Un Till l’Espiègle des temps modernes
© Timmo Schreiber
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Un Till l’Espiègle des temps modernes

Teresa Vena 22 mai 2025

La scène comme la caméra sont des terrains familiers pour Saladin Dellers, et ce depuis son plus jeune âge. Selon l’acteur, il n’existe pas de petits rôles : il s’investit pleinement dans chacun de ses personnages.

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Son premier rôle au cinéma, déjà, lui avait valu une nomination pour le Prix du cinéma suisse dans la catégorie du meilleur acteur. En 2011, à l’âge de 16 ans, Saladin Dellers incarnait dans « Silberwald », de Christine Repond, un adolescent au seuil de l’âge adulte. Déchiré par un conflit intérieur et en quête d’identité et de reconnaissance, son personnage laisse éclater une violence croissante envers son entourage. Il n’en était pas à ses débuts : il avait déjà fait ses armes au sein du club de théâtre jeunesse de Berne.

« C’était un film cru, qui exigeait un jeu naturaliste – une sorte d’exercice d’équilibriste entre réalité et fiction », se souvient-il aujourd’hui. Le rôle de marginal tout comme la physicalité marquée de son interprétation allaient devenir des motifs récurrents de son travail d’acteur.

Les ficelles du métier

En 2014, « Stöffitown », de Christoph Schaub, offre un terrain propice à une réflexion sur le métier d’acteur et à l’exploration de différentes approches du jeu. Le rôle de Stöffi, personnage vivant avec une déficience intellectuelle, nécessite une préparation poussée, en collaboration étroite avec le réalisateur et l’accompagnateur Kristian Nekrasov. « Je me suis inspiré de mes propres souvenirs d’enfance et j’ai fait beaucoup de recherches », explique Saladin Dellers. Un travail devenu pour lui indispensable pour rendre justice à un personnage. Cette expérience sur « Stöffitown » marque un tournant, consolidant son désir de poursuivre sur cette voie professionnelle.

Pendant un an, Saladin Dellers se prépare aux examens d’admission de plusieurs écoles d’art dramatique. C’est finalement à Graz, en Autriche, qu’il étudiera pendant quatre ans. La visibilité que lui avait apportée sa nomination au Prix du cinéma suisse s’avère inutile pour la suite : « J’ai dû tout recommencer à zéro », reconnaît-il. Et son parcours reste toujours aussi ardu.

Mais le jeune acteur ne craint pas les défis. Preuve en est sa filmographie, et celles et ceux qui ont collaboré avec lui le confirment. « Saladin est l’acteur le plus dévoué avec lequel j’aie jamais travaillé », s’enthousiasme Dennis Stormer, le réalisateur de « Youth Topia », lauréat du Prix du public au ZFF, en 2021. « Il se perd totalement dans un rôle, tout en préservant sa créativité personnelle », poursuit-il. Marianne Wälchli, sa professeure de chant, salue quant à elle sa capacité à maintenir une concentration extrême et à habiter chaque personnage. « La grande force de Saladin, c’est qu’il n’a pas peur du ridicule », affirme-t-elle. Il ose, il expérimente, il s’abandonne pleinement au jeu. « Il a un vrai talent comique. Le rôle d’un Till l’Espiègle des temps modernes lui irait à merveille », conclut-elle.

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Sur le tournage de « Hotpot ». © Vinzenz Schwab
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«Jutsus» de Kim Culetto et Ilja Baumeier. © DR
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© DR
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«YOUTH TOPIA» de Dennis Stormer. © DR
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«Sandy & Paul» de Adriana Möbius et Saladin Dellers. © DR

Rester visible

Son installation à Berlin et son entrée dans une agence réputée ne l’ont pas immédiatement propulsé. « Les castings ouverts sont plutôt rares. Ce qui compte, c’est vraiment d’avoir un réseau de contacts », explique-t-il. En Suisse, c’est grâce à la directrice de casting Corinna Glaus qu’il a décroché plusieurs rôles : dans « Der Läufer » (2018), l’épisode « Schattenkinder » de « Tatort » (2022) et plus récemment dans la série SRF « Die Beschatter 2 » (2024).

« Cela demande du travail, de la chance et du talent, à parts égales, poursuit-il. Et il faut rester visible. » C’est pourquoi il travaille parallèlement sur ses propres projets, en collaboration avec des artistes complices comme Kim Culetto ou Ilja Baumeier. Ensemble, ils écrivent, produisent et réalisent des courts métrages, comme « Abhauen » et « Justus » (2022), tous deux primés dans plusieurs festivals internationaux. « Justus » a même valu à Saladin Dellers le prix du meilleur rôle principal au Settimo Short Film Festival. Plusieurs autres productions attendent d’être dévoilées, dont les courts métrages « Sandy & Paul » (coréalisé avec Adriana Möbius), « Dreieck », et le long métrage « Solo Show ».

Saladin Dellers œuvre actuellement au sein d’un collectif d’une trentaine de personnes, professionnel·le·s et autodidactes confondu·e·s, sur « Hotpot », un projet cinématographique qui cherche à remplacer les modes de production traditionnels par des méthodes antihiérarchiques. Plusieurs formats devraient en émerger, dont un long métrage épisodique actuellement en postproduction. L’acteur y incarne un marginal qui a choisi de vivre seul dans la nature. « J’ai souvent interprété des personnages atypiques. Je cherche toujours leur part d’ambivalence. Quand on me choisit pour un rôle, on sait que cela ne finira pas comme dans le scénario d’origine », confie-t-il.

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