La Suisse ne manque pas d’atouts pour la production cinématographique et produit des films de qualité. En revanche, elle reste moins compétitive que d’autres pays lorsqu’il s’agit d’attirer des productions étrangères. Cinéconomie s’engage pour que la Suisse puisse rivaliser à armes égales avec les destinations concurrentes. Les conditions-cadres de la création cinématographique, dont le rayonnement dépasse largement nos frontières, relèvent donc aussi de la politique d’attractivité.
L’obligation d’investissement imposée aux plateformes et chaînes de télévision suisses et étrangères, largement approuvée par le peuple en mai 2022, a renforcé la position de la Suisse comme lieu de production cinématographique et lui a permis de combler une partie de son retard. Le rejet, en mars dernier, de l’initiative visant à diviser par deux le financement de la SSR a par ailleurs évité un affaiblissement majeur, qui aurait également réduit sa capacité à soutenir les coproductions et les films de commande. Le Conseil fédéral ayant décidé de réduire la redevance, les perspectives à long terme restent néanmoins incertaines, et il n’est pas sûr que la SSR puisse maintenir, dans le cadre du Pacte de l’audiovisuel, son engagement au niveau actuel. Or ce pilier doit rester solide si nous voulons préserver la qualité et la diversité du cinéma suisse – et, à travers lui, notre histoire et notre identité.
Pour un dispositif national d’incitation à la production cinématographique
Malgré l’obligation d’investissement récemment introduite et le rôle essentiel de la SSR dans le soutien à la production, la Suisse reste une île. Non pas une île bienheureuse, mais une île moins bien armée que ses voisins, puisqu’elle est le seul pays d’Europe centrale à ne disposer d’aucun dispositif national d’incitation susceptible d’en faire un lieu de tournage attractif pour les productions étrangères. Plus de 30 pays, dont ceux qui nous entourent, se sont dotés de mesures d’incitation nationales pour attirer les productions internationales et retenir la valeur ajoutée sur leur territoire. Nos dispositifs régionaux ne suffisent plus, à eux seuls, à soutenir efficacement la production de séries ou de longs métrages. Résultat : même des productions portant des histoires et des sujets suisses partent se tourner dans des pays dotés de telles mesures d’incitation. Il est absurde qu’une grande production aussi typiquement suisse que le film sur Guillaume Tell, dotée d’un budget de plus de 40 millions de francs, ait été tournée à Rome et dans le Tyrol du Sud. La valeur ajoutée échappe ainsi à l’économie nationale et à ses PME, et la Suisse elle-même finit par être quasiment absente des films et des séries.
Promotion économique : du régional au national
Face à ce constat, notre revendication est simple : un dispositif suisse d’incitation qui apporte davantage de « Swissness ». La Confédération ne peut entrer en scène que si elle en a les moyens légaux. Or, si la Constitution fédérale prévoit bien un encouragement du cinéma suisse (art. 71 Cst.), celui-ci ne couvre pas la production de films étrangers en Suisse. Il est donc nécessaire de passer par la promotion économique, comme le font déjà plusieurs régions du pays. En Valais, au Tessin, à Zurich et en Suisse centrale, les organismes de promotion économique ont déjà identifié le potentiel du cinéma et proposent des soutiens sous forme de mesures d’incitation. Ces engagements régionaux sont importants, mais insuffisants pour garantir la compétitivité internationale de la Suisse. Cinéconomie demande donc que le cinéma soit reconnu comme une composante à part entière de l’économie suisse dans le cadre de la promotion économique 2028-2031. Concrètement, nous proposons de consacrer 40 millions de francs à une phase pilote de quatre ans, destinée à mettre en place des structures et à soutenir de premiers projets. L’objectif est de renforcer la Suisse comme lieu de production cinématographique de manière efficace et financièrement viable.