Letterboxd, un pont entre cinéphiles et salles de cinéma
David Larkin, cofondateur de Letterboxd. © Letterboxd

Letterboxd, un pont entre cinéphiles et salles de cinéma

Adrien Kuenzy 4 mars 2025

À l’occasion de sa participation à Cinema Vision 2030 lors de la Berlinale, David Larkin, directeur commercial de Letterboxd, revient sur la croissance de la plateforme et son rôle dans l’évolution des pratiques cinéphiles.

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Letterboxd a connu une croissance impressionnante cette année, avec une augmentation de 50 % de sa communauté. Comment expliquez-vous cet essor et quelles stratégies ont été les plus efficaces pour attirer de nouveaux membres?

La croissance de Letterboxd repose en grande partie sur le bouche-à-oreille et notre présence sur les réseaux sociaux. Nous produisons du contenu engageant avec des réalisateur·trice·s, des acteur·trice·s et d’autres talents du cinéma, ce qui attire beaucoup d’attention. Nous atteignons aussi un seuil critique : dans certaines salles de cinéma, la moitié du public est déjà membre de Letterboxd. L’engouement pour le cinéma en salle parmi les jeunes joue aussi un rôle clé. La plateforme offre un espace social où l’on peut parler de films sans être parasité par des débats inutiles. C’est un lieu d’échange et de plaisir.

Avec son expansion, comment Letterboxd parvient-elle à conserver son authenticité en tant qu’espace de discussion cinéphile?

Nous avons une équipe dédiée à la modération, ce qui garantit un espace d’échange sain. Mais ce qui fait vraiment la différence, c’est la culture de Letterboxd : nos utilisateur·trice·s viennent pour parler de cinéma, pas pour chercher la polémique. Ce n’est pas un hasard si la plateforme reste un espace bienveillant.

La création de listes et le partage d’opinions sont au cœur du site. Quel rôle jouent-ils dans la découverte de films, notamment en salle?

Les utilisateur·trice·s viennent chez nous autant pour partager leurs goûts que pour découvrir de nouveaux films. Les listes, surtout celles qui sont créatives ou personnelles, jouent un rôle essentiel dans cette dynamique. Elles permettent de mettre en avant des œuvres sous un angle original et suscitent l’intérêt de la communauté.

Les statistiques et tendances que vous publiez, notamment en fin d’année, peuvent-elles aider les cinémas à mieux comprendre et attirer leur public?

Letterboxd est comme un « cours de cinéma » pour de nombreux jeunes cinéphiles : plus on apprend, plus on veut en savoir. Les salles qui programment intelligemment, en tenant compte des films qui suscitent un engouement sur notre plateforme, peuvent capter cet intérêt. L’exemple de «Oldboy» restauré et reprogrammé en salle par Neon est parlant : il y avait une vraie attente, et la sortie a été un succès. Aujourd’hui, l’intérêt des spectateur·trice·s dépasse largement les nouveautés ; il y a une forte demande pour les films de répertoire. Les cinémas qui savent répondre à cela peuvent attirer un public fidèle.

Travaillez-vous directement avec les cinémas ou s’agit-il d’initiatives isolées?

Nous collaborons avec plusieurs salles, mais il n’y a pas encore de stratégie uniforme. Certains cinémas utilisent nos comptes Headquarters pour créer des mini-communautés sur Letterboxd. D’autres encouragent les spectateur·trice·s à taguer leurs avis avec le nom du cinéma. L’idée est d’expérimenter différentes approches et d’identifier les meilleures pratiques. Nous savons qu’une grande partie des spectateur·trice·s des salles indépendantes sont aussi membres de Letterboxd. Il y a donc une vraie opportunité de synergie.

Les tendances sur Letterboxd diffèrent souvent des films mis en avant par l’industrie traditionnelle. Comment voyez-vous évoluer les préférences du public?

Notre site rassemble de nombreuses communautés : amateur·trice·s de films d’horreur, de comédies romantiques, de cinéma asiatique… Chaque groupe a ses propres tendances. Par exemple, on a observé un engouement récent pour le cinéma indien et l’horreur indonésienne, sans explication évidente. Notre rôle n’est pas d’orienter ces tendances, mais de laisser la communauté s’exprimer librement.

Des films comme «Hundreds of Beavers» ont trouvé le succès grâce à des stratégies de distribution alternatives et au bouche-à-oreille numérique. Pensez-vous que les salles devraient s’inspirer de ces modèles?

«Hundreds of Beavers» est un cas unique, pensé en amont par ses créateur·trice·s. Tous les films ne peuvent pas suivre cette même stratégie, mais cela montre qu’il est possible de prendre des initiatives en dehors des circuits classiques. L’essentiel est de ne pas attendre d’être découvert, mais de créer soi-même une dynamique.

Comment imaginez-vous l’évolution de Letterboxd dans les dix prochaines années?

J’aimerais éventuellement intégrer les séries TV sur la plateforme, ce qui pourrait enrichir le dialogue entre cinéma et télévision. Nous réfléchissons aussi à intégrer davantage de contenu vidéo, mais sans dénaturer l’esprit de la plateforme, qui repose sur l’écrit et l’échange d’idées. Nous prenons notre temps pour ces évolutions, car notre site continue de croître rapidement. Pour l’instant, notre priorité est de préserver ce qui fait le succès de Letterboxd : un espace où les cinéphiles peuvent échanger librement et passionnément.

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