Les origines humanitaires du FIFF
Cette année, le FIFF fêtait sa 40e édition. Ce fut également l'occasion de revenir sur les débuts du festival à Fribourg.
communiqué de presse 5 février 2025
Pour sa 39e édition, le Festival International du Film de Fribourg (FIFF) présente une vision irrésistible et sensible du cinéma sri-lankais contemporain dans sa section Nouveau territoire. Situé au Sud-Est de l’Inde, ce pays insulaire encore marqué par 26 ans de guerre civile (1983-2009), révèle pourtant une cinématographie pleine d’humour et de lucidité, qui se construit autant au pays que dans l’exil. Au programme, 9 longs métrages et 4 courts métrages sélectionnés avec l’aide de cinéastes du Sri Lanka, consulté·es par le réalisateur et curateur de la section Keerthigan Sivakumar. Des films pleins d’espoir à découvrir au FIFF, du 21 au 30 mars 2025, en présence de réalisatrices et réalisateurs de ce pays. Programme complet dès le 5 mars 2025 sur fiff.ch.
Malgré l’essor économique et culturel qu’a permis la fin de la domination coloniale britannique en 1948, le Sri Lanka a connu des changements politiques, rivalités ethniques et conflits armés – dont une guerre civile qui a ravagé le pays pendant plusieurs décennies. Bien que l’histoire récente témoigne de divisions persistantes entre les communautés cingalaises et tamoules, le cinéma sri-lankais donne l’espoir d’un apaisement. Le réalisateur Keerthigan Sivakumar, né en 1988 à Jaffna et arrivé en Suisse en tant que réfugié en 2009, a consulté d’autres cinéastes pour réunir une sélection représentative du paysage cinématographique sri-lankais de ces dix dernières années, en équilibre entre cinéma tamoul et cingalais. Le curateur de la section décrit «des films qui mettent en lumière l’influence trouble de l’Occident sur le Sri Lanka, les structures complexes des croyances religieuses et culturelles de ses différentes communautés, la pauvreté et les discriminations, la solidarité et l’amour. Si une grande partie du cinéma sri-lankais raconte les blessures et les traumatismes de l’une des plus longues guerres civiles de l’Asie récente, il sait aussi se montrer revêtu d’un autre costume que celui de la guerre.»
Pour preuve : c’est l’insolente et mordante comédie Tentigo (2023) qui a convaincu la direction artistique du FIFF de consacrer une section à ce cinéma en plein essor. Prix spécial du Jury lors du Tallinn Black Nights Film Festival en 2023, elle apporte un vent de fraîcheur au cinéma sri-lankais avec un sujet hilarant, qui se distingue des récits de guerre auxquels les cinéastes avaient habitué leur public. Lors du décès de leur père, deux fils désemparés découvrent que le cadavre est doté d’une solide érection, ce qui complique la préparation du corps pour la veillée funéraire. Aux côtés de cette comédie sur les traditions, le FIFF met à l’affiche des films tournés au pays, comme par exemple le poignant Dark Days of Heaven (2023), ou des films construits sur et depuis l’exil. Parmi eux, un thriller à la Scorsese, Little Jaffna (2024), situé au crépuscule de la guerre civile dans le quartier tamoul de Paris, ou encore le documentaire biographique Matangi/Maya/M.I.A. (2018) sur la rappeuse britannique d’origine tamoule M.I.A., qui raconte en images son exil et le racisme qu’elle a subi en tant que réfugiée. Les quatre films du programme de courts métrages – dont Le Gap (2024), réalisé par le curateur de la section – proposent également une narration intime et sincère de la diaspora, entre fascination et incompréhension.
Thierry Jobin, directeur artistique du FIFF, confirme que le cinéma sri-lankais répond à un double mouvement : «Il se construit autant à l’intérieur du pays que dans l’exil. Ces deux traditions se jaugent, se complètent, et se retrouvent dans la construction d’une histoire commune. Avec sa section, le Festival aimerait proposer un espace de réconciliation et de tolérance, en programmant côte à côte des productions cingalaises et tamoules, dont les communautés cohabitent déjà au Sri Lanka comme en Suisse.» Le public du FIFF est invité à explorer un pays raconté par celles et ceux qui y vivent, et par celles et ceux qui l’ont quitté : plusieurs voix qui finalement se recoupent pour dépeindre un portrait sincère, bigarré et plein d’espoir d’un pays en quête d’apaisement.
Des rencontres avec la diaspora sri-lankaise établie à Fribourg se tiendront dans le cadre du FIFForum. Thierry Jobin explique avoir échangé avec des membres de cette communauté, très enthousiaste à l’idée de pouvoir (re)découvrir des films sri-lankais, mais aussi de les présenter au public fribourgeois : «Les communautés cherchent à se réunir et à se rassembler, notamment à Fribourg. Le FIFF sera un superbe espace de retrouvailles.» Le dimanche 23 mars, deux tables rondes seront au programme : la première, Faire du cinéma sur le Sri Lanka, avec des réalisatrices et réalisateurs du Sri Lanka ; la seconde, avec des familles aussi bien tamoules que cingalaises établies à Fribourg, en collaboration avec le Département d’Histoire contemporaine de l’Université de Fribourg.
Avec cette rencontre, le FIFF dessine un des trois axes de collaboration avec l’Université de Fribourg. «Ce rapprochement évident a été longtemps souhaité, tant de la part du Festival que de l’Université. Fribourg est une ville estudiantine, et le Festival le ressent !», relève Thierry Jobin. Le partenariat se réalisera également autour de la section déjà annoncée Cinéma de genre : Meurtres et mystères, au cours d’une table ronde qui pointera les clichés de la fiction face à la réalité des enquêtes policières. Finalement, la conception de la section Décryptage est confiée au Département d’Histoire contemporaine : cette section qui met traditionnellement les projecteurs sur une question politique, sociétale ou culturelle propose cette année une plongée dans le cinéma africain au cœur de la Guerre froide, à travers trois films narrant des luttes personnelles et collectives. Avec pour titre Africa beyond the Cold War, elle questionne notamment la manière dont le système communiste a influencé le cinéma africain.
Par ailleurs, le FIFF annonce cette année la création d’un nouveau jury, qui aura pour mission de se prononcer sur les films de la Compétition internationale : Courts métrages. Créé en collaboration avec la fondation Pro Senectute Fribourg, il sera composé de trois cinéphiles senior·es. Cette démarche participe à l’inclusion des publics, favorisée par les différents projets de médiation culturelle du FIFF. Un appel à candidatures est en cours, chapeauté par Pro Senectute Fribourg. Informations et inscriptions (jusqu’au 14 février), à l’adresse [email protected].
(Communiqué)