Rédiger un dossier, une note d’intention, un
premier budget, guetter le calendrier des
commissions, déposer et attendre le verdict.
Ce processus familier disparaît, dès janvier,
pour toutes les demandes d’aide à l’écriture
et au développement auprès de Cinéforom.
L’organisme a décidé de changer son fonctionnement et passe à un modèle automatique qui encourage les investissements.
Concrètement, un producteur qui souhaite
obtenir des fonds pour l’écriture devra
engager une somme provenant d’un de ses
comptes de soutien (Succès Cinéma, Succès
Passage Antenne, Succès Zurich ou compte
de soutien Cinéforom), qui sera doublée par
l’institution – sans aucune ingérence dans le
développement. La limite est fixée à 30'000
francs par projet pour la fiction.
Ce changement intervient dans un
contexte où la plupart des organismes de
financement constatent une surcharge de
travail pour les commissions, due au nombre
élevé de demandes. « Nous avons cherché
comment améliorer la professionnalisation
de la branche et à encourager les auteur.e.s,
réalisateur.trice.s et product.trice.s à faire
de vrais choix, plutôt que de lancer des pro-
jets et d’attendre les avis des commissions
sélectives », explique Gérard Ruey, secrétaire
général de Cinéforom. Pour lui, si le système
suisse pouvait aller vers plus d’automatisme,
comme dans certains autres pays d’Europe,
ce serait favorable au développement de la
branche. «Je n’aurais pas dit ça il y a quelques
années, mais nous avons peut-être trop pris
en compte l’élément purement culturel et
créatif et insuffisamment la structuration de
la branche. »
Les mécanismes automatiques existent
déjà à Cinéforom – sous l’appellation « sou-
tien complémentaire » - et permettent de
compléter les sommes déjà engagées par
l’OFC ou la SSR dans le cadre du Pacte de l’audiovisuel. A noter aussi que les valorisations
du succès mises en place par les différents
organes et sur lesquelles les changements
de Cinéforom s’appuient sont aussi des systèmes automatiques. La discussion sur les mérites des systèmes automatiques, com-
parés aux systèmes sélectifs, est la même
depuis longtemps : « Il y a une frilosité des
auteur.e.s, qui pensent que l’automatisme
donne trop de poids au producteur.trice.
Mais ces deux corps de métier ne sont pas
ennemis, ils sont une paire indispensable ! »
Consultation éclair
Avant de soumettre le projet au vote du
Conseil de fondation, deux associations que
Cinéforom considère comme étant les relais
des professionnels ont été consultées : Fonction Cinéma et l’AROPA. Toutes deux se sont
dites favorables au changement à la fin du
mois d’août.
L’AROPA compte dans ses rangs toutes les
personnes ayant reçu des soutiens de Cinéforom dans le passé, donc des producteur.
trice.s ou des auteur.e.s-producteur.trice.s.
Le comité* ayant été élu, il a voté sans organiser de consultation élargie de ses membres,
qui ont été informés par la suite. «Nous
n’avons pas accepté ce changement par facilité, explique Joëlle Bertossa, productrice
et coprésidente de l’AROPA, au contraire,
il précarise plutôt notre situation. Il limite
également les projets qui s’autoproduisent
et la charge des commissions. » En tant que
productrice, elle estime logique de renforcer
le rôle de la production dans le financement
des films, puisqu’elle assume la responsabilité financière du projet.
Juste avant le vote, au début du mois
d’octobre, un groupe de professionnel.le.s a
adressé une lettre au Conseil de fondation de
Cinéforom et au comité de l’AROPA, signée
par 95 personnes, pour signaler ses inquiétudes face à ce changement. Les signataires
demandaient le report du vote et une meilleure consultation de la branche. Ils pointent
notamment la difficulté pour les producteur.
trice.s émergent.e.s d’accéder au soutien et
des aides non pas en fonction de la qualité
de chaque projet, mais des succès passés de
la société de production. « Il y a toujours des
inquiétudes au début, des questions, et puis
ensuite, la branche fait preuve d’une capacité d’adaptation remarquable », répond Gérard
Ruey. Quant aux personnes qui souhaitent
se lancer dans la production, Cinéforom et
l’AROPA soulignent qu’elles pourront toujours se tourner vers l’OFC, la SSA ou le Pour-
cent culturel Migros pour financer des premiers projets.
Le secrétariat de Cinéforom évaluera ce
nouveau mécanisme dans un premier rapport intermédiaire, probablement à la fin de
l’année 2018, et procèdera si nécessaire à des
ajustements. Les projections réalisées sur les
bases des chiffres de 2012 à 2016 montrent
qu’une aide automatique aurait soutenu 193
projets au lieu de 140, répartis sur 74 sociétés
différentes au lieu de 61 actuellement.
* Selon ses statuts, le comité de l’AROPA doit compter des membres des associations nationales, actuellement Fonction Cinéma, l’ARF/FDS, le GARP, le SFP, le GSFA/STFG et l’IG.
▶ Texte original: français
Les buts recherchés
- Accélérer: Les producteur.trice.s n’auront plus besoin d’attendre des réponses des commissions pour se lancer dans le développement d’un projet.
- Collaborer: Le binôme producteur.trice-auteur.e est renforcé si les commissions n’ont plus leur mot à dire sur de potentielles réécritures et ne peuvent plus servir d’excuse pour abandonner un projet.
- Assurer: Le travail des auteur.e.s est rémunéré avec transparence puisque les producteur.trice.s ne pourront pas utiliser plus de 15% du budget de développement pour leurs salaires et frais généraux.
- Inciter: Les producteur.trice.s qui mobilisent leurs fonds sont récompensés puisque plus ils engagent d’argent, plus ils en reçoivent.
- Former: Un.e jeune auteur.e a tout intérêt à rejoindre une structure existante plutôt qu’à monter sa propre boîte de production.
Les questions en suspens
- Animation: Les courts-métrages ne sont bonifiés que grâce au Succès Festival, ce qui place les animateur.trice.s dans une position extrêmement délicate, d’autant plus que leurs projets demandent des phases de développement importantes.
- Succès:Lorsque de nombreux films ont du succès en même temps, les bonifications de Succès Cinéma baissent, parfois jusqu’à 40% du montant promis, ce qui impacte les ressources disponibles et la planification.
- Disponibilité: Il serait souhaitable que l’accès au compte de soutien puisse se faire en cours d’année, par exemple avec un système d’acompte en anticipant sur les entrées de l’année.
- Explosion: Si les producteur.trice.s investissent massivement dans le développement de films, les fonds de Cinéforom pourraient ne pas suffire.
- Entreprise: Au moment de lancer une société de production, un.e producteur.trice qui ne dispose pas encore de compte de soutien ne pourra plus se tourner vers Cinéforom au moment du développement.
- Redevance: L’existence de Succès Passage Antenne est évidemment liée à l’avenir du Pacte de l’audiovisuel et donc de la SSR, dont le sort se jouera lors de la votation du 4 mars.