Selon une étude menée en 2024 par l’Annenberg Inclusion Initiative aux États-Unis, la part de rôles parlants attribués aux femmes dans les 100 films nord-américains les plus populaires n’a quasiment pas bougé depuis 2007 : le rapport hommes/femmes reste figé à 2,2 contre 1. Les professionnel·le·s issu·e·s de minorités ethniques ou de la communauté LGBTQ+ restent aussi largement sous-représenté·e·s. Que fait l’industrie pour renverser cette tendance ? Quelles initiatives fonctionnent ? Et où reste-t-il encore des progrès à accomplir ?
Les festivals de cinéma sont devenus des lieux majeurs pour les initiatives contre la discrimination et les inégalités structurelles. Un moment marquant a été la montée des marches à Cannes en 2018, lorsque 82 femmes – dont Agnès Varda, Léa Seydoux, Jane Fonda et la présidente du jury, Cate Blanchett – ont manifesté pour plus d’égalité. Depuis, la composition des jurys et la sélection des films en compétition font l’objet d’une attention plus soutenue.
Ressources financières
Certaines entreprises mettent en avant leur engagement dans le domaine. Le programme « Women in Motion » du groupe de luxe français Kering, par exemple, décerne chaque année une série de prix à Cannes et organise des rencontres avec des personnalités comme Nicole Kidman où sont ouvertement abordées les questions d’égalité. En collaborant avec des réalisatrices émergentes, l’actrice s’affirme comme une figure inspirante et un moteur de changement, contribuant avec d’autres célébrités à renforcer la visibilité de ces initiatives.
L’un des principaux freins à l’égalité et à la diversité dans le cinéma reste la disparité d’accès aux ressources financières et structurelles. En 2016, une étude menée par le European Women’s Audiovisual Network a montré que les réalisatrices disposent de budgets nettement inférieurs à ceux de leurs collègues masculins dans sept pays européens. Ce type de constat a conduit à la création de programmes de soutien ciblés, qui expérimentent de nouveaux modèles de financement de projets.
L’organisation étatsunienne à but non lucratif Breaking Through The Lens (BTTL) soutient les cinéastes traditionnellement sous-représenté·e·s (en particulier les femmes, les personnes transgenres et non binaires) et les met en relation avec des investisseur·euse·s intéressé·e·s. BTTL est une plateforme de financement qui propose également des programmes de mentorat ainsi que des ateliers. La première session de présentation de BTTL a eu lieu en 2019 et a porté ses fruits dès le départ : l’un des films soutenus a été présenté deux ans plus tard à la Quinzaine des cinéastes à Cannes, « Clara Sola », premier film de la réalisatrice costarico-suédoise Nathalie Álvarez Mesén.
Le réseau New Dawn, basé aux Pays-Bas, illustre une autre approche. Financé par des fonds publics provenant de neuf institutions européennes et d’une institution canadienne, il soutient les premiers et deuxièmes films de productions indépendantes à hauteur de 200’000 euros maximum, à condition qu’un financement national ou régional soit déjà acquis. L’accent est mis sur les projets portés par des cinéastes sous-représenté·e·s. L’un d’eux est « My Favourite Cake » du duo iranien Maryam Moghaddam et Behtash Sanaeeha, montré en compétition à la Berlinale en 2024.
Les plateformes de streaming redéfinissent les standards en matière de diversité. Netflix, par exemple, a investi près de 29 millions de dollars depuis 2021 dans des projets répartis dans plus de 35 pays via le Netflix Fund for Creative Equity. En 2024, la plateforme a lancé, en partenariat avec l’Arab Fund for Arts and Culture (Afac), un programme destiné aux jeunes réalisatrices originaires de pays arabes, et a soutenu huit cinéastes transgenres aux États-Unis, en collaboration avec le Transgender Film Center. La même année, pour la première fois, la moitié des 100 productions Netflix les plus regardées ont obtenu le « ReFrame Stamp », un label certifiant une distribution équilibrée entre les genres.
La visibilité et la pression publique jouent un rôle important, tout comme les programmes de soutien ciblés. Mais il en faut plus pour instaurer un changement durable. Des mesures structurelles s’imposent, telles que des standards de production contraignants, l’intégration de clauses d’inclusion dans les contrats de travail, ainsi que des dispositions légales. Au Royaume-Uni, le British Film Institute (BFI) a ainsi introduit en 2016 les « BFI Diversity Standards », qui définissent des critères concrets en matière de diversité. Leur respect est obligatoire non seulement pour obtenir un financement du BFI, mais aussi pour pouvoir concourir aux British Academy of Film and Television Arts (BAFTA) Awards.
En définitive, l’efficacité durable de ces mesures repose non seulement sur des conditions financières et politiques stables, mais aussi sur une évolution de la société dans son ensemble. Seule une transformation culturelle en profondeur pourra ouvrir la voie à une égalité et une diversité réelles, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’industrie cinématographique.