De l’écriture à la sortie en salle
Le parcours du jeune producteur Levin Vieth montre comment réussir son entrée dans la production cinématographique, et ce qui fait la réussite d’un projet au-delà des chiffres du box-office.
Son but : faire revenir un public jeune dans les salles par l’innovation. La spécialiste en marketing Claire Honegger, qui met tout son enthousiasme au service de son travail chez Filmcoopi, participera cette année à la Locarno Industry Academy.
Claire Honegger n’a pas peur des nouvelles expériences. D’ailleurs, cette Zurichoise pure souche
maîtrise le néerlandais en plus des langues communes en Suisse comme le français ou
l’anglais. « J’ai vécu une année à Amsterdam, le pays m’a
tellement plu que j’ai absolument voulu en apprendre la langue », explique-t-elle.
C’est cette même curiosité qui l’anime dans son travail quotidien. La trentenaire est depuis
peu responsable du marketing et de la communication chez le distributeur zurichois Filmcoopi. Après des
études d’économie, elle a travaillé dans différents secteurs, notamment pour la
chaîne de restaurants végétariens et locavores Tibits, en tant que directrice adjointe de
restaurant.
Pour Claire Honegger, les ressemblances entre cinéma et restauration se situent dans l’expérience
sensorielle et les émotions. Mais aussi dans le caractère changeant et sur le canal à utiliser
pour atteindre le public. « Les réseaux sociaux et le marketing d’influence prennent
toujours plus d’importance. Il est essentiel d’expérimenter pour voir où le chemin peut nous
mener. »
Claire Honegger voit plusieurs raisons à son changement de domaine d’activités :
« J’ai besoin de choses qui m’enthousiasment et me fascinent. Je dois absolument
adhérer à ce que je commercialise. Promouvoir de bonnes choses me procure un sentiment de
bien-être. Cela inclut le fait de pouvoir toucher les gens à travers un film. »
De plus, la jeune femme, qui participe cette année à la Locarno Industry Academy, estime que son regard
neuf ne peut être que bénéfique dans un monde visuel où il y a tant à
découvrir. « J’apprends tellement avec chaque nouveau film, ça m’impressionne.
Ce dispositif plonge les spectateurs et les spectatrices en un rien de temps dans un nouveau monde. »
Bien qu’elle ait toujours eu un penchant pour le cinéma, sa fascination ne s’est
développée qu’à l’adolescence, lorsqu’elle a commencé à regarder
des films d’auteur·trice. « C’est plus mon univers que le cinéma de
commercial », révèle-t-elle. L’un des films de Filmcoopi qu’elle
préfère est « L’ordre divin », de Petra Volpe.
« Découvrir les débuts du mouvement féministe en Suisse, cela m’a
touchée. »
« Le cinéma suisse a mauvaise réputation. Beaucoup ignorent tout son potentiel. Je
souhaite démontrer à quel point nos productions sont diverses et passionnantes. »
Claire Honegger
Claire Honegger trouve l’époque passionnante pour se lancer dans l’industrie
cinématographique. « La pandémie a tout changé, le streaming a modifié
l’expérience cinématographique. Les gens vont moins au cinéma. » Mais elle
considère cet aspect comme un défi et non comme un obstacle. « J’ai très envie
de faire bouger les lignes et d’essayer d’enthousiasmer les gens pour le cinéma, toujours par de
nouveaux moyens. Spécialement les jeunes, et particulièrement pour le cinéma
indépendant. »
À la question de savoir dans quelle mesure le cinéma va encore évoluer, la jeune
spécialiste répond : « Je suis optimiste et je ne pense pas que le cinéma
à domicile remplacera entièrement l’expérience en salle. La composante sociale,
l’échange, la qualité de chaque film sont appelés à rester. » Mais en
tant que distributeur, Filmcoopi pourrait contribuer à « événementialiser encore
plus la fréquentation des cinémas ».
Filmcoopi est aujourd’hui l’un des distributeurs suisses établis de longue date, qui accorde une
attention particulière à la commercialisation des films nationaux devenus plus difficiles à
distribuer. « Le cinéma suisse a mauvaise réputation. Beaucoup ignorent tout son potentiel.
Je souhaite démontrer à quel point nos productions sont diverses et passionnantes. »
Concernant la disparition actuelle des salles, qui touche surtout les cinémas d’art et d’essai
– précisément les établissements partenaires de Filmcoopi –, Claire Honegger
déclare : « Bien sûr que cela m’attriste. Mais être témoin de
cette évolution m’inspire aussi beaucoup d’idées nouvelles pour tenter de renverser la
vapeur. »