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Si les films suisses sont produits à l'étranger


07 août 2014

La «promotion de l'investissement dans la cinématographie en Suisse» (PiCS), également appelée encouragement lié au lieu de tournage, est la principale innovation de la politique cinématographique de la Confédération. Selon le Message culture 2016-2019, la nouvelle mesure d’encouragement devrait stimuler la réalisation de films et coproductions suisses sur le territoire helvétique et créer par là-même une certaine valeur ajoutée.

L’OFC prévoit à cet effet de financer de 20% au maximum les coûts de production en Suisse (salaires, honoraires, prestations d’entreprises suisses, etc.) Ceci devrait renforcer le côté «made in Switzerland» de la production indigène et améliorer la capacité concurrentielle de la Suisse comme lieu de production. Le régime prévoit 6 millions de francs supplémentaires par an pour encourager la réalisation de cinq à dix films de fiction ou documentaires chaque année, et ceci dès le mois de juillet 2016.

Parmi les institutions à avoir salué cette nouvelle mesure se trouve Cinésuisse. Dans sa prise de position sur le Message culture, l’Association faîtière de la branche cinématographique déplore le fait qu’une partie de la production suisse se voie de plus en plus souvent reléguée à l’étranger, considérant que la politique d’encouragement cinématographique de nos pays voisins serait plus attractive. De nombreux films suisses ne verraient jamais le jour avec un financement uniquement suisse, raison pour laquelle «Die schwarzen Brüder», par exemple, a été réalisé sous régie allemande et a été principalement tourné en Allemagne et au sud du Tyrol.

L’encouragement lié au lieu de tournage devrait permettre de maintenir 1'000 places de travail dans l’industrie cinématographique suisse et d’en créer de nouvelles – à condition de disposer de 10 millions de francs par année plutôt que des 6 millions prévus.

Mais quels films profiteront du PiCS? Comment l’argent sera-t-il réparti? Un point de controverse qui relève à vrai dire davantage de la question d’ordre philosophique, à savoir: l’encouragement à la culture peut-il encore supporter davantage d’automatismes? On est également en droit de se demander si cette insistance sur la suissitude ne présage pas une résurgence du provincialisme. Après tout, de nombreux sujets pertinents ne peuvent pas – ou pas seulement – être tournés en Suisse. Ne devrions-nous pas plutôt nous lier davantage avec nos voisins européens, à plus forte raison après la récente exclusion de la Suisse du programme MEDIA? Ou le nouvel encouragement lié au site de tournage permettra-t-il au contraire à l’industrie de s’ouvrir ?

Nous avons discuté de ces différentes questions avec Michael Steiger et Kaspar Kasics. Michael Steiger, producteur auprès de C-Films, est membre du groupe de travail de l’OFC actuellement en train de définir les modalités précises de l’aide liée au lieu de tournage dans le cadre des nouveaux régimes d’encouragement au cinéma (en font aussi partie Thomas Tribolet, Philippe Probst et Laurent Steiert en tant que représentant de l’OFC). Michael Steiger estime que l’encouragement lié au lieu de tournage aidera les producteurs suisses à renforcer leur position, notamment dans le cas des coproductions minoritaires. Il y voit donc la possibilité pour les producteurs suisses de gagner en attractivité au sein du contexte international, et espère voir émerger grâce à cela davantage de coproductions.

Kaspar Kasics, réalisateur et président de l’Association suisse des scénaristes et réalisateurs de films (ARF/FDS), accueille certes favorablement la nouvelle mesure, mais non sans quelques critiques. Ainsi, il met en garde contre le nombre croissant d’automatismes introduits dans les régimes d’aide, estimant que l’encouragement au cinéma devrait se baser sur des critères culturels et non économiques.

 

Kathrin Halter

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