«$hare» a pour mission de raconter une histoire singulière. Pour mener à bien son projet, Katja Meier, productrice et créatrice de la série, s’aventure en terrain inédit.
Au début de l’année, le quotidien britannique « The Guardian » consacrait un article intéressant à la Suissesse Katja Meier. On y découvrait que, lors du développement de sa série « $hare », on l’avait à plusieurs reprises incitée à rajeunir son héroïne : une protagoniste de 59 ans risquait, selon des voix aguerries du milieu, de décourager des financeurs potentiels.
Des plateformes innovantes pour des histoires inédites
Katja Meier a tenu bon. Si son projet s’est confronté à la frilosité d’un milieu où une héroïne de plus de 50 ans reste encore une audace, il a aussi suscité beaucoup d’enthousiasme. Ainsi, l’édition britannique du Writers Lab – une organisation à but non lucratif fondée en 2015 aux États-Unis pour soutenir les scénaristes femmes et non binaires de plus de 40 ans développant des projets en anglais – a trouvé dans « $hare » un candidat idéal. Située dans les Alpes suisses, la série met en scène une entrepreneuse britanno-suisse bien décidée à bousculer le secteur de l’industrie minière et du commerce des matières premières. Le programme Writers Lab a accompagné le développement du scénario et contribué à la production d’un premier épisode pilote, tourné en 2024 dans les Grisons.
Originaire d’Argovie, Katja Meier vit désormais principalement en Italie, après plusieurs déménagements. La recherche de partenaires pour la première saison l’a ouverte au monde international de la production de séries. Ce projet l’oblige à repenser les modes de financement traditionnels en Suisse. Comme « $hare » est destiné à un public international, avec des dialogues en anglais, la participation de la SRF en tant que partenaire semble peu probable.
“Cette transparence est essentielle pour corriger les disparités historiques entre les rémunérations des hommes et des femmes, en particulier dans les secteurs de la télévision et du cinéma” Katja Meier
En même temps, Katja Meier ne se fait guère d’illusions quant à une éventuelle coproduction avec une grande plateforme de streaming, même si elle tient à « ne fermer aucune porte ». Pour elle et son équipe, garantir des conditions de travail équitables, notamment la transparence salariale, est primordial – un principe encore loin d’être acquis dans l’industrie. « Cette transparence est essentielle pour corriger les disparités historiques entre les rémunérations des hommes et des femmes, en particulier dans les secteurs de la télévision et du cinéma », souligne-t-elle. Pour concrétiser son projet, Katja Meier a fondé sa propre société de production, Zenka Films, et s’est entourée de collaboratrices de confiance : Delia Mayer, réalisatrice de l’épisode pilote, Isabelle Simmen, cheffe opératrice, et la monteuse polonaise Kamila Gazda.
Un parcours escarpé
À écouter Katja Meier, les correspondances entre son parcours et celui de la protagoniste de « $hare » sautent aux yeux. Toutes deux doivent s’imposer dans une industrie encore largement régie par des codes établis. Ces parallèles sont apparus à plusieurs reprises lors du tournage du premier épisode, sur les flancs alpins : une expérience exigeante mais enrichissante. « C’est assez parlant que nous filmions dans un cadre à la fois magnifique et éprouvant », songe-t-elle. Elle y voit une métaphore du travail fourni pour mener à bien son projet selon ses propres principes et conditions : « C’est un peu comme si nous devions baliser nous-mêmes nos chemins. » Un processus ardu, mais qu’elle vit avant tout comme une aventure.
Grâce à sa détermination, Katja Meier a déjà su rallier plusieurs acteurs du secteur, comme le Migros Story Lab, qui a soutenu le développement initial de la série, et le Writers Lab. La présentation de son épisode pilote, au printemps dernier, l’a conduite de New York au prestigieux SeriesFest de Denver, où elle a pu nouer de précieux contacts avec le milieu américain. Le traitement de la première saison est prêt, et le tournage pourrait démarrer dès que l’organisation sera finalisée. Tout récemment, « $hare » a également été retenu par One Planet Lab, une initiative intersectorielle du WWF qui encourage les productions narratives abordant la durabilité économique.
Katja Meier est optimiste quant à la concrétisation de son projet avec sa protagoniste quinquagénaire. Certaines tendances observées dans les secteurs de la télévision et du cinéma semblent lui donner raison. Les données de l’Office fédéral de la culture, collectées depuis plusieurs années, montrent une augmentation du nombre de rôles principaux et de rôles parlants pour des personnages féminins de plus de 50 ans, même si ces derniers restent sous-représentés par rapport aux rôles de femmes plus jeunes et d’hommes du même âge. « Cela ne changera que lorsqu’il y aura de vrais modèles à suivre », insiste Katja Meier. C’est exactement à cela qu’elle s’attelle.
L’OFC souligne également le rôle décisif des réalisatrices et créatrices de séries comme Katja Meier, ainsi que de ses collaboratrices Delia Mayer, Kamila Gazda et Isabelle Simmen. Ce sont en effet les femmes derrière la caméra qui contribuent le plus à la représentation à l’écran de personnages correspondant à leur sexe et à leurs tranches d’âge. Si elle se concrétise, la série « $hare » constituerait ainsi une contribution particulièrement prometteuse.