Le Tessin a besoin de deux procédures distinctes
Alessandra Gavin-Müller. © zvg

Le Tessin a besoin de deux procédures distinctes

Chiara Fanetti 15 juillet 2024

Rencontre avec la réalisatrice et scénariste Alessandra Gavin-Müller, qui, forte de son expérience, et en vertu d’un certain état d’esprit, a développé un regard intéressant sur le secteur de l’audiovisuel en Suisse italienne.

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Comme exemples de fictions et de documentaires innovants, Alessandra Gavin-Müller cite toute une série de films réalisés pour la Radiotelevisione svizzera (RSI) au fil des années : « La cà vegia », de Bruno Soldini (1978), «Le sorelle Guerra», de Francesca Molo (2003), «La straordinaria storia di Redolfina», de Mirto Storni (2004).

Des projets qui partagent l’approche consistant à appuyer le récit par les moyens à disposition, en trouvant des formes filmiques particulières, différentes manières de diriger les acteur·trice·s ou encore par le recours aux scénarios et aux dialogues improvisés et spontanés.

« Ma génération ne connaissait pas encore les écoles de cinéma “ à domicile ”. Les Romand·e·s allaient en France, les Alémaniques se rendaient à Munich ou à Berlin, alors qu’au Tessin, il y avait des enseignant·e·s ou des journalistes qui suivaient le “ cinéma du réel ”, c’est-à-dire qu’ils prenaient une caméra et se mettaient à tourner. Pour ma part, j’ai commencé grâce à mon oncle, qui m’avait offert une Super 8, et grâce à mon enseignante de français au gymnase, qui avait pris mon désir de devenir réalisatrice au sérieux », nous confie-t-elle. Un environnement bien différent de celui qu’elle connaîtra à Londres dans les années 1990, où le cinéma sera aussi une industrie, faite de profit et de compétition.

Peut-être est-ce justement grâce à cette double expérience qu’Alessandra Gavin-Müller a développé d’une part un esprit d’entrepreneuse – qui lui fait notamment comprendre l’importance de l’esprit d’entreprise pour la recherche des fonds et d’une maison de production motivée – et d’autre part la conviction qu’il faut parfois briser les règles, expérimenter et tirer profit des obstacles : se débrouiller pour réaliser ses idées.

Économie du cinéma

« Ce qui m’importe le plus, c’est de continuer à raconter le monde vu d’ici, du Tessin. Pas parce qu’il serait meilleur ou pire, mais parce qu’il permet un point de vue spécifique, qui a ses particularités. » D’après elle, les régions éloignées des grands centres sont souvent des terres plus fertiles afin de développer d’autres points de vue, et c’est quelque chose qu’elle a également constaté en observant les travaux de diplôme de plusieurs écoles de cinéma du pays: il est souvent facile de reconnaître de quelle institution est issu tel court métrage, surtout lorsqu’il s’agit des écoles les plus connues, comme Zurich ou Lausanne. « Le risque, c’est que tout cela devienne quelque chose d’un peu uniforme. En revanche, j’ai été frappée par les productions de celle de Lucerne, très intéressantes, tant dans le champ de la fiction que dans celui des documentaires. »

Quant au Tessin, la remarque qui jaillit aussitôt concerne un autre domaine : « Je trouve le fait que le canton ne dispose pas (à l’exception du Fonds FilmPlus de la Suisse italienne, géré par le Bureau de fonds Swisslos en collaboration avec la Division de la culture et des études universitaires) d’un vrai budget pour la production cinématographique plutôt absurde. Il n’y a pas eu jusqu’à présent de politique cohérente en la matière. La Suisse italienne a une école de cinéma, il y a des personnes qui suivent une formation pour exercer les différentes professions liées au cinéma ; il y a un écosystème, mais il manque les mesures pour l’alimenter.»

