Protéger les victimes
Ksenia Ignatenko, Anna Mäder-Garamvölgyi, Aylin Gökmen, Anita Wasser, Cadenza Zhao © Delphine Lucchetta

Protéger les victimes

Teresa Vena 12 août 2024

SWAN a organisé une discussion sur le cadre légal concernant le harcèlement sexuel dans le secteur cinématographique suisse.

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Ce qui frappe d'emblée, c'est que dans la salle comble du café où s'est déroulée la rencontre, la grande majorité du public était composée de femmes. Ce phénomène n'est pas rare. Lorsque les sujets concernent les femmes, ce sont souvent elles qui s'y intéressent le plus. Récemment, à Graz, lors d'une discussion sur la visibilité des films réalisés par des femmes dans les festivals, on observait une situation similaire: seules des femmes étaient présentes sur le podium et dans le public. Ce constat n'est pas propre au secteur du cinéma.

Les discussions doivent certes se poursuivre, mais pour avancer réellement, il est nécessaire de dépasser le cadre de ces «groupes d'entraide» et de créer des espaces inclusifs et mixtes où le changement peut s'opérer de manière concrète. Le chemin reste encore long, comme l'a montré le débat organisé par SWAN sous le titre «Protection des victimes de harcèlement et d'agression fondés sur le sexe dans l'industrie audiovisuelle suisse».

Que veut la victime ?

La juriste et présidente de Suissimage, Anna Mäder-Garamvölgyi, ainsi que la productrice Anita Wasser de Turnus Film, étaient présentes lors de la discussion. Il est difficile d'en tirer des conclusions claires. Au contraire, cette discussion a une fois de plus mis en lumière la complexité de la situation. Tout dépend des attentes et des souhaits de la victime de harcèlement sexuel en termes de mesures contre la personne qui agresse. Si la victime préfère ne pas rendre la situation publique ou souhaite rester anonyme dans le cadre de la relation de travail, la marge de manœuvre des personnes impliquées devient forcément limitée et les solutions trouvées risquent de manquer de durabilité. Le désir de rester anonyme est compréhensible et légitime, souvent motivé par la peur de représailles professionnelles ou financières.

Lors de la table ronde au Locarno Film Festival, il a été rappelé que le souhait de la victime devait toujours être respecté. Cela ne signifie pas qu'il faille ignorer les autres aspects du problème, mais l'objectif doit être de créer des conditions dans lesquelles les victimes peuvent se défendre avec moins de crainte. Pendant la manifestation, la question a été soulevée : notre société actuelle ne «protège-t-elle pas trop les auteurs»? Il est nécessaire de garantir la protection des individus contre la diffamation et les fausses accusations, mais il est tout aussi important de rappeler que nos lois prévoient des sanctions claires pour le harcèlement sexuel lorsqu'une plainte est déposée.

Centres de consultation

Cela ne s'est pas encore produit dans le secteur cinématographique suisse, bien que des cas soient connus. En revanche, des efforts ont été faits pour mettre en place des centres de conseil et d'accueil. Ceux-ci peuvent prendre différentes formes: soit un employeur, par exemple une société de production, cherche à trouver une solution interne, soit le secteur s'accorde sur une solution externe. Turnus Film a, par exemple, instauré plusieurs mesures. D'une part, chaque contrat de travail comportera désormais une clause permettant un licenciement immédiat en cas de comportement inapproprié. La société de production a également aligné son code de conduite concernant le harcèlement sexuel, discriminatoire et général sur celui de Netflix, adoptant ainsi une politique de «tolérance zéro». Reste à voir comment cela se traduira concrètement, et quelles seront les conséquences si ces licenciements ont un impact significatif, notamment financier, sur la production.

En deuxième mesure, les membres du Groupe d'intérêt des producteur·trice·s indépendant·e·s de films suisses ont pu engager Agota Lavoyer comme personne de confiance externe. Les personnes concernées peuvent la contacter à tout moment pour obtenir des conseils, en sa qualité d’auteure et experte en matière de violence sexuelle.

Des initiatives commencent à émerger dans le secteur. Les codes de conduite se multiplient, des réunions de travail régulières sont organisées sur ce sujet, et un groupe de travail, comprenant notamment la présidente de Suissimage, Mäder-Garamvölgyi, et Matthias Bücher de l'Office fédéral de la culture, s'efforce de faire entendre sa voix au niveau fédéral. Cependant, en l'absence d'enquêtes significatives, même sur une base anonyme, il est difficile d'évaluer l'ampleur du problème. Il ne reste plus qu'à attendre les prochaines actions.

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Giona A. Nazzaro und SWAN-Vorstandsmitglied Ksenia Ignatenko© Delphine Luchetta

Que disent les chiffres?

Avant la table ronde, le directeur artistique du Locarno Film Festival, Giona A. Nazzaro, a présenté un relevé qui détaille la participation au festival en fonction du genre. Depuis des années, à l'initiative de SWAN, le festival s'engage à rendre publiques ces statistiques sur la parité, mais aussi à les commenter.

Les chiffres montrent un déséquilibre en faveur d'une plus grande représentation masculine au festival. Pour l'édition de cette année, les femmes (autodéclarées) ont présenté 27,4 % des longs métrages, contre 65,6 % pour les hommes. Dans la sélection finale, les femmes représentent 34,9 pour cent des longs métrages, les hommes 63,5 pour cent et les 1,6 pour cent restants concernent des couples de réalisateurs mixtes. Pour les courts métrages, les chiffres sont similaires.

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