MENU FERMER

Le cabinet d’absurdités de Jan-David Bolt

Alexandre Ducommun
08 juillet 2024

«God's Anus» questionne la bienveillance d'un être divin. © Fabienne Steiner

Mélangeant les genres avec habilité, le réalisateur saint-gallois propose à travers son cinema un observatoire de l'absurdité quotidienne.

Une foule de businessmen·women se mettent à ramper comme des escargots. Le court métrage «Phlegm», vainqueur de la compétition des courts métrages suisses au Festival International du Film Fantastique (NIFFF) en 2021, ne laissait aucun doute : Jan-David Bolt ne réalise pas des films consensuels. Le réalisateur d’origine saint-galloise revient au NIFFF cette année avec sa nouvelle curiosité, «God’s Anus». Un titre provocateur pour un court métrage ouvertement inclassable : «“God’s anus” fonctionne à un niveau émotionnel, mais n’a pas d’ancrage réaliste. C’est un film plutôt cruel qui laisse le public insatisfait. C’est aussi une manière d’explorer jusqu’où je peux aller en termes d’absurdité», explique Jan-David Bolt, qui se réjouit de voir le public neuchâtelois s’y confronter. «Ne laisser plus jamais ce type réaliser des films» serait une réaction saine à la sortie d’une projection de «God’s Anus», s’amuse à raconter Jan-David Bolt.

 

Portrait de Jan-David Bolt. © Sebastian Lendenmann

 

Le réalisateur tient toutefois à toucher un public diversifié au travers de ses films. En plus de traiter de sujets à travers lesquels beaucoup peuvent se reconnaitre, Jan-David Bolt compte sur plusieurs autres facettes de son travail pour en élargir la portée. C’est d’abord un rapport au cinéma qu’il conscientise et retranscrit dans ses films. Ayant évolué dans un environnement sans réelle connexion au milieu artistique –à celui du cinéma suisse à plus forte raison– Jan-David Bolt découvre le 7e par lui-même, et rejoint après de nombreux méandres, le cursus de Films Studies de l’université de Zürich, puis celui de cinéma à la Zürcher Hochschule der Künste. «D’une certaine manière c’est un peu un avantage, car je n’ai pas grandi avec une image fixe de ce à quoi devait ressembler un film suisse» raconte-t-il lorsqu’on lui demande pourquoi ses films détonnent dans le paysage cinématographique suisse. Une vision du cinéma sans frontières donc, plus acquise par les aléas de son parcours que par une volonté propre, mais qui lui tient à cœur.

 

Liberté d’explorer

Outre les frontières nationales, Jan-David Bolt espère aussi dépasser les niches, parfois restreintes, dans lesquelles ses films sont placés. Passionné par les gens qu’il rencontre au hasard et par leur histoire, il est pour lui possible d’adapter son geste artistique « pour laisser la chance de parler à des gens avec des backgrounds très différents ». Il est évidemment impossible de toucher tout le monde, mais il est possible de laisser de la place pour que des personnes de différents horizons se retrouvent dans un film. «Jan-David a la capacité de s'entendre avec –presque– tout le monde, raconte Kenza Nessaf, metteuse en scène et amie du réalisateur. Je crois que ce sont cette curiosité et cette ouverture d'esprit qui nourrissent son cinéma. Il cherche l'absurde dans le quotidien et accepte de s'y abandonner à bras ouverts.»

En plus de traiter de sujets métaphoriques, laissant une grande place à l’interprétation, l’humour est son outil de prédilection pour trouver son public. Faire du cinéma devient alors un astucieux mélange, un équilibre à trouver entre l’absurdité, l’humour et l’étrange. Le laboratoire du cinéma de genre demeure un terrain peu connu de l’industrie cinématographique suisse, du moins selon Jan-David Bolt, qui regrette de voir les rouages de l’encouragement au cinéma se former autour la «bonne» école du documentaire ou du drame : «Le système d’application aux subventions n’est pas adapté aux genres de films que je propose. L’humour et l’absurde ne se traduisent que très mal au niveau du scénario. Une scène n’est parfois pas drôle à l’écrit, alors qu’elle fonctionne à merveille une fois mise en images, et cet écart peut fermer de nombreuses portes.»  

Jan-David Bolt ne renoncera pas pour autant au cinéma de genre ; à même se demander si ce n’est pas de nager à contre-courant qui l’encourage dans sa pratique. Quoiqu’il en soit, son cinéma continuera de proposer un pas de côté, une mise en perspective de notre quotidien, puisqu’il travaille actuellement sur une anthologie de films questionnant notre rapport au capitalisme.  

Vous vous interesser au cinéma suisse ?

Abonnez-vous!

Voir offre