Entre une enfance lausannoise sur les bancs de l’École Internationale et une famille aux racines turques, russes, suisses et néerlandaises, l’Helvético-Néerlandaise Naomi Pacifique a des racines aux quatre coins du monde. Avant l’écran, c’est entre les pages des livres que sa passion s’est d’abord glissée. Un bachelor en littérature de l’Université d’Exeter, puis un master de l’Université d’Oxford en poche, c’est un peu par chance, un peu par pragmatisme, mais toujours avec passion, qu’elle se tourne vers le cinéma. Se destinant initialement à un doctorat en littérature, elle postule en parallèle à la London Film School, où elle est acceptée. Si vivre du cinéma est difficile, vivre de sa plume l’est encore plus : c’est sur les conseils d’un collègue de sa mère, rédacteur à l’ONU, qu’elle opte définitivement pour le septième art.
Artiste multidisciplinaire, elle ne suit dans son expression qu’un seul fil rouge : celui de la liberté. Musicienne, poète, créatrice visuelle touchant à la photo, à la peinture et au collage, la jeune femme a cocréé sa société de production, Idle Eye, à Londres en 2019. Se mettant en scène dans ses propres films, elle se considère cependant comme « non-actrice », et n’envisagerait pas de jouer des personnages trop éloignés de sa personnalité. Parmi ses inspirations, elle cite Jacques Tati, Chantal Akerman ou encore Maya Deren, qui parviennent dans leurs films à utiliser l’essence de leurs propres corps pour raconter une histoire. Privilégiant le format 4:3, qui lui permet de montrer au mieux les relations entre les éléments et d’effleurer au plus près la surface d’une nature sensorielle, elle explore avant tout l’intimité, sorte de proscenium entre humains et humaines qu’elle décrit comme un espace « à l’opposé du pouvoir des genres », état totalement honnête et vulnérable, mais aussi miroir dans lequel se retrouve le public.
Sincèrement reconnaissante de l’existence d’une industrie des festivals où les films expérimentaux ont leur place, elle a pu, grâce au Pardino d’argento gagné à Locarno en 2021 avec son film de fin d’études « after a room », quitter deux mois durant son travail d’employée dans une société de production pour se consacrer uniquement à son court métrage suivant.
Trois ans plus tard, elle est de retour à Locarno, cette fois comme participante à la Spring Academy, alors qu’elle travaille sur son premier long métragew « after the night, the night ». Si ce film n’a pas encore vu le jour, c’est le Tessin, encore, qu’elle a choisi comme décor pour son dernier film « in the heart there is a stone », présenté à Winterthour et éligible à la fois dans les catégories suisse et internationale. Sculptrice, l’une de ses grands-mères disait pouvoir communiquer avec les pierres, concept aux antipodes de son éducation occidentale. Un séjour en Amazonie, entre montagne et spiritualité, va transformer son regard : les paroles de son aïeule prennent alors tout leur sens. À la lumière de cette réalisation, le titre de son dernier court métrage prend une nouvelle résonance
30 ans des Kurzfilmtage
Ce qui avait commencé comme un ciné-club entre amis à Winterthour est devenu, 30 ans plus tard, l’un des festivals de courts métrages les plus importants d’Europe. De deux jours à sa création, il propose aujourd’hui une programmation étendue sur six jours. Au milieu d’une offre culturelle limitée, la manifestation cherchait à s’approprier sa propre identité face à sa voisine zurichoise, un peu comme le New Jersey face à New York, explique John Canciani, directeur artistique. Proposant essentiellement des films suisses à l’origine, le festival affichait également à son programme quelques œuvres polonaises, « car l’un des membres du comité était passionné des films de ce pays ». Aujourd’hui, la programmation compte quelque 200 entrées en provenance du monde entier et réunit plus de 18’000 spectateurs et spectatrices. Lorsqu’il ne bat pas son plein, le festival met en place de nombreuses collaborations, notamment Fantoche ou la Tournée de la Nuit du Court métrage. Plateforme de lancement pour un grand nombre de cinéastes, il offre un espace moins hiérarchisé que les rendez-vous plus traditionnels, propice au développement de leur travail et de leur réseau.