Selon Alessandra Gavin-Müller, cette absence fait qu’il est difficile de convaincre à investir dans l’audiovisuel même les privé·e·s, car cela rend toute la machine trop dépendante de la disponibilité des fonds publics. « La Ticino Film Commission mène un important travail de médiation afin de faire comprendre à la politique tessinoise que le cinéma est une économie, qui génère des entrées même lorsqu’un film n’a peut-être pas le succès escompté. Cela suppose que des personnes travaillent, voire s’installent et paient des impôts ici ; sans compter que certain·e·s auteur·trice·s touchent aussi des droits. » Et à l’industrie créative proprement dite s’ajoutent l’hôtellerie, la restauration et bien d’autres secteurs.

D’ailleurs, les fonds publics ont une disponibilité limitée, et actuellement il y a plusieurs générations actives parallèlement qui demandent que l’écosystème du cinéma soit soutenu. Que faire alors ? « Il faut, comme cela se fait dans d’autres pays, s’atteler à trouver des financements ailleurs. La collaboration avec les privé·e·s est un travail de longue haleine, il faut les convaincre et surtout leur faire comprendre – aussi aux institutions et aux fondations – que trois millions de francs pour un dossier, c’est trop, mais que cinq mille ne suffisent pas. »

« Il faut deux procédures »

Alessandra Gavin-Müller, qui connaît bien la situation tessinoise de l’intérieur et qui l’a aussi observée d’un point de vue national, le dit avec calme et assurance : « La production de films devrait connaître deux procédures distinctes. L’une, classique, est celle destinée aux productions de grande envergure, qui disposent de moyens suffisants pour s’affirmer sur la scène internationale. Ce sont des travaux plus longs, qui requièrent plus de temps pour trouver les fonds et dans lesquels de nombreuses personnes ont leur avis à donner. L’autre procédure doit être plus légère, destinée à des projets à réaliser avec moins de moyens, à des films qu’on peut tourner avec un budget d’un demi-million. » Il est donc fondamental de savoir exactement ce qu’on est en train d’écrire, comment on tournera le film, et, enfin, on doit être disposé à sacrifier certaines finesses. Mais cet aspect n’est pas forcément négatif pour Alessandra, car il augmenterait la variété des propositions et, surtout, permettrait à davantage de professionnel·le·s de travailler avec une certaine continuité. « Il faut expérimenter, trouver de nouvelles formes dramaturgiques et de récit visuel. C’est aussi dans cet esprit que j’ai créé la Palestrina à Lugano, un projet que je mène depuis une année et qui vise à tester mensuellement de nouvelles manières de travailler avec les acteur·trice·s, par exemple avec la méthode Meisner – une sorte de gymnastique dramaturgique. »

Fast Track

Le modèle qu’Alessandra Gavin-Müller propose pour le Tessin s’inspire du fonds Fast Track de la Zürcher Filmstiftung, explicitement destiné à des œuvres audiovisuelles innovantes visant à expérimenter des formats originaux, avec des films conçus pour être tournés avec un demi-million de francs. Trois œuvres sont subventionnées annuellement, la limite du budget de production étant pour chacune fixée à 400’000 francs. Le fonds prend ainsi en charge 80 % des coûts, mais à condition que les 20 % restants soient assurés par le·la requérant·e. « Trois projets de ce type par année seraient sans doute trop pour le Tessin. Mais je trouve intéressant le fait que le·la requérant·e doive apporter 20 % du financement. » Un modèle qui suppose de la part des requérant·e·s un certain degré d’expérience professionnelle, une disposition à prendre des risques et surtout un projet très motivé.

Biographie

Alessandra Gavin-Müller (*1966) est réalisatrice et scénariste. Après avoir étudié l’histoire de l’art à Genève, elle a fréquenté la London International Film School.

De 2015 à 2019, elle a été membre de la Commission fédérale du cinéma à l’OFC. Elle a été active dans plusieurs fondations et associations liées au cinéma à l’échelon fédéral. Actuellement, elle est membre du conseil d’administration de la Società Svizzera degli Autori et de la Ticino Film Commission, où elle représente les réalisateur·trice·s et les scénaristes de la Suisse italienne. Depuis 1996, elle collabore avec la RSI, principalement pour la réalisation de documentaires. Parmi ses œuvres récentes, on trouve « Barbara adesso » (2019) et le court métrage « Lutto sospeso in tempi incerti » (2020), réalisé pour la Collezione Lockdown de la SSR. Entre autres projets en cours, mentionnons l’adaptation du roman « Matthias Berg » de l’écrivaine genevoise Yvette Z’Graggen.

