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Commentaire de l'invité

Rendre le cinéma plus vert

Kathrin Halter
21 septembre 2020

Le nouveau Tatort zurichois «Züri brännt» © SRF/Sava Hlavacek

La production cinématographique durable n’est pas un luxe mais une nécessité. La transmission des connaissances et les soutiens institutionnels sont essentiels.

Rendre plus durable la production cinématographique : la prise de conscience existe. Plusieurs initiatives et ateliers consacrés au sujet ont d’ores et déjà vu le jour en Europe. Il y a douze ans, alors que je faisais des recherches sur la question dans le cadre d’un travail écrit sur le « cinéma vert », on n’en parlait même pas en Suisse. Nous n’en sommes toutefois qu’aux balbutiements et de nombreux jalons doivent encore être posés.

C’est un débat qui comporte son lot de cynisme – il se peut même que l’art ne soit pas durable par définition, mais il peut aussi catalyser les changements sociétaux. La question est : à quel prix ? Il s’agit de prendre des responsabilités afin de réduire le plus possible l’impact sur l’environnement, comme le font désormais toutes les industries productrices.

En tant que signataires du Green Manifesto, la Zürcher Filmstiftung et Cinéforom s’engagent d’ores et déjà à accepter dans les budgets les frais résultants d’une production plus respectueuse de l’environnement. Je trouve cela réjouissant, cela crée des incitations et permet aux projets limités par leur financement de se pencher sur la problématique. La décision de la SSR de rendre plus verte la production de la série « Tatort » est tout aussi positive. Le premier épisode zurichois, une coproduction avec Jessica Hefti de Zodiac Pictures, a été à de nombreux égards un travail pionnier au niveau suisse en termes de production durable. Le projet a été accompagné par MyClimate, qui calcule les émissions de CO2 pour chaque production en vue d’optimiser les mesures et de reconnaître les zones à problème. Le fait qu’il s’agisse d’une série présente un avantage : le savoir-faire acquis pourra à chaque fois être transmis aux producteur·trice·s suivant·e·s.

 

Ne pas réinventer la roue

C’est justement au niveau de la transmission des connaissances qu’il reste encore beaucoup à faire. Il est essentiel que les processus soient standardisés pour éviter de devoir réinventer la roue à chaque nouveau tournage. Aux Etats-Unis, il existe désormais des entreprises spécialisées dans le conseil et l’accompagnement de productions durables. La société new-yorkaise Earth Angel en est un bon exemple. La fondatrice de l’entreprise, Emellie O'Brien, et son équipe élaborent des solutions sur mesure et surtout locales en vue d’optimiser la durabilité des productions. Ils forment également des « green runners ». Leur fonctionnement est comparable à celui du groupe de travail SAFER SET, qui partage les expériences et les connaissances acquises sur la mise en œuvre des plans de protection Covid-19 avec la branche. SAFER SET s’efforce depuis le début de trouver des solutions durables et respectueuses de l’environnement, malgré le fait que de nombreuses mesures d’hygiène se basent sur les produits à usage unique.

 

Obligations absurdes

Il est aussi temps de remettre en question certains principes des directives d’encouragement. Je pense notamment à la condition qui veut qu’une partie du tournage doive nécessairement être réalisée dans une région ou un pays donné. Or l’investissement régional peut être généré au niveau des flux financiers. Il existe quantité de films dont le scénario se déroule dans un seul lieu, mais qui ont dû être tournés dans plusieurs régions différentes uniquement pour satisfaire aux conditions posées par les règles de soutien. Ceci alors que nous devrions éviter les voyages et les transports quand ils ne sont pas indispensables du point de vue du contenu.

Il est également nécessaire d’obtenir le soutien des autorités régionales. Il est absurde de devoir recourir à un générateur diesel pour produire du courant en pleine ville de Zurich !
Il était plus simple de demander des raccordements provisoires par le passé : aujourd’hui, c’est devenu beaucoup plus compliqué, voire souvent impossible. Ceci dans un pays qui dispose d’une des infrastructures les plus modernes au monde.

Pour citer Emellie O'Brien : « La production cinématographique durable n’est pas un luxe mais une nécessité. »

 

▶  Texte original: allemand

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