Pas moins de 31 (co)productions suisses sont au programme de Visions du Réel cette année, soit six de plus que l'an dernier. Elles rejoignent les 98 autres films sélectionnés, représentant un total de 57 pays, à découvrir du 4 au 13 avril. La 56e édition s'ouvrira également avec la première mondiale du film suisse «Blame», de Christian Frei.
La compétition internationale de longs métrages comprend «Nuit obscure - “Ain't I a Child?”» (coproduction entre la Suisse et la France, entre Noir Production, Alina Film et la RTS), du réalisateur français Sylvain George. Avec ce film, le cinéaste achève sa trilogie sur les politiques migratoires, en explorant cette fois les rues de la capitale française, après avoir suivi ses personnages au Maroc. Les deux premiers opus ont été lancés au Locarno Film Festival.
Dans la compétition Burning Lights, qui met en avant des longs-métrages aux formes narratives nouvelles – une sélection qui contient cette année près de la moitié de premiers films – nous verrons en première mondiale la coproduction franco-suisse «La Muraille» (Alva Film, Barberousse Films, RTS), de la réalisatrice Callisto Mc Nulty. Dans le sud-est de l'Espagne, le mur du sanatorium de Fontilles témoigne de la séparation entre lépreux et non lépreux; la cinéaste en explore la mémoire à travers divers témoignages. Également présenté en première mondiale, «The World Upside Down», d'Agostina Di Luciano et Leon Schwitter (Argentine, Suisse) mêle magie et réalité dans un petit village argentin.
Un concours national, une fenêtre sur le monde
Bien sûr, la compétition nationale est celle qui rassemble le plus grand nombre d'œuvres suisses. Cette année, la sélection compte douze films, tous projetés en première mondiale, dont huit sont des premiers films. Une sélection marquée par un intérêt prononcé pour les récits intimes, l'exploration de l'identité et des dynamiques familiales, et une réflexion sur notre rapport à l'environnement. Ce dernier thème est au cœur de «Colostrum» de Sayaka Mizuno, qui suit la vie quotidienne d'un agriculteur suisse et sa relation avec les animaux et la terre, alors qu'il accueille une jeune bénévole de la ville pendant un mois. «Only Ghosts in the Waves», d'Alexander Tank et Tobias Scharnagl, évoque, quant à lui, un monde lié à la mer et aux éléments naturels à Lampedusa, au cœur de la Méditerranée, à travers les yeux d'Enrico Naso, le croque-mort de l'île.
Alors que «Fitting In», de Fabienne Steiner, se concentre sur les tensions entre l'héritage colonial, les privilèges et l'inclusion dans une université sud-africaine, «Les Vies d'Andrès», de Baptiste Janon et Rémi Pons, transpose un personnage de B. Traven dans le présent. En suivant un chauffeur de camion pris dans une spirale d’épuisement où travailleur·euse·s et système s’usent mutuellement. Avec «Sediments», Laura Coppens remonte le fil de l'histoire allemande, à travers les échanges avec son grand-père, tissant un récit sur la mémoire et la responsabilité individuelle face à la dictature.
Parmi les œuvres à découvrir à Visions du Réel, certaines plongent enfin au cœur d'un questionnement existentiel. Le «Song of Breath», de Simona Canonica, explore le souffle de vie à travers trois cultures, entre respiration, voix et quête intérieure. Enfin «Wider Than the Sky», de Valerio Jalongo, interroge la possibilité de transmettre l'empathie et l'imagination humaines à l'IA, à travers le regard de scientifiques, d'artistes et de danseur·euse·s. Une réflexion plus que jamais d'actualité.