie Saoudite. Ces films suivent le parcours de femmes déterminées à s’émanciper en s’opposant aux injonctions de la société et au patriarcat.
Trois discussions viennent approfondir la réflexion. En écho à l'impact mondial du procès Mazan, le Forum Violences sexistes : en finir avec le silence et la honte, avec la journaliste Giulia Foïs, dénonce la honte qui pèse encore trop souvent sur les victimes. La Première suisse de Writing Hawa, accompagne le Spotlight La force inébranlable des Afghanes, en présence de la réalisatrice Najiba Noori et de sa mère, Hawa Noori. Enfin, les discriminations de genre dans les compétitions sportives sont abordées lors du Forum "Le sport, miroir des normes sociales" avec la présence de Halba Diouf (sprinteuse) et Maho Bah-Villemagne (boxeur).
De la colère au soin, une quête dans un monde en crise
Enfin, la 23ᵉ édition met en avant une idée forte : transformer l’indignation et la colère en solidarité et bienveillance, face aux bouleversements politiques, environnementaux et institutionnels. Dans «Tender Revolution», la réalisatrice Annelie Boroș, retrace le parcours de quatre personnes en quête d’un changement social et invite à adopter une «révolution de la tendresse», tandis que Queer Camp de Chris Westendorp et Lucas van der Rhee suit 65 jeunes dans un camp d’été dédié aux personnes queer. Ce documentaire dévoile un espace d’amour de soi et de compassion collective, célébrant la diversité et l’acceptation. Des films qui rappellent l’importance du bien-être personnel et collectif.
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