L’inépuisable vitalité  du cinéma de genre
Giona A. Nazzaro, directeur artistique, Locarno Film Festival. © Locarno Film Festival / Ti-Press

L’inépuisable vitalité du cinéma de genre

Giona A. Nazzaro 29 juillet 2024

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Une constante authentique dans le flux des transformations économiques et structurelles de l’audiovisuel et de l’industrie cinématographique dans son ensemble, c’est la centralité quelque peu isolée (la contradiction est voulue) de ce qu’on appelle le cinéma de genre. Le public du cinéma de genre – nous n’ignorons pas que cette définition est généralement porteuse (hélas…) d’une condamnation (morale et esthétique) implicite (du moins pas trop) – est une tribu. Transversale, transnationale, fluide. En termes plus élevés, un lieu-narration. Une tribu qui, contrairement à ce qu’on imagine communément, loin d’être un fief incel, est en fait une terre multicolore. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le « cinéma d’horreur » s’est imposé comme une question au féminin. « She Will », de Charlotte Colbert – Prix pour la meilleure première œuvre à Locarno en 2021 et coup de cœur de Dario Argento, qui a décidé d’en devenir le producteur exécutif – en est un bon exemple. Sans parler du travail critique d’une Kier-La Janisse.

Le cinéma de genre (mais pourquoi ne pas juste l’appeler « cinéma » ?) s’est révélé comme la véritable poche de résistance de l’industrie du cinéma, surtout dans les années qui ont suivi la pandémie. Il suffit de penser aux nombreux fonds qui ont été créés pour le soutenir. D’ailleurs, son développement a été très marqué également dans le Sud (par exemple « Dachra », d’Abdelhamid Bouchnak, « Ashkal », de Youssef Chebbi, « Animalia », de Sofia Alaoui, pour ne citer que les plus évidents). S’il fallait une preuve par neuf, nous citerions le « Fantastic Pavilion » du Festival de Cannes, inauguré il y a deux ans.

En résumé, le cinéma de genre se porte très bien.

Ces dernières années, le Locarno Film Festival a été un observatoire majeur de cette vitalité, puisqu’il a été déterminant pour le succès de nombreux films. Le cas le plus marquant est bien sûr « Nightsiren », de Tereza Nvotová, Pardo d’Oro du Concorso Cineasti del Presente qui a eu un énorme succès international à l’issue du festival. « The Sadness », de Rob Jabbaz, présenté hors concours en 2021, est devenu un film culte du cinéma extrême. L’extraordinaire film d’action philippin « Topakk », de Richard V. Somes a conquis tout le monde après son passage hors compétition à Locarno. « Mad God », de Phil Tippett, Vision Award Ticinomoda en 2021, est aussitôt devenu partie intégrante de l’histoire du cinéma fantastique après sa première mondiale à Locarno. Le Raimondo Rezzonico Award de 2022 a été décerné à Jason Blum, patron de la société Blumhouse et figure clé du conseil d’administration du Sundance Institute.

Dans le genre appelé elevated horror, « Falling Stars », de Gabriel Bienczycki et Richard Karpala, a été présenté sur la Piazza Grande. Et « La Morsure », du très talentueux Romain de Saint-Blanquat, après avoir concouru dans la section Cineasti del Presente l’année dernière, a connu un vif succès critique et est actuellement visible dans les salles en France (et ailleurs).

Du côté du cinéma d’action, « Cop Secret », film d’action islandais aux tonalités LGBTQ+ subversives dirigé par Hannes Halldórsson – gardien de l’équipe nationale de football islandaise, un de ceux qui peuvent se targuer d’avoir bloqué le ballon de Messi au penalty – a été finaliste pour la meilleure comédie européenne aux European Film Awards après avoir été présenté à Locarno en 2021.

Par ailleurs, le festival prête une grande attention au nouveau cinéma fantastique italien, puisqu’il présente en première mondiale « Il mostro della cripta », de Daniele Misischia (produit chez les frères Manetti) et le très célébré « Mimì – Il principe delle tenebre », de Brando De Sica.

Le cinéma peut – ou devrait – s’inspirer de la vitalité du nouveau cinéma de genre afin de répondre aux transformations et aux attentes d’un public attentif, motivé et critique.

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