Défendre un cinéma jeune public national
Image tirée de la série « The Unreal » réalisée par Bonnie Dempsey. © Dyehouse Films

Défendre un cinéma jeune public national

Alexandre Ducommun 9. Januar 2026

En Irlande, une société de production trace depuis quinze ans une ligne singulière : Dyehouse Films propose des fictions live-action pensées pour les jeunes publics et profondément liées à leur territoire. Un geste artistique presque à contre-courant et pourtant de plus en plus nécessaire.

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Dyehouse Films s’est forgé une identité rare : raconter des histoires pour les enfants et adolescent·e·s, en prise de vue réelle et bien loin des logiques commerciales qui dominent l’audiovisuel. Pour Bonnie Dempsey et David O’Sullivan, cofondateur et cofondatrice du studio, ce choix est né d’une lassitude : après des années passées à produire des émissions formatées pour la télévision : « nous avons commencé de produire pour le jeune public en réaction à une insatisfaction, raconte Bonnie. Mais ça a aussi été une opportunité de se tourner vers des films plus humains, où le plaisir est le moteur ».

Une compétition déloyale

Produire pour les enfants en Irlande est un défi. Dans un marché saturé par les géants internationaux, les jeunes spectateur·trice·s ont un accès direct à une infinité de contenus mondialisés. Convaincre les financeur·euse·s qu’un récit local, bien que plus modeste, peut lui aussi conquérir le cœur du public constitue l’obstacle principal. Bonnie soulève « un certain complexe d’infériorité des médias » qui empêche le bon développement du cinéma jeunesse.

Ce déséquilibre s’accentue dans un pays où l’animation occupe une place prépondérante dans la production jeunesse, au détriment de la fiction. La production de films d’animation en Irlande se divise entre des projets nationaux et une production bien plus industrialisée, dont l’animation est souvent sous-traitée à l’étranger ; un modèle difficilement transposable à la fiction tournée en décors réels. Pour exister, David explique que leur stratégie de production consiste à explorer le « co-viewing », un format pensé pour les enfants qui touche également les parents.

“Nous donnons le sentiment aux enfants que leur voix compte”
Bonnie Dempsey

Côté financement, Dyehouse s’appuie sur un écosystème à différents leviers : le diffuseur semi-public RTE Kids, la Coimisiún na Meán (Ireland's media regulator), le fonds audiovisuel Screen Ireland ou encore le « Section 481 », un crédit d’impôt s’élevant jusqu’à 32% pour les dépenses effectuées sur le territoire. « De plus en plus de fonds demandent un financement international, explique David. Le but est d’assurer une forme de viabilité économique » : une dynamique prometteuse mais parfois contraignante pour l’intégrité artistique.

Ancrage local, écho international

Malgré ces défis, Dyehouse revendique l’importance de récits profondément locaux. Contrairement aux idées reçues, la société de production affirme que la spécificité culturelle n’est pas un frein mais une force : les jeunes sont curieux d’histoires ancrées dans d’autres réalités. Leur participation au programme « Children’s Drama Exchange » de l’European Broadcasting Union, où un court métrage irlandais voyage aux côtés d’œuvres jeune public venues de toute l’Europe, en est la preuve : les différents projets nationaux trouvent un écho international.

À l’heure où plusieurs pays réduisent leur production nationale pour jeune public, Dyehouse alerte : priver les enfants de récits fabriqués près de chez elles et eux, c’est créer un « déficit culturel ». Selon Bonnie, c’est précisément là que l’engagement de la société de production prend tout son sens : « Nous donnons le sentiment aux enfants que leur voix compte. »

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Bonnie Dempsey und David O'Sullivan © Dyehouse Films
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Filmstill aus «Glitch» von Bonnie Dempsey. © Dyehouse Films
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Filmstill aus der Serie «The Unreal» von Bonnie Dempsey. © Dyehouse Films

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