Le cinéma scandinave resserre les rangs
Kjersti Mo, directrice générale du Norwegian Film Institute. L’institut assure actuellement la présidence de The Five Nordics. © Erlend Taub

Le cinéma scandinave resserre les rangs

Adrien Kuenzy 18 septembre 2026

Les cinq instituts nordiques renforcent leur coopération pour mieux faire circuler les films, sans fusionner leurs systèmes nationaux.

copy linkshare facebookshare linkedinshare instagram

En 2025, 21 coproductions nordiques sont sorties en salle, selon The Five Nordics, qui réunit les cinq instituts du Danemark, de Finlande, d’Islande, de Norvège et de Suède. Les échanges sont loin d’être nouveaux entre ces pays. Mais en 2024, les instituts ont redéfini leur collaboration en lançant The Five Nordics, qui succède à Scandinavian Films. « Nous avons élargi le champ de la coopération parce que les cinq pays sont confrontés à plusieurs enjeux communs », explique Kjersti Mo, directrice générale du Norwegian Film Institute. Elle décrit ce changement comme le passage d’une structure principalement tournée vers la promotion internationale à « une coopération stratégique plus large ».

Les cinq pays ont cumulé environ 35,6 millions d’entrées en 2025, selon les données du Nordisk Film & TV Fond. The Five Nordics recense de son côté plus de 100 sorties de longs métrages de fiction et près de 144 millions d’euros de financements publics pour le développement et la production. Mais cette photographie d’ensemble masque de forts écarts. La part des films nationaux atteignait 37 % au Danemark, 32 % en Finlande et 31 % en Norvège, contre 12 % en Suède et 5,8 % en Islande.

Pas question, dès lors, de fabriquer une identité cinématographique unique. Kjersti Mo insiste sur la diversité des « voix, forces et traditions » nationales. Beaucoup de films sont déjà nordiques « dans la pratique », dit-elle, à travers les coproductions, les collaborations artistiques et les talents partagés. Cette coopération n’efface donc pas les ancrages nationaux.

Faire voyager les films

Pour Kjersti Mo, le principal terrain commun se situe après la production. Interrogée sur ce que les cinq pays ont le plus à gagner en faisant ensemble, elle cite « la distribution internationale et l’accès aux publics ». Les films nordiques bénéficient d’une forte réputation artistique et fréquentent les grands festivals, relève-t-elle, mais cette reconnaissance ne se traduit pas toujours par une diffusion plus large et durable.

La circulation régionale s’appuie déjà sur un outil ancien. Créé en 1990, le Nordisk Film & TV Fond soutient notamment la distribution des œuvres d’un pays nordique à l’autre. En 2025, il a reçu un nombre record de 66 demandes de soutien à la distribution pour 42 films, provenant de plus de 30 distributeurs. « The Last Viking », d’Anders Thomas Jensen, a par exemple été distribué du Danemark vers les quatre autres marchés nordiques. The Five Nordics se situe sur un autre terrain. « L’ambition n’est pas de tout centraliser », souligne Kjersti Mo. La coopération porte notamment sur les données et la connaissance des publics, la durabilité, l’accès aux marchés, le positionnement international ou encore de nouvelles pistes de financement.

Des outils communs

Le Nordic Ecological Standard en donne un exemple concret. Développé par les cinq instituts avec le Nordisk Film & TV Fond, des fonds régionaux, des diffuseurs et des organisations professionnelles, il fixe un cadre commun dans six domaines, dont les transports, l’énergie, l’hébergement, la restauration et l’utilisation des matériaux. Le Norwegian Film Institute a été le premier des cinq instituts à l’appliquer, le 1er janvier 2026. Depuis cette date, les productions qui lui demandent une aide doivent notamment désigner un coordinateur de durabilité, établir un budget carbone puis dresser le bilan de leurs émissions.

La coopération se joue aussi hors de la région. Nordic NEST, une initiative du fonds allemand MOIN menée en partenariat avec la FFA et The Five Nordics, met en relation producteur·trice·s et auteur·trice·s allemand·e·s et nordiques. Le Finlandais Mark Lwoff y développe la série « Deeper » avec la coproductrice allemande Frauke Kolbmüller, rencontrée dans le cadre du programme. Leur projet fait partie des trois lauréats de la première édition, annoncés en mai à l’occasion du Festival de Cannes. Pour Mark Lwoff, Nordic NEST agit comme un « signal de qualité » auprès du marché. Le label nordique reste également un atout, estime-t-il, à condition que la région continue à produire des films et séries de qualité, capables de voyager et de trouver leur public.

Il juge aussi les coproductions nordiques relativement simples, grâce à des règles de financement claires, à la confiance et au respect des engagements. À la question de savoir si les cinq pays sont en train de former un seul écosystème, Mark Lwoff répond sans détour : « Non, heureusement, nous sommes toujours différents ! »

À lire également