Politiquement correct, entre pression sociale et autocensure
Image tirée de « Das Kanu des Manitu » de Michael « Bully » Herbig. © herbX film Constantin Film/Luis Zeno Kuhn

Politiquement correct, entre pression sociale et autocensure

Teresa Vena 19 septembre 2025

Avec le deuxième opus de sa parodie du Far West, Michael « Bully » Herbig plonge la tête la première dans les abysses du politiquement correct.

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Vingt-cinq ans après le succès phénoménal et les douze millions d’entrées de sa parodie western à la Karl May, « Der Schuh des Manitu » (« Qui peut sauver le Far West ? »), le réalisateur allemand Michael « Bully » Herbig revient avec un nouvel opus : « Das Kanu des Manitu » (pas encore de titre en français).

On ne s’y attendait, à vrai dire, pas vraiment. Le premier film avait suscité l’ire des traditionalistes de Karl May dès sa sortie. En 2001, l’acteur français Pierre Brice, qui incarnait Winnetou dans la série de films des années 1960 et 1970, croisait Michael Herbig sur le plateau de l’émission allemande « Wetten, dass… », et lui reprochait le « manque total de respect » dont témoignait son film.

Depuis, les romans de Karl May, tout comme leurs adaptations cinématographiques, sont souvent perçus à travers le prisme de l’appropriation culturelle, et comme des représentations péjoratives. La perception de l’humour dans la société a évolué elle aussi. La satire est devenue un terrain miné : les faux pas, réels ou supposés, soulèvent la colère des réseaux sociaux et peuvent être lourds de conséquences pour leurs auteur·trice·s.

Mais Herbig n’a pas froid aux yeux et ressuscite sans hésiter l’Amérindien Abahachi et son frère homosexuel Winnetouch. Comme pour Karl May, on lui reproche de dresser une image trompeuse, voire raciste, des peuples autochtones, et de véhiculer une vision homophobe à travers le personnage efféminé de Winnetouch. Ce sont là les deux critiques principales adressées au premier film, dont le second reprend les grandes lignes.

Des signes de maturité

« Das Kanu des Manitu » marque néanmoins une évolution. Les allusions à connotation sexuelle ont presque entièrement disparu, et les personnages féminins, certes encore minoritaires, ont gagné en importance. Winnetouch s’est émancipé : il sait désormais se battre, même si son temps à l’écran a été drastiquement réduit. Dans l’ensemble, le film apparaît donc plus « mature ». Il regorge de clins d’œil non seulement au premier opus, mais aussi à d’autres personnages de l’univers de Michael Herbig, tout en multipliant les références culturelles et historiques qui nourrissent un sentiment de nostalgie.

Le résultat est une nouvelle fois une comédie dynamique, émaillée de gags et d’humour verbal. L’intrigue met en avant la relation passive-agressive entre Abahachi et son frère de sang blanc, le colon Ranger. On retrouve des échos de plusieurs moments cultes : lorsqu’ils se retrouvent pendus au gibet, Ranger demande à Abahachi pourquoi il est de si mauvaise humeur. « Je suis mécontent de la situation dans son ensemble », lui rétorque ce dernier.

On s’attendait donc à ce que le film suscite la controverse, et il n’a pas déçu : les débats ont éclaté avant même sa sortie en salle. Les réseaux sociaux se sont rapidement enflammés, tout comme les médias. Pour les uns, « Das Kanu des Manitu » n’est plus qu’un exercice d’équilibriste, une série de plaisanteries inoffensives conçues pour éviter tout conflit. Pour les autres, il devient l’étendard d’une croisade contre un climat où seul un humour politiquement correct aurait droit de cité. Le film est donc instrumentalisé dans les deux camps : les premiers déplorent qu’il ne fournisse plus matière à polémique, les seconds s’en servent pour tourner en dérision un débat de société pourtant légitime.

Michael Herbig, qui a coécrit le scénario avec Christian Tramitz et Rick Kavanian, se défend de toute intention politique. « Le film a pour but de divertir, de permettre aux gens de se détendre et de retrouver un équilibre », assure-t-il. Il n’a bien sûr pas complètement ignoré la pression sociale, mais rappelle que « l’air du temps évolue rapidement ». « Ce qui ne signifie pas pour autant que notre propre sens de l’humour soit resté figé au fil des années », précise-t-il. Christian Tramitz résume la méthode du trio : « Nous avons couché sur papier tout ce qui nous faisait rire. »

« Das Kanu des Manitu » est peut-être encore plus réussi que le premier opus. Le film s’est débarrassé de certaines maladresses et a gagné en profondeur, sans tomber pour autant dans le moralisme. La critique de fond sur le sujet choisi reste cependant pertinente : une personne d’origine européenne peut-elle représenter de façon satirique un peuple colonisé par l’Occident ? Le film a été tourné en Espagne et aux États-Unis, avec la participation d’Amérindiens et d’Amérindiennes.

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