Le court métrage n’est pas une forme mineure. La preuve ? Depuis vingt ans, seuls deux longs métrages ont réussi à se qualifier pour un Oscar : « Ma vie de Courgette », un film d’animation, et « I Am not your Negro », un documentaire. Aucune fiction. Dans le même laps de temps, non pas deux, ni trois, mais quatre courts helvétiques ont réussi le même exploit : « Auf der Strecke », de Reto Caffi, « Parvaneh », de Talkhon Hamzavi, « La femme et le TGV », de Timo von Gunten et « Ala Kachuu », de Maria Brendle. Pour atteindre un tel niveau d’exposition, il est essentiel d’être visible dans les festivals. Ils existent dans tous les pays, des plus pointus aux plus grand public, sur tous les thèmes ; difficile de se repérer, et donc d’exister, dans cette offre pléthorique où la compétition est rude.
Conseils à 360 degrés
Pour y arriver, les producteur·trice·s, réalisateur·trice·s et écoles de cinéma peuvent compter sur Sylvain Vaucher. Responsable des courts métrages au sein de Swiss Films, l’agence de promotion du cinéma suisse, il travaille main dans la main avec les équipes des films pour les orienter : « Je suis à l’interface entre les Suisses et, à l’international, les programmateur·trice·s, les délégué·e·s des festivals, les journalistes, ou encore les sociétés de ventes mondiales et de distribution en festivals. »
Ce fin connaisseur du marché conseille les ayants droit pour placer les films et évaluer le potentiel de telle ou telle production en cours : « Les producteur·trice·s peuvent prendre contact avec moi pour parler de leurs films. Comme je suis tout seul, je dois trier pour réussir à donner le meilleur conseil dans un délai respectable. » En cas de sélection, et selon toute une série de conditions, Swiss Films peut proposer une aide financière, afin que réalisateur·trice·s et producteur·trice·s se rendent dans les festivals et créent un réseau.
En parallèle, Sylvain Vaucher répond aux festivals qui souhaitent sélectionner du cinéma suisse, soit dans des programmes dédiés, soit parce qu’ils organisent un focus, par exemple sur un·e cinéaste suisse. Ce travail est au cœur de la mission de promotion de Swiss Films. Par sa présence dans les marchés, les festivals internationaux et l’organisation ponctuelle de previews, son but est de susciter l’intérêt des programmateur·trice·s.
Des line-up sélectifs
Parmi les outils de promotion à sa disposition, Swiss Films édite également différents line-up , des sélections éditorialisées, dont deux par année sont dédiées aux courts métrages. Le premier sort juste avant le festival de Clermont-Ferrand en février et le second en septembre. « Les line-up donnent une visibilité supplémentaire aux films. Ils sont envoyés à tous nos contacts dans le monde. Je peux affirmer que les professionnel·le·s regardent ce line-up, j’ai des retours de nos partenaires régulièrement, il y a donc une émulation. »
Comment faire pour qu’un film atterrisse dans cette convoitée sélection ? « La base de données est l’outil qui nous permet de dresser des listes de films à prendre en considération, il est donc important d’entrer les informations sur les films dans le portal de Swiss Films et de les mettre à jour régulièrement. » Y compris avant que les films soient finis, puisque les line-up mettent également en avant des films en cours de production. « On regarde entre 150 et 200 courts pour une sélection de 30 titres, donc c’est une curation. On cherche un équilibre entre les différentes régions linguistiques, entre les films indépendants et ceux d’étudiant·e·s, entre les genres, entre les catégories. » Sylvain Vaucher travaille avec une externe pour cette sélection, depuis l’an passé, la programmatrice Annina Wettstein, « pour échanger et ne pas être seul à décider ». En ce qui concerne le domaine de l’animation, qui produit beaucoup et de très beaux courts métrages – et qui dispose de son propre line-up où courts et longs se côtoient – la sélection est faite en interne avec Marcel Müller, responsable des programmes chez Swiss Films.
La Short Film Library
En principe, les films des line-up se retrouvent sur la Short Film Library, une plateforme permettant aux délégué·e·s de festivals, acheteur·euse·s, distributeur·trice·s, exploitant·e·s et journalistes de cinéma de visionner pas loin de 800 courts suisses directement sur le site de Swiss Films (et qui a remplacé les éditions DVD en 2012). Sylvain Vaucher explique que c’est un « très bon outil, qui donne une visibilité en direct aux professionnel·le·s », mais pas n’importe lesquel·le·s ! « L’accès est résérvé à celles et ceux qui cherchent à acquérir ce contenu ou à en parler dans les médias. » Inutile donc, si vous êtes producteur·trice ou réalisateur·trice, de solliciter un accès !