L’industrie du cinéma, en particulier celle des films d’action, repose sur un art souvent invisible : celui des cascadeur·euse·s. Derrière les scènes où les voitures s’envolent et où les acteur·trice·s défient les lois de la gravité, se cachent des professionnel·le·s chevronné·e·s, expert·e·s en adrénaline et en sécurité. En Suisse, le nom de Marcel Stucki commence à résonner dans le monde des cascades. Depuis plus de 20 ans, il travaille à la fois comme cascadeur et coordinateur, ayant contribué à plus de 80 productions cinématographiques, tant sur le territoire suisse qu’à l’international. Pourtant, malgré ses réalisations, il estime que le métier n’a pas encore obtenu la reconnaissance qu’il mérite.
Construire le succès
Marcel Stucki a récemment coproduit plusieurs projets marquants. Parmi eux, le court métrage d’action « Buon Appetito », de Tanguy Guinchard, ainsi que deux documentaires : « Am Filmset von “ Mad Heidi ” », qui révèle les coulisses des cascades du film « Mad Heidi », desquelles il était responsable, et « Am Filmset von “ Neumatt ” », à découvrir sur Play Suisse dès octobre 2024. Ce dernier suit la réalisation d’une cascade automobile complexe pour la série « Neumatt », mettant en lumière chaque étape de la collaboration avec le cascadeur.
Le chemin de Marcel Stucki, aujourd’hui âgé de 42 ans, a débuté de manière peu conventionnelle. Après un apprentissage en chimie, il s’oriente vers les cascades en suivant une formation en Allemagne, puis aux États-Unis. « C’était une révélation pour moi. J’étais déjà gymnaste et plongeur, donc les bases physiques étaient là. Ils m’ont dit que j’avais un potentiel, ça m’a motivé », confie-t-il. De retour en Suisse, il a dû développer son réseau pour se faire connaître, créant un showreel et cherchant des opportunités de travail. « Il m’a fallu environ cinq ans pour vraiment m’établir dans le milieu. Tout se construit autour des relations humaines. »
En 2012, Marcel Stucki fonde sa propre entreprise, Stucki Action, après dix ans de travail en freelance. « L’une des principales raisons était de rendre les choses plus professionnelles, notamment en matière d’assurance », explique-t-il. Désormais, son entreprise permet d’offrir une couverture d’assurance adéquate à ses collaborateur·trice·s. Stucki Action ne se limite pas à la coordination des cascades. La société est également une maison de production indépendante, active sur plusieurs fronts.
Un manque de reconnaissance
Malgré ces succès, l’homme constate que la reconnaissance des cascadeur·euse·s en Suisse reste insuffisante. « Beaucoup de producteur·trice·s ne se rendent pas compte de tout le travail de préparation derrière chaque cascade. Ils ne voient que la performance finale, mais 80 à 90 % du travail, c’est la préparation », souligne-t-il.
En plus de son travail sur les plateaux, Marcel Stucki est membre actif du Syndicat suisse film et vidéo (SSFV). Au sein de cette organisation, il s’engage pour des normes élevées en matière de sécurité et de rémunération. « Nous avons mis en place des évaluations des risques pour chaque cascade, similaires à celles appliquées en Allemagne et en Autriche », explique-t-il, espérant que ces standards deviendront bientôt obligatoires en Suisse.
Un autre enjeu majeur pour les cascadeur·euse·s en Suisse est la gestion de leurs droits d’auteur. Grâce à l’organisation Swissperform, les cascadeur·euse·s peuvent désormais bénéficier de droits d’auteur pour leurs performances. « Cette reconnaissance est le fruit de plus de dix ans d’efforts, précise Marcel Stucki. Cependant, il reste encore du chemin à parcourir pour que les coordinateur·trice·s de cascades voient également leurs droits pleinement reconnus. »
En ce qui concerne les revenus, Marcel Stucki note que les cascadeur·euse·s en Suisse gagnent entre 900 et 1000 francs suisses par jour, tandis que les coordinateur·trice·s perçoivent environ 1350 francs par jour. Le marché, bien que petit, regroupe environ 15 à 20 professionnel·le·s expérimenté·e·s, ce qui pousse certain·e·s à travailler à l’international ou à diversifier leurs activités. Les nouvelles technologies, notamment la production virtuelle et les effets spéciaux, transforment également le métier. « Elles permettent de créer des environnements virtuels et de supprimer numériquement les éléments de sécurité. Mais les cascades physiques restent essentielles. »