Versione italiana originale

Al Ticino serve un doppio binario

Incontro con la regista e sceneggiatrice Alessandra Gavin-Müller, che grazie ad esperienza, attitudine e vissuto ha costruito uno sguardo interessante sul settore audiovisivo della Svizzera italiana.

Sono diversi i titoli che Alessandra Gavin-Müller cita come esempi di fiction e documentari innovativi realizzati, da diversi autori e autrici, per la RSI nel corso degli anni: «La cà vegia» di Bruno Soldini (1978), «Le sorelle Guerra» di Francesca Molo (2003), «La straordinaria storia di Redolfina» di Mirto Storni (2004).

In comune questi progetti hanno l’attitudine a sostenere il racconto con i mezzi a disposizione, trovando forme filmiche particolari, diverse modalità di direzione degli attori o ancora sceneggiature e dialoghi improvvisati e spontanei.  
«La mia generazione è ancora quella che non aveva le scuole di cinema ‘in casa’. I romandi andavano in Francia, dalla Svizzera interna partivano per Monaco o Berlino mentre in Ticino c’erano insegnanti o giornalisti che seguivano il cinéma du réel, prendevano una videocamera e iniziavano a girare. Io ho iniziato grazie a mio zio, che mi aveva regalato una Super 8, e grazie alla mia docente di francese al ginnasio, che aveva preso sul serio la mia volontà di diventare regista», ci racconta. Un contesto diverso da quello che poi incontrerà a Londra negli anni ’90, dove il cinema è anche un’industria, fatta di profitti e competizione. 

Forse è proprio grazie a questo duplice vissuto che Alessandra Gavin-Müller sviluppa da un lato uno spirito imprenditoriale - che le fa capire l’importanza dell’intraprendenza nella ricerca di fondi e di una casa di produzione motivata - e dall’altro la convinzione che si può andare contro certe regole, che si deve sperimentare e trarre vantaggio dagli ostacoli, ingegnandosi per riuscire a realizzare la propria idea. 

 

Economia del cinema

«Per me è importante continuare a raccontare il mondo partendo da qui, dal Ticino. Non perché sia meglio o peggio ma perché ha una sua caratteristica e un suo sguardo specifico». Per la regista nei territori lontani dai grandi centri spesso trovano terreno fertile punti di vista diversi, ed è qualcosa che ha riscontrato anche guardando i lavori di diploma delle scuole di cinema svizzere: spesso si riconosce subito da quale istituto proviene un certo cortometraggio, soprattutto quando si tratta delle scuole più conosciute, tra Zurigo e Losanna. «Il rischio è che diventi tutto un po’ uniforme. Sono rimasta sorpresa invece dalle produzioni della scuola di Lucerna, molto interessanti, sia nel campo della fiction che della documentaristica». 
Quando si parla di Ticino l’appunto che emerge però riguarda altro: «il fatto che il Cantone non abbia un vero e proprio budget per la produzione cinematografica, ad eccezione del Fondo FilmPlus (gestito dall'Ufficio fondi Swisslos che opera poi con la Divisione della cultura e degli studi universitari, ndr.), è piuttosto assurdo. Non c’è stata fino ad ora una vera visione. Sul territorio c’è una scuola di cinema, ci sono persone che si formano per svolgere lavori diversi nel settore, c’è un ecosistema, eppure non vengono messe in campo le misure che possono alimentarlo». 

Secondo Alessandra Gavin-Müller il fatto che a livello istituzionale ci sia questo scenario fa in modo che sia complicato anche convincere i privati a investire nell’audiovisivo, rendendo tutto l’ingranaggio troppo dipendente dalla disponibilità dei soli fondi statali. 

