Travailler avec des enfants acteur·trice·s
Image tirée de «1:10» de Sinan Taner. © Sinan Taner

Travailler avec des enfants acteur·trice·s

Teresa Vena 9. Januar 2026

Tourner avec des enfants implique bien plus que le simple respect d’un cadre légal : chaque cinéaste doit trouver sa propre approche. D’une expérience à l’autre, de nombreux points communs émergent.

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Réaliser un film destiné à un jeune public implique naturellement de travailler avec des enfants – que l’on retrouve d’ailleurs aussi dans des films adressés à un public adulte. Les exigences de jeu varient selon les genres, mais une constante demeure : il faut trouver la juste manière d’entrer en relation avec les jeunes interprètes.

« Tout le monde n’a pas le même rapport aux enfants », explique la coach et réalisatrice Sira Topic, qui accompagne des enfants et des adolescent·e·s sur différents projets, du film d’auteur à la publicité. Elle a dernièrement travaillé sur « Salut Betty ». « Aimer les enfants, ça aide », ajoute-t-elle avec un sourire en coin. Il est essentiel de savoir se mettre à leur hauteur, de les mettre à l’aise sur le plateau. Le mieux, c’est quand ils ou elles s’amusent. Sira Topic travaille depuis une dizaine d’années comme coach pour enfants. Elle enseigne également à Filmkids ainsi qu’à la Swiss Film School à Zurich, et a développé des méthodes permettant à un·e enfant de donner le meilleur de lui ou d’elle-même. «  On sous-estime souvent les enfants, dit-elle, or la plupart connaissent leurs limites – il suffit de se mettre à leur écoute. »

Oser le risque

C’est l’approche que privilégie Jasmin Gordon. Dans son premier long métrage, « Les courageux », elle raconte l’histoire d’une mère et de ses trois enfants qui tentent de se débrouiller en dehors des schémas habituels. Elle a rencontré entre 80 et 100 enfants lors du casting. Souhaitant un résultat réellement authentique, elle tenait à ce qu’ils ou elles n’aient aucune expérience de jeu. Elle a donc presque entièrement renoncé aux répétitions : les situations étaient décrites en amont, puis elle laissait les enfants jouer spontanément. « Les scènes n’étaient pas toutes parfaites, reconnaît-elle, mais nous avons eu droit à de véritables moments cadeaux. »

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Image tirée de «1:10» de Sinan Taner. © Sinan Taner

Son expérience rejoint celle du jeune réalisateur Sinan Taner : « Nous avons eu droit à plusieurs surprises positives, et à des moments nés de manière organique, bien meilleurs que ce qui avait été écrit. » Son court métrage « 1:10 », qui était son projet de bachelor à la ZHdK, est actuellement en tournée dans les festivals internationaux. Il y reconstitue une dispute entre deux enfants d’école primaire qui finit par déborder sur leurs pères. « Le jeu des enfants est souvent beaucoup plus authentique que celui des adultes, pour peu que s’installe une relation de confiance », ajoute-t-il.

Le plaisir du jeu

C’est cette même authenticité que recherchait Cyrill Oberholzer dans « Basically a Joke ». Elle constitue un élément essentiel de son film, qui interroge l’artificialité du monde en ligne. Pour lui, il était important de s’adapter aux besoins des deux filles qui portent le film. Cela supposait suffisamment de moments de pause, et surtout de faire en sorte que le tournage ne devienne jamais un travail, mais demeure un jeu. Cela passait aussi par du temps partagé avec elles en dehors des prises. Sinan Taner va dans le même sens : « Avant certaines scènes, je jouais au foot avec les enfants, ou faisais moi-même un peu de course dans la cour de récréation. »

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© DR

Tout le monde s’accorde : patience et créativité sont indispensables lorsqu’on travaille avec des enfants. Les besoins varient bien entendu selon les âges. Pour des films destinés à un public adulte, comme ceux évoqués plus haut, il faut également veiller à ce que les jeunes interprètes ne soient exposés à aucun risque physique ou psychique. On évite donc de les confronter directement à des situations sensibles, comme les scènes de violence. On recourt alors à des doublures, ou on reformule la scène à leurs yeux, par exemple en leur expliquant qu’ils ou elles affrontent un dragon. En plus de discuter soigneusement les scènes en question avec les enfants, il est d’usage de parcourir le scénario en détail avec les parents, dont il est indispensable de gagner la confiance.

En Suisse, il n’existe à ce jour que très peu de règles encadrant le travail avec des mineur·e·s au cinéma. La principale concerne le respect des dispositions légales sur le temps de travail : pour les enfants de moins de 13 ans participant à des activités artistiques professionnelles, la limite est fixée à trois heures par jour et neuf heures par semaine. Dans des pays comme la France ou l’Autriche, la présence à la fois d’un·e coach spécialisé·e et d’une personne chargée d’encadrer les enfants sur le plateau est obligatoire depuis longtemps. Depuis 2025, l’Autriche applique aussi un dispositif de protection de l’enfance auquel doivent se conformer tous les projets bénéficiant d’un financement public. Celui-ci impose notamment la remise d’une analyse détaillée des risques liés au scénario ainsi que le respect d’un ensemble de règles comportementales.

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