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Editorial

#StayHomeWatchMovies

 

Un nouveau concept est sur toutes les lèvres : le festival en ligne. L’un après l’autre, les festivals du printemps sont contraints d’annuler, de transformer ou de repousser leurs éditions à cause de la crise du coronavirus et cherchent frénétiquement une alternative. Ce n’est guère étonnant que les solutions viennent du net.

Visions du Réel, dont l’édition 2020 devait se dérouler du 24 avril au 2 mai, aura finalement lieu en ligne, et ce à partir du 17 avril déjà. On n’envie pas le travail des organisateur·trice·s. Émilie Bujès, la directrice du festival, explique que les sections compétitives devraient être proposées de manière aussi exhaustive que possible sur des portails de streaming. Une sélection de la compétition internationale sera accessible pour un nombre de spectateur·trice·s limité sur Festival Scope, et une partie des films en compétition nationale sur le site de la RTS (voir à ce sujet notre page double au centre de la revue). Le jury assumera dans tous les cas son rôle et les prix seront décernés, aspect essentiel de l’événement pour les cinéastes.

Le festival cherche aussi des solutions en ligne pour le versant professionnel de la manifestation. Des programmes comme Zoom devront permettre de retransmettre en direct, par exemple, les séances de pitching. Émilie Bujès raconte que différentes formes de diffusion et de retransmission sont actuellement testées par différents festivals, de Thessalonique à Zagreb en passant par Copenhague. Il est fort possible que le recours à certains de ces outils survive à l'épidémie.

Il sera intéressant de voir à quel point la nouvelle formule digitale sera appréciée de la branche. Un festival en ligne est presque un non-sens, si l'on considère que ce sont les expériences partagées et les possibilités de rencontre qui font tout l’intérêt de ces manifestations. En outre, certains producteur·trice·s et distributeur·trice·s choisissent d’attendre l’automne ou l’hiver, quand – du moins il·elle·s l’espèrent – les cinémas (et donc les autres festivals) auront repris leurs activités.

Les distributeur·trice·s sont aussi à la recherche de solutions en ligne, et testent de nouvelles formules en proposant des films qui venaient de sortir en salle. On va chercher le public là où il se trouve : chez lui. Les cinémas eux-mêmes collaborent également avec des portails de streaming : les salles zurichoises sont présentes sur Cinefile sous les intitulés Riffraff On Demand ou Houdini On Demand, et les cinémas bâlois Kultkino proposent une sélection de films sur leur propre portail myfilm.ch (à découvrir aussi: filmingo, autre acteur de la petite niche concurrentielle du cinéma d’art et d'essai, qui collabore avec le CityClub de Pully).

Il est fort possible que la crise remette en question certaines certitudes. On peut, par exemple, imaginer que la collaboration entre cinémas, distributeur·trice·s et plateformes de streaming demeure plus étroite à la sortie du confinement, et que la fenêtre de six mois entre la sortie en salle et la diffusion en VoD perde de son statut sacro-saint. Dans tous les cas, on ne peut que se réjouir si un plus grand nombre de spectateur·trice·s s’habitue à regarder en ligne des films d’art et d'essai et si les différent·e·s acteur·trice·s de la branche collaborent davantage.

Pour l'instant, cependant, l'épidémie fait surtout de nombreuses victimes; les effets économiques et sociaux sont énormes pour les indépendant·e·s et les industries. La prochaine édition de Cinébulletin en traitera et les aides que le gouvernement fédéral est prêt à fournir seront certainement plus claires. D'ici là, nous vous informons à ce sujet grâce à notre site.

Kathrin Halter

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