«La TicinoFilmCommission sta facendo un gran lavoro di mediazione per far capire alla politica ticinese che il cinema è un’economia, che genera guadagno anche se un film magari non riscuote successo. Ci sono maestranze che lavorano, che possono restare a vivere qui, che pagano le tasse, ci sono autori e autrici che possono ricevere dei diritti d’autore» e questo non riguarda solo l’industria creativa ma anche l’ospitalità, la ristorazione e molti altri settori.
I fondi pubblici d’altronde hanno una disponibilità limitata e ora ci sono diverse generazioni attive contemporaneamente, che chiedono di sostenere l’ecosistema cinema. Che fare quindi? «Bisogna attivarsi, come si fa in altri paesi, per trovare finanziamenti altrove. È un lavoro a lungo termine quello con i privati, bisogna convincerli e soprattutto far capire - anche a istituzioni e fondazioni - che non bisogna per forza dare tre milioni di franchi ad un singolo dossier ma nemmeno cinquemila».

 

«Ci vuole un doppio binario»

È molto sicura e calma mentre lo dice Alessandra Gavin-Müller, lei che il Ticino lo conosce bene dall’interno e lo ha osservato anche da un piano nazionale. «È necessario che qui si possa produrre su due binari. Uno è quello classico, con una grossa produzione che garantisca i mezzi adatti per potersi confrontare con il contesto internazionale. Sono lavori lunghi, che richiedono più tempo per trovare i fondi e che implicano molte persone che vogliono dire la loro. L’altro binario deve essere più leggero, destinato a mettere in piedi progetti con meno soldi, per storie che si possono girare con budget di mezzo milione». 

Ovviamente in una situazione di questo tipo è fondamentale sapere esattamente cosa si sta scrivendo, come si girerà il film ed essere pronti a rinunciare a delle finezze, ma questo contesto per Alessandra potrebbe essere positivo: andrebbe a nutrire la varietà delle proposte e soprattutto permetterebbe a più professionisti di lavorare con continuità. «Bisogna sperimentare, testare nuove forme drammaturgiche e di racconto visivo. È anche per questo che ho messo in piedi la ‘Palestrina’», un’idea che la regista porta avanti da un anno, a Lugano, e che propone, una volta al mese, di testare nuovi modi di lavorare con gli attori, ad esempio con il metodo Meisner. Una sorta di ginnastica drammaturgica.


«Fast Track»

Il modello che suggerisce Gavin-Müller per il Ticino si ispira a quello che già attua la Zürcher Filmstiftung con il fondo «Fast Track», destinato esplicitamente ad opere audiovisive innovative, che vogliono sperimentare formati insoliti con drammaturgie che sono pensate per essere girate con mezzo milione. I lavori sostenuti annualmente sono tre, ognuno non deve superare i 400’000 franchi di budget di produzione. Il fondo copre l'80% del finanziamento, solo dal momento che il restante 20% viene garantito dal richiedente. «Forse per il Ticino tre progetti di questo tipo all’anno sarebbero troppi ma trovo interessante che tu come richiedente devi portare il 20% del finanziamento”. 
Un fondo che necessita - da parte di chi ne vorrebbe fare uso - un certo grado d’esperienza professionale, la disponibilità a prendersi dei rischi e non da ultimo una produzione molto motivata. 

Biografia

Alessandra Gavin-Müller (*1966) è regista e sceneggiatrice. Dopo gli studi in Storia dell’Arte a Ginevra ha frequentato la London International Film School. Dal 2015 al 2019 è stata membro della Commissione Federale del Cinema dell’UFC. Negli anni è stata attiva in varie fondazioni e associazioni di categoria a livello federale. Attualmente fa parte del Consiglio di amministrazione della Società Svizzera degli Autori e della TicinoFilmCommission, dove rappresenta il Gruppo Registi e Sceneggiatori Svizzera italiana. Dal 1996 collabora con RSI, in particolare per la realizzazione di documentari. Alcuni suoi lavori recenti sono il film « Barbara adesso » (2019) e il corto « Lutto sospeso in tempi incerti» (2020), realizzato per la Collezione Lockdown della SSR. Tra i vari progetti in corso citiamo l’adattamento fiction di «Matthias Berg», della scrittrice ginevrina Yvette Z’Graggen